Propositions
d'animation
Dans le cadre horaire d’une
animation de groupe
- Groupe de
catéchèse d’enfants ou de
jeunes, étude biblique, formation
d’adultes : Il existe des jeux
spécifiques selon les thèmes
abordés ou des jeux inclus
déjà dans des propositions
d’animation de dossiers
pédagogiques.
- C’est
le cas notamment de Grains d’KT ou
des dossiers édités par la
Société d’Edition et de
Diffusion (SED).
Dans le cadre d’une rencontre, d’une
soirée
Même public ou public
inter-générations : il est
possible d’utiliser plusieurs jeux. Il
faut déterminer
précisément les objectifs et
la thématique. Prenons l’exemple
d’un objectif concernant la
solidarité ; il existe des jeux
permettant d’explorer les situations
économiques et sociales d’un pays
du Tiers-Monde et ses relations avec les
pays développés.
Dans le cadre d’un week-end
Pour une rencontre associative ou de
paroisse, il existe une “batterie” de jeux
diversifiés. L’objectif peut
être “simplement” ludique et
renforcer les liens communautaires. Il
s’agit d’une expérience trop peu
souvent pratiquée. Elle permet
pleinement d’intégrer, par exemple,
les tout-petits ou des personnes
handicapées et de favoriser les
relations interpersonnelles.
>
voir les jeux proposés par la
médiathèque
En ligne, sur internet ou
à télécharger :
>
Food Force, un jeu gratuit à
télécharger (en anglais
ou italien) Food Force dont le but est de
sensibiliser enfants et adolescents au
problème de la faim dans le monde. Jeu
produit par le Programme alimentaire
mondial des Nations Unies.
> Voyage
au pays de la Bible, un jeu
destiné à faire
découvrir aux jeunes de 11-13 ans les
paysages de la région
> Parcours
de migrants,
conçu sur le modèle du jeu
de l’oie, « Parcours de migrants
» est un jeu qui met en scène
six personnages qui émigrent jusqu'en
France. Le plateau représente leur
parcours, de leur pays d'origine
jusqu'à leur insertion ou France ou
leur retour volontaire dans leur pays
d’origine.
> Un jeu de questions-réponses
autour d'une exposition, mais à
utiliser tel quel. Les Huguenots dans l'Est.
La Médiathèque peut
vous mettre en relation avec le Service de
la Catéchèse de l'Union des
Églises protestantes d'alsace et de
lorraine (03 88 25 90 35).
Sachez en outre qu’il existe sur
Strasbourg une association
spécialisée qui dispose d’une
animatrice formée à
l’animation ludique (maison
des jeux).
Jouer en Eglise, c’est le rire
d’une Eglise enjouée. A ne
pas confondre avec une Eglise en jouet
qui se jouerait de l’autre au lieu
de jouer avec. En paroisse ou dans
un cadre associatif, c’est promouvoir
la rencontre entre générations
et avec les gens du quartier, la
convivialité, la découverte,
mais aussi le débat
théologique, bref, le plaisir.
L'équipe de la
médiathèque :
- dispose d’une
ludothèque qu’elle enrichit
constamment.
- a
sélectionné, dans sa
ludothèque, des jeux
significatifs s’intégrant dans une
rencontre associative ou paroissiale et en
un lieu suffisamment spacieux.
- vous
propose ce dossier théologique,
pédagogique, liturgique et
documentaire.
- est a votre
service pour vous conseiller.
Notre but n’est pas “faire jouer”
100 personnes sur un même jeu mais
de proposer un choix de jeux très
variés où chacun puisse
trouver son compte.
Les
critères de sélection des
jeux ont été :
- ceux qui favorisent la
solidarité plus que la
compétition
- ceux qui ouvrent un monde de
découverte.
- ceux qui permettent la rencontre
entre générations.
- ceux qui sont adaptés
à des tranches d’âges spécifiques
Enjeux
: réflexions autour de l'homme,
de l'Eglise, de Dieu..
Que ces "enjeux du jeu" ne
gâchent pas votre plaisir de jouer.
Notre intention n’est pas de vous assommer
par de doctes considérations mais
de vous donner quelques
éléments de
réflexions.
