L'Eglise : un projet à partager

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(2007-2012)

 

Devant les défis que l’évolution socio-culturelle lance à l’annonce et à la vie de l’Evangile, nos Eglises ne sont pas restées inertes. Dès 1974, le Consistoire Supérieur lançait une réflexion sur les « Orientations prioritaires pour la vie de l’Eglise » et, en en 1999 un « Projet (d’Eglise) pour entrer dans le troisième millénaire ». Ces différentes initiatives1 n’ont fait toutefois qu’ouvrir un chemin qu’il nous faut maintenant reprendre et poursuivre dans la fidélité à la vocation des Eglises du Christ. Au demeurant, la création de l’UEPAL rend la remise sur le métier de cette exigence plus nécessaire que jamais.


 

C’est pourquoi, au début de l’année 2007, le Conseil de l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine proposait à l’ensemble des structures ecclésiales de son ressort de construire ensemble un projet cohérent et concerté de vie et d’annonce de l’Evangile pour notre temps.

Depuis, la perspective a mûri : bien des réactions ont été enregistrées ; la Pastorale générale du 21 mai à Saverne s’est engagée dans une première approche et l’Assemblée de l’Union du 23 juin a demandé au Conseil d’affiner les contours du projet, appelant à le développer sur les cinq ans à venir. L’Assemblée souligne en outre qu’il ne s’agit pas de répondre à l’ensemble des problèmes posés à la foi chrétienne et à la vie ecclésiale aujourd’hui, mais de permettre de :

  • prendre conscience ensemble, en Eglise, d’éléments déterminants de la situation actuelle et des défis qu’elle nous lance

  • s’engager à y faire face de façon résolue et concertée, en unissant le maximum de talents et de forces2.

En effet nos Eglises ne manquent ni de talents, ni de ressources réjouissantes. Leur témoignage souffre néanmoins souvent de :

  • défaut de sentiment d’appartenance commune

  • manque de conviction profonde quant à la nécessité et à la fécondité de répondre ensemble aux difficultés rencontrées par tous.

 

Toutefois, avant d’agir, il convient de se mettre au clair sur le fondement sur lequel nous bâtissons et sur ce que nous voulons transmettre. Le paragraphe qui suit ne se veut pas définitif. Il ne fait qu’amorcer une réflexion nécessaire qui se doit d’être commune. A ce titre, ses propositions attendent réactions, compléments et éventuelles corrections.

 

 


Une identité réaffirmée3

L’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine vit de l’Evangile de Jésus-Christ, bonne nouvelle pour le salut de l’humanité tout entière. Elle fait sienne la compréhension de cet Evangile, exprimée par les Confessions de foi de l’Eglise ancienne, notamment le Symbole des apôtres (Credo) et la Confession de foi de Nicée-Constantinople. De la même façon, elle fait siennes les convictions exprimées par la Réformation, tout particulièrement à travers les Confessions d’Augsbourg et de La Rochelle. Celles-ci mettent en forme trois principes fondateurs –structure même de notre foi commune- : sola gratia (par la grâce seule), sola fide (par la foi seule), sola scriptura (par l’Ecriture seule), découlant de l’action salvifique du seul Christ (solus Christus).

Ces principes fondent nos convictions de foi : le salut auquel ils ouvrent ne se situe dans aucun arrière-monde, déconnecté de la vie présente ou n’en formant qu’un secteur religieux particulier ; il désigne d’abord une qualité de vie, dont la richesse ou la plénitude se révèlent telles qu’elle en vient à mettre la mort même en échec. Cette plénitude (qui n’exclut ni les difficultés, ni les épreuves, mais aide à les surmonter) est fondamentalement marquée par la grâce (sola gratia). Nous affirmons par là que la valeur profonde de toute vie ou existence ne tient pas d’abord dans ses œuvres, productions ou performances, appréciées à l’aune du marché ou de leur audience médiatique, mais dans un don, une gratuité, un amour essentiels dont Dieu, en Jésus-Christ, se révèle la source dernière. C’est ce don, auquel nous rendons témoignage par le service du culte et le souci des plus petits et des plus humbles.

