Une bibliothèque protestante multimédia pour vous servir

   

SOMMAIRE

Accueil
Infos pratiques
Jouons en Église
Documentation en ligne
Expositions
Fonds ancien
Nouveautés
Catalogues
Liens

PARTENAIRES

Le
                              réseau protestant

HORAIRES

du lundi au vendredi
de
9h à 17h



CONTACT


e-mail

Médiathèque Protestante
1bis Quai Saint-Thomas
BP 80022
67081 Strasbourg Cedex



mise à jour :

avril 2011

 
 
 
Animations et réflexions "enjeux des jeux"

 

Propositions d'animation

Dans le cadre horaire d’une animation de groupe 
- Groupe de catéchèse d’enfants ou de jeunes, étude biblique, formation d’adultes : Il existe des jeux spécifiques selon les thèmes abordés ou des jeux inclus déjà dans des propositions d’animation de dossiers pédagogiques.
- C’est le cas notamment de Grains d’KT ou des dossiers édités par la Société d’Edition et de Diffusion (SED).

Dans le cadre d’une rencontre, d’une soirée

Même public ou public inter-générations : il est possible d’utiliser plusieurs jeux. Il faut déterminer précisément les objectifs et la thématique. Prenons l’exemple d’un objectif concernant la solidarité ; il existe des jeux permettant d’explorer les situations économiques et sociales d’un pays du Tiers-Monde et ses relations avec les pays développés.

Dans le cadre d’un week-end
Pour une rencontre associative ou de paroisse, il existe une “batterie” de jeux diversifiés. L’objectif peut être “simplement” ludique et renforcer les liens communautaires. Il s’agit d’une expérience trop peu souvent pratiquée. Elle permet pleinement d’intégrer, par exemple, les tout-petits ou des personnes handicapées et de favoriser les relations interpersonnelles.
> voir les jeux proposés par la médiathèque

En ligne, sur internet ou à télécharger :
> Food Force, un jeu gratuit à télécharger (en anglais ou italien) Food Force dont le but est de sensibiliser enfants et adolescents au problème de la faim dans le monde. Jeu produit par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies.
>
Voyage au pays de la Bible, un jeu destiné à faire découvrir aux jeunes de 11-13 ans les paysages de la région
> Parcours de migrants, conçu sur le modèle du jeu de l’oie, « Parcours de migrants » est un jeu qui met en scène six personnages qui émigrent jusqu'en France. Le plateau représente leur parcours, de leur pays d'origine jusqu'à leur insertion ou France ou leur retour volontaire dans leur pays d’origine.
> Un jeu de questions-réponses autour d'une exposition, mais à utiliser tel quel. Les Huguenots dans l'Est.

La Médiathèque peut vous mettre en relation avec le Service de la Catéchèse de l'Union des Églises protestantes d'alsace et de lorraine (03 88 25 90 35).
Sachez en outre qu’il existe sur Strasbourg une association spécialisée qui dispose d’une animatrice formée à l’animation ludique (maison des jeux).

Jouer en Eglise, c’est le rire d’une Eglise enjouée. A ne pas confondre avec une Eglise en jouet  qui se jouerait de l’autre au lieu de jouer avec. En paroisse ou dans un cadre associatif, c’est  promouvoir la rencontre entre générations et avec les gens du quartier, la convivialité, la découverte, mais aussi le débat théologique, bref, le plaisir.

L'équipe de la médiathèque :

-   dispose d’une ludothèque qu’elle enrichit constamment.

-    a sélectionné, dans sa ludothèque, des jeux significatifs s’intégrant dans une rencontre associative ou paroissiale et en un lieu suffisamment spacieux.

-    vous propose ce dossier théologique, pédagogique, liturgique et  documentaire.

-   est a votre service pour vous conseiller.

Notre but n’est pas “faire jouer” 100 personnes sur un même jeu mais de proposer un choix de jeux très variés où chacun puisse trouver son compte.

Les critères de sélection des jeux ont été :

- ceux qui favorisent la solidarité plus que la compétition

- ceux qui ouvrent un monde de découverte.

- ceux qui permettent la rencontre entre générations.

- ceux qui sont adaptés à des tranches d’âges spécifiques

Enjeux : réflexions autour de l'homme, de l'Eglise, de Dieu..

Que ces "enjeux du jeu" ne gâchent pas votre plaisir de jouer. Notre intention n’est pas de vous assommer par de doctes considérations mais de vous donner quelques éléments de réflexions.

Hommo ludens : l'Homme en jeu

Quand des enfants ou/et des adultes jouent, cela s’entend, se sent, se voit... tout simplement. Mais ce n’est pas si simple !

Bien malin qui donnera une définition de jeu. Elle peut être trop large : tout (et donc rien) est jeu. Les “jeux olympiques”, les sports professionnels, les jeux télévisés sont-ils des jeux ? Le joueur professionnel est-il un joueur ?

 Une définition du jeu peut être trop étroite et exclure par exemple le conte, la danse, la musique, le théâtre puisque leur part d’imprévisibilité est réduite au jeu de l’interprétation donnée