Hommo ludens :
l'Homme en jeu
Quand des enfants ou/et des
adultes jouent, cela s’entend, se sent, se
voit... tout simplement. Mais ce n’est
pas si simple !
Bien malin qui donnera une
définition de jeu. Elle peut
être trop large : tout (et donc
rien) est jeu. Les “jeux olympiques”, les
sports professionnels, les jeux
télévisés sont-ils
des jeux ? Le joueur professionnel est-il
un joueur ?
Une
définition du jeu peut être
trop étroite et exclure par exemple
le conte, la danse, la musique, le
théâtre puisque leur part
d’imprévisibilité est
réduite au jeu de
l’interprétation donnée par
l’artiste.
Caractéristiques du jeu
- La règle et la
liberté. C’est ce
couple qui est déterminant. Tout
jeu a ses propres règles. Il
détermine notamment un espace
(l’échiquier par exemple) et un
temps déterminé. Tout jeu
détermine une liberté,
liberté ou non d’entrer dans le jeu
et de s’y mouvoir, et autorise une
stratégie. Les règles
déterminent la liberté et
les choix du (des) joueur(s). Le jeu
s'oppose à la contrainte, au
déterminisme, à l’arbitraire
et à la triche.
- L’imprévisible : le jeu est
hasard mais jamais pur hasard (même
le jeu de dés). Il laisse une large
part à l’indétermination.
Son issue dépend des
décisions inter-dépendantes
des joueurs. Le joueur prend des risques
et assume la réussite ou
l’échec.
- Le jeu est un monde clos : il trouve
son sens en lui-même. Et son sens
premier est le plaisir. Il ne trouve pas
sa justification en dehors de
lui-même. Il n’a pas vocation
à produire des biens et des
richesses ni à être
utilitariste (Un jeu éducatif qui
n’est pas basé avant tout sur le
plaisir n’est pas un jeu). Il suscite la
joie même lorsqu’il conduit le
joueur à l’échec. La grande
majorité des jeux ouvre une
compétition et favorise, selon les
cas, le savoir, l’habileté, la
force...
- Le jeu est fiction. Il
est introduit le joueur dans un espace et
dans un temps qui peut imiter le
réel mais qui n’est pas le
réel.
Ces quelques
caractéristiques doivent conduire
à une théorie critique
du jeu. Le jeu peut être
aliénation et perversion de
l’esprit ludique : la contrainte, la
triche, l’irresponsabilité, la
quête d’un objet extérieur
(appât du gain, utilitarisme
didactique, compétition
exclusive...), la diversion (le
loisir-opium pour compenser les effets de
conditions de vie et de travail
insupportables)... Nous verrons que la
catéchèse (des enfants et
des adultes) peut utiliser le jeu de
façon perverse à des fins
uniquement didactiques. Ce qui conduit le
théologien Jürgen Moltmann
à parler d’une libération du
jeu (et des joueurs) mais aussi par le
jeu.
Enfants et adultes des temps
bibliques jouaient
Car le
jeu est essentiel à toute existence
humaine et animale. A quoi jouaient-ils ?
Jeux de force, jeux d’adresse, jeux de
dés, jeux d’osselets... Un constat :
l’activité ludique (à part la
musique et la danse) est très peu
évoquée.
Le jeu de l’Ecriture :
La Bible
ne fait pas jouer, au sens propre, ses
personnages. Elle n’en présente pas
moins un certain sens ludique. Les auteurs
bibliques avaient, certes, des projets
théologiques impératifs en
profilant leurs personnages. Ils
s’adonnaient pourtant, par des effets
littéraires, aux plaisirs subtils des
jeux de mots, des renversements de
situation, des annotations amusées.
Bref, à la création. Les
aventures de Jacob ou d’Abraham en sont des
exemples. A nous, lecteurs, de
reconnaître ce jeu des conteurs
bibliques.
Heureusement, il existe quelques
exceptions explicites dans les
récits bibliques que l’on peut
regrouper en quatre catégories.
1. Le jeu du spectacle : les textes
sont très nombreux. Il suffit de
consulter une concordance pour constater
la place importante qu’occupent la danse
et la musique comme loisirs mais aussi et
surtout dans le cadre du culte. Le
personnage emblématique est David
(II Samuel 6.14).