Au don de la grâce répond la foi (sola fide). Le Christ nous invite à bâtir à sa suite un monde marqué avant tout par la foi, c’est-à-dire par un « courage d’être » (P.Tillich) qui, au-delà de toute désillusion, de tout désespoir ou de toute abdication, permet de se tenir solide et droit dans l’existence et d’y découvrir une réelle estime de soi. La foi pose aussi, au fondement de toute vie commune, non pas la course au mérite qui suscite méfiance ou défiance, mais la confiance et la fidélité : confiance et fidélité de Dieu envers les humains d’abord, des humains entre eux ensuite. Mais la confiance n’est possible que si elle prend appui sur la justice. Là en effet où règne l’injustice, il ne peut y avoir de confiance. C’est bien ce que Dieu révèle en Jésus-Christ selon l’apôtre Paul (lettre aux Romains) : la justice de Dieu -au principe de toute justice- est révélée en Jésus-Christ, dans la mesure où tous (juifs comme grecs, hommes comme femmes, esclaves comme libres) sont acceptés comme enfants de Dieu, pardonnés, réconciliés et appelés à vivre une nouvelle fraternité dans l’égalité et l’équité.

C’est l’Ecriture seule (sola scriptura) qui ouvre à la vie de la grâce et de la foi. Le monde de la Bible –car c’est un monde !- introduit de façon privilégiée au monde de la vie en plénitude, de la vie reçue et de la vie offerte. Il appelle à habiter notre monde en puisant dans ses richesses et dans sa surabondance. Dans ce sens, loin de brider ou d’étouffer la parole, l’Ecriture la libère. Fruit d’une Parole qui vient d’encore plus loin qu’elle, l’Ecriture appelle à la parole qui l’actualise, la rend présente et féconde. C’est là le sens de la prédication au sens large (incluant diverses manières de faire vivre la Bible). C’est là le sens aussi des mille et unes formes que sont appelées à prendre les paroles humaines, qui trouvent dans la Parole leur source et leur ressource, paroles de grâce et de foi, appelées à tisser peu à peu un monde d’estime et de dépassement de soi.

 

Tels sont les principes qui structurent la plénitude à laquelle ouvre et appelle le Christ, pour la plus grande gloire de Dieu (solus Christus, soli deo gloria).

Telles sont nos convictions et notre foi.

 

 

 

Pour une démarche participative et pratique : la parabole du puzzle

Le fondement ainsi posé, il appartient à l’Eglise d’en rendre témoignage de façon aussi forte que le lui permet l’Esprit. Entre mille initiatives et possibilités, il est de la responsabilité de notre Union d’Eglises de traduire ces vérités dans des pratiques ecclésiales concrètes et participatives. Pour cela on veillera à :

  • favoriser la participation du plus grand nombre

  • procéder de façon pratique : élaboration, mise en œuvre, ajustement, amélioration, amplification dans le même souffle.

L’image la plus adéquate pour rendre compte de la démarche attendue est sans doute celle du puzzle : forts de la richesse de notre diversité, il nous appartient pour les cinq ans à venir de forger ensemble, à la manière d’un puzzle dont le sens global se dégagera peu à peu, l’image de l’Union que le Seigneur nous appelle à être.

Pour ce faire, il sera beaucoup fait appel au volontariat de paroisses, institutions, mouvements et œuvres, cellules ecclésiales diverses, voire d’individus, les invitant :

  • à prendre des initiatives novatrices, à les faire connaître et à les partager ;

  • à s’associer à tel projet, initiative ou perspective prise par les instances de l’Union.