2. Enfants et adultes jouent : Isaac
(l’enfant-rire) et Ismaël jouent sous
le regard de Sara ; ce qui provoque une
crise de jalousie qui aboutira à
l’exil de Sara et d’Ismaël
(Genèse 21.9). C’est au jeu
complice d’Isaac et de Rébecca que
le roi Abimélec détectera
que ces deux-là ne sont pas
frère et soeur comme le
prétend Isaac mais bien mari et
femme (Genèse 26.8). Samson est
l’image du jeu de la dérision et de
la bouffonnerie (Juges 16.25). D’autres
textes évoquent le jeu de l’homme
avec l’animal (Job 40.24). Le psaume 137
souligne que l’on ne peut jouer dans une
situation de contrainte.
3. Le jeu de la Sagesse : Le
poème énigmatique de la
Sagesse jouant avec le monde
créé par Dieu a
suscité la curiosité des
Pères de l’Eglise (Proverbes 8).
C’est un très beau poème qui
renvoie au Christ Sagesse présent
lors de la création du monde
(Colossiens 1.12 à 20). Ici le jeu
est associé à la
création.
4. Le jeu comme symbole du monde
à venir : Dans l’Ancien
comme dans le Nouveau Testament, le jeu
des enfants et des jeunes est l’image
même des temps eschatologiques. Le
nourrisson s’ébattra avec le
serpent (Esaïe 11.8). Quand
Jérusalem sera restaurée et
retrouvera la paix, on verra les jeunes
gens jouer sur la place publique (Zacharie
8.5). La bonne nouvelle annoncée
par Jésus suscite l’adhésion
par le jeu (Matthieu 11.7).
La Bible utilise donc les
catégories du jeu pour
évoquer les relations entre Dieu,
l’être humain et son environnement.
Notons qu’une même
famille de termes évoque, dans la
Bible hébraïque, le jeu, le
rire, la danse et la musique. On
retrouve aussi, comme dans la langue
française, l’expression "se jouer
de" pour tromper, se moquer...
Dieu en jeu, Dieu
joue-t-il ?
Oui, répondent les
Pères de l’Eglise (surtout
les Pères grecs) en
développant une même
théologie de la création et
du salut. Ils ne considèrent pas la
création comme une fabrication.
Dans la création, il y a
une part du "jeu de la grâce". Part
que l’on retrouve surtout dans la
théologie du salut.
Les thèmes
mêlés de la danse, de la joie
et du rire et le poème de la
Sagesse (Proverbes 8) inspirent
Tertullien, Origène, Hilaire de
Poitiers et, surtout, Grégoire de
Nysse qui évoque le monde
créé et le monde
à-venir comme une farandole que le
péché a rompue. Hippolyte de
Rome y décèle une “ronde
mystique” dont le meneur de jeu est
le Christ. Clément d’Alexandrie
voit dans Isaac jouant avec Ismaël la
préfiguration du Christ qui se rit
de la mort.
Il est vrai qu’il existe aussi,
chez les Pères de l’Eglise et les
moines du désert, une critique du
jeu auquel s'attachent la séduction
et le désordre du monde.
La théologie de Maxime le
Confesseur est fermement centrée
sur le Christ mort et ressuscité.
Pour accéder à la
création originelle et à la
nouvelle création en
Jésus-Christ, donc à la
connaissance même de Dieu, il faut
être en communion avec le Jeu du
Logos, la Parole faite chair. Entrer
dans ce jeu en le dissociant du jeu futile
est un axe fort de la pensée de
Maxime.
Avec l’époque
scolastique, la philosophie
d’Aristote et de Platon (distinguant
réalité/vérité
d’une part et jeu/futilité/art
d’autre part) revient en force. L’Eglise
déclare le jeu comme une
activité délictueuse. La
coupure se produit avec Saint-Thomas
d’Aquin. Théologie de la
création et théologie du
salut se dissocient. L’accent est mis sur
l’autonomie du monde (qui permet l’essor
d’une science profane). La
théologie dogmatique, de plus en
plus rationnelle, bannit l’idée
même d’un Dieu jouant. Ce
Dieu-là se réfugie dans le
courant mystique. Cette évolution
marquera la théologie, du Moyen-Age
à l’époque contemporaine. La
théologie narrative à
laquelle s’adonnaient aussi les
Pères de l’Eglise et la
piété populaire subissent le
même contrecoup du rationalisme
théologique.
La Réforme protestante
offre des réactions
contrastées et paradoxales. Martin
Luther insiste sur la justification : "Ce
n’est
pas en faisant ce qui est juste que nous
devenons justes, mais c’est en tant que
justifiés que nous faisons ce qui
est juste" affirme-t-il contre
Aristote et contre la théologie
classique. Les oeuvres libres sont
libérées de l’obligation de
se réaliser, de
l'égoïsme et de la recherche
de soi. Ainsi libres, elles ouvrent la
voie à la
spontanéité, à la
joie et au jeu. Sur ce point, le
radicalisme de Luther fut vite
oublié... La Réforme
supprima les fêtes et les jeux de
société. Le puritanisme
confirma ce choix. L’époque moderne
avec le postulat marxiste selon lequel
l’homme est ce qu’il produit n’a fait
qu’étouffer l’intuition des
Réformateurs. Et la dogmatique a
suivi le mouvement.
Il faut attendre la réhabilitation
du jeu au 18ème siècle
et le développement des jeux et des
jouets populaires pour que la
théologie, beaucoup plus tard,
s’intéresse à nouveau
à cette dimension. Aidée en
cela par notre époque post-moderne
qui s’affranchit de la pensée
technicienne dominée par les
critères d’efficacité.
àBilan :
la notion de jeu en théologie trouve
des appuis bibliques et des
développements dans les premiers
siècles du christianisme. Elle a subi
une très longue parenthèse
d’oubli dans la théologie classique.
La théologie contemporaine s’est
intéressée à une
dimension théologique mise à
l’honneur avant le Moyen-Age. La
théologie narrative se sait
particulièrement
intéressée par le jeu ; elle
en explore les ressources et les principes :
règle et liberté,
réalité et fiction...
Quelques
théologiens du jeu...
Hugo Rahner (1952)
évoque le Deus ludens ;
Dieu crée un monde par amour et non
par nécessité. Il se livre
à la joie, au jeu de de la
création par le jeu de la
grâce.
Jurgen Moltmann (1972) estime
que la résurrection du Christ
apporte à l’homme une
libération qui le conduit au jeu et
au rire libérés car le jeu
et le rire sont eux aussi marqués
par le péché. La raison
d’être du monde est dans "le
vouloir gratuit" (la grâce)
du Créateur : "le plaisir du
jeu unit le Dieu libre et l’homme
libéré". La Croix ne
peut être pensée comme un jeu
car elle est communion aux souffrances du
Christ et aux douleurs du monde.
Adolphe Gesché (1994)
s’appuie sur le poème de la Sagesse
(Proverbes 8) pour définir la
création comme jeu
caractérisé par la joie
gratuite de Dieu, espace d’invention et de
créativité où l’homme
trouve une place de liberté et de
choix, partenariat, c’est-à-dire
relation entre Dieu et l’homme et risque
que Dieu prend dans ce partenariat.
Jacques Arnould (1998)
souligne les intérêts et les
limites de la création
conçue comme jeu.
Intérêts :
l’émerveillement devant la
beauté du monde créé,
gratuité de l’amour créatif
de Dieu, liberté de l’être
humain. Les limites : l’absence
d’extériorité (le jeu exclu
toute transcendance, toute intervention
extérieure dans le monde clos du
jeu), l’absence de prise en compte de la
souffrance et du mal, la tendance à
l’esthétisme, l’attribution d’une
part de hasard à l’action de Dieu
(à l’encontre de toute tradition
théologique).
Harvey Cox (1971) s’en
prend à la modernité qui
exalte le sérieux,
l’épargne, le travail, la
discipline, la productivité. Contre
"la prétention totalitaire de
l’éthique", contre le
discours fermé de la doctrine (en
théologie, en économie, en
politique), il oppose la "joie de
l’esthétisme" (la fête
des fous) et le droit à
l’expérience. Il s’efforce
d’articuler règle et liberté
qui caractérisent le jeu. La
fantaisie n’est pas le refuge de ceux qui
fuient la dure réalité mais,
bien au contraire, un ferment de
changement, de contestation, de
l’aliénation d’un monde que vient
chambouler un "Christ en arlequin".