 

Les formes de la participation et du partage

Plusieurs formes de participations se révèlent dès lors possibles :

  1. A un niveau quasi fondamental :

    1. Projets ou réflexions théologiques peuvent voir le jour et être travaillés, dans la suite ou non de ce qui précède ;

    2. L’Union proposera à ses partenaires de la CPLR de s’engager dans des réflexions synodales communes ;

    3. Des études seront entreprises sur les attentes locales de nos concitoyens en matière religieuse, de même que sur l’adéquation de nos manières de faire en rapport avec ces attentes.

  2. Des paroisses, cellules ecclésiales, para-ecclésiales ou individus montent des projets, les mettent en œuvre ou envisagent de le faire. Mais, ils les font aussi « remonter » vers la direction de l’Union, à charge pour celle-ci de :

  • en prendre connaissance et, éventuellement, en débattre avec les intéressés ;

  • diffuser l’information et en travailler la communication ;

  • apporter une aide technique -notamment par le biais des « Services » ;

  • attribuer, le cas échéant, une aide financière ;

  • proposer selon le cas le recours à une aide extérieure

  1. De façon « descendante », les organes ou services de l’Union initient actions ou projets qui, selon le cas :

  • s’appliquent de façon générale, lorsqu’il s’agit de décisions réglementaires régulièrement prises ;

  • font appel au volontariat ;

  • demandent à être expérimentés à petite échelle pour un temps donné. Divers dossiers peuvent d’ores et déjà ouvrir des perspectives à cet égard sur les sujets suivants, sur lesquels il conviendra de se pencher (ou de continuer à le faire) dans les mois et les années qui viennent :

    1. « projets de vie » des paroisses

    2. revitalisation du culte

    3. condition pastorale

    4. relations avec les évangéliques dans la région

    5. approche des distancés de l’Eglise

    6. pastorale des passants, du tourisme ou de l’accueil

    7. perspectives et actions relatives à la sauvegarde de la création

    8. réactions à la crise du logement

    9. perspectives missionnaires

 

 

Le calendrier

Quoiqu’il en soit, pour les cinq ans à venir, le calendrier suivant doit permettre de structurer notre témoignage commun :

  • tenter de mettre en place chaque année la création d’une « semaine » ou d’une « quinzaine du protestantisme » adossée à la fête de la Réformation –temps tout particulier de manifestations possibles de la vitalité du protestantisme ;

  • 2009 : année Calvin et fête/Assises du protestantisme français à Strasbourg et dans notre région du 30 octobre au 1er novembre ;

  • 2011 : cinquantenaire de la Conférence des Eglises Riveraines du Rhin.

  • [2017 : 500e anniversaire de la Réformation]

 

Initiatives et projets sont à adresser au Conseil de l’Union via présidents de consistoires et inspecteurs. Selon le cas, il peut être particulièrement intéressant qu’ils fassent, dans cet acheminement l’objet de réflexions ou d’adhésions complémentaires.

 

Novembre 2007

1 Il faudrait y ajouter de multiples autres efforts pour rendre toute sa pertinence au témoignage de nos Eglises, dont les « Septs défis » présentés par Jean-François Collange lors de sa candidature à la présidence de l’ECAAL ou le « Projet d’Eglise » lancé par l’EPRAL fin 2006. Un bilan « mitigé » du « Projet d’Eglise » de l’EPCAAL a été présenté devant la Consistoire Supérieur à Sarreguemines le 14 mars 2004 par Pierre Maurer.

2 Dans un registre assez différent, mais extrêmement suggestif, on se référera au document de l’EKD, Kirche der Freiheit, paru au début de l’année.

 

3 A titre indicatif on pourra se reporter au « Message oral » ouvrant la séance du 21 octobre 2006 du Consistoire supérieur (Evangile, Réformation, reconstruction. Un nouvel élan pour l’Eglise), dont s’inspirent les lignes qui suivent. Bien des éléments de la brochure « Un projet pour entrer dans le troisième millénaire » offrent également un condensé précieux de nos convictions fondamentales.