François Euvé (2000)
s’intéresse à une
théologie de la création (et
du salut) pensée sur le
modèle du jeu. Dieu n’est pas
l’architecte d’un monde achevé mais
créateur et partenaire d’une
relation d’amour ouverte à
l’émerveillement, à la
liberté, à la foi, au
risque. Cette théologie permet de
dépasser la fausse alternative
loi/liberté. Création et vie
sociale ont leurs règles. La
liberté joue avec elles. La
catégorie du jeu permet de penser
les relations qui impliquent Dieu, la
nature et l’être humain. Cette
théologie permet de prendre en
compte le discours des sciences. Elle
reconnaît que Dieu ne joue pas aux
dés avec le monde mais que Dieu
joue dans la mesure où il renonce
à tout calcul, où il se risque
pour nous. Dieu ne mène pas le jeu
mais il en reste maître car c’est
lui qui en fixe les règles ultimes.
Il existe un hors-jeu. Il existe une
durée du jeu, qui nécessite
la patience ; l’espérance se
nourrit de l’admiration du monde.
Quelques objections... :
-
Hasard
et nécessité :
Admettre
une
part de jeu dans la création et dans
le salut, est-ce faire la part belle
à un argument essentiel de
l’athéisme : le hasard seul est
créateur ? Or le jeu n’est jamais pur
hasard. Même lorsqu’on joue aux
dés. Le hasard est toujours
“bridé”. Dans Genèse 1, il y a
à la fois une intention
créatrice et une part d’autonomie du
cosmos et de l’homme.
-
Un
monde clos :
Si le jeu
appartient au joueur, le joueur appartient
aussi au jeu. Cette double appartenance
(donc double enfermement) est-elle
applicable à Dieu ? C’est un autre
argument de l’athéisme : il n’y
a pas de place pour une force
extérieure au jeu dans le monde. On
peut répondre à cette
objection que c’est Dieu qui fixe les
règles du jeu et que ni Dieu ni
l’homme n’en sont les prisonniers. Dieu
intervient dans le jeu de la création
pour en casser le légalisme et le
déterminisme. Le jeu
évacue-t-il toute dimension
éthique en se réfugiant dans
le divertissement, le plaisir, l’imaginaire
?
Le jeu est une image, une
métaphore, une parabole. Comme
toute parabole, il ne faut pas en pousser
les significations jusqu’en ses
contradictions. Nous savons que le jeu
peut être pervers, enfermant,
désespérant,
irresponsable...
Eglise en jeu
La prise en compte des
catégories du jeu dans la
théologie ne signifie pas que
l’Eglise joue, au sens propre.
Certes,
la liturgie peut apparaître comme un
jeu cultuel (Guardini). La prière
aussi car elle imagine un monde autre,
utopique contre l'improbable,
l’inéluctable.
La
prière d’intercession place l’orant
dans un jeu de rôle (Rahner). Les
fêtes chrétiennes donnent lieu
à des jeux ; les jeux de la
nativité, les jeux de la
résurrection... laissent la part
belle au rire, à la
réjouissance, à la danse,
à la dérision même (ô
mort, où est ton aiguillon ?).
Moltmann aborde
l’éducation et la
catéchèse dans une perspective
protestante : "Notre
société éduque
déjà les enfants en ayant
recours à ces redoutables questions
sur l’existence qui placent le sens de la
vie dans le service, l’utilité et
la recherche de buts".
Mais l’Eglise joue-t-elle pour
autant ?
-
L’histoire
montre
que oui. L’histoire montre aussi que le
jeu a été souvent, de
façon paradoxale,
dénaturé et même
banni. Utilitarisme et puritanisme sont
passés par là...
-
L’invention
d’une
action spécifique auprès de
la jeunesse est à mettre au compte
de pasteurs et de laïcs d’origine
protestante. Cette action fait la part
belle aux jeux. Le scoutisme et le sport
(l’invention du basket est
révélatrice) sont redevables
d’une théologie qui inscrit le jeu
dans ses visées.
-
Ce
sont des pédagogues d’origine
protestante
et particulièrement en lien avec le
courant de pensée des Frères
moraves qui ont abondamment
développé le jeu. La
pédagogie protestante est à
l’origine de l’école maternelle
(Chalmel). C’est le cas du tchèque
Comenius, du suisse Pestalozzi, de
l’allemand F. Fröbel et du
français, J.F. Oberlin. Pauline
Kerkomar se situe dans la même
lignée éducative. C’est elle
qui a été chargée,
sous la Troisième
République, de construire les
fondements de l’Ecole maternelle actuelle.
Pour Comenius, le jeu
médiatise la communication avec les
autres, enfants ou adultes. Il permet de
dépenser son énergie et de
développer son esprit
créatif. L’enfant apprend à
maîtriser l’objet support de son
activité ludique. Pestalozzi et
Fröbel ont été
influencés par la théologie
de Zinzendorf et par le piétisme
des Frères moraves.
L’unité en Dieu est
symbolisée par la sphère.
D’où l’importance des jeux de
ballon. La vie humaine, elle, est
basée sur la tension des
contraires. D’où l’initiation aux
jeux présentant les formes
géométriques du cube, du
prisme, du cylindre. Le jeu est la
manifestation élémentaire de
l’activité de l’enfant.
Jean-Frédéric
Oberlin et Pauline Kergomard s’opposent
à cette conception
géométrique du jeu. Ils
partent du concret, de la
complexité de la nature, pour aller
vers la simplification. Oberlin a
fortement encouragé et même
créé des jeux
éducatifs.
Aujourd’hui,
l’intérêt pour le jeu en
Eglise s’élargit. Le
catéchisme paroissial pour
adolescents élaboré par les
Eglises protestantes d’Alsace et de
Moselle utilise largement le jeu comme
outil pédagogique. La
catéchèse des enfants, des
adolescents et des adultes, l’animation
missionnaire, l’animation biblique... se
servent de jeux pour convier à la
découverte de soi, de l’autre, de
la Bible, de nos responsabilités
civiques...
L’univers du numérique
ouvre de nouveaux horizons : CD Rom
éducatifs, sites internet...
Jouer en
Eglise. Est-ce bien... sérieux?
Parce que Homo
ludens. L’homme - et pas seulement dans
son stade infantile - joue. Le jeu fait
partie de sa vie.
Parce
que
Deus ludens. Dieu aussi ! La Bible, les
théologies juive et
chrétienne nous l'enseignent :
Dieu n'est pas cet Etre lointain et
immuablement sérieux. il sait se
réjouir de sa création et
de ses créatures.
Parce
que
l'Eglise a su jouer... pour
redécouvrir le goût de la
rencontre, du rire. Elle a su aussi
inventer des jeux pour transmettre la
Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Et
aujourd'hui ? Jouer en Egise rendrait-il
l'Eglie enjouée...? Le jeu lui
permettrait-elle de frayer un chemin
pour rencontrer l'autre, le croyant ou
le non-croyant, en quête d'un sens
à sa vie ?
Texte
à rêver...Homélie
sur le Psaume 6
" Il
y avait autrefois un temps où
toutes les créatures
dotées du logos ( la parole)
formaient un choeur unique de danse,
élevant leur regard vers le
premier danseur de choeur. Et dans
l'harmonie de ce mouvement qui du
premier danseur se communiquait à
tous par sa loi, ils faisaient leur
ronde(...) Depuis lors, l'homme a
été privé de la
communauté angélique et
l'homme tombé a besoin de
beaucoup de sueurs et de peines pour
combattre et vaincre l'esprit qui
pèse sur lui du fait du
péché : mais comme
trophée de victoire, la nouvelle
participation au choeur divin lui sera
en partage. Quand tu entends qu'à
l'incipit " à la fin" est
ajouté "pour le choeur", sache
ceci : par cette énigme
symbolique t'es donnée
l'exhortation de ne pas succomber dans
le combat des tentations, mais de
regarder vers l'accomplissement de la
victoire. Et il arrivera ceci : tu seras
à nouveau introduit dans la ronde
dansante des esprits angéliques".
Grégoire
de Nysse PG 44, 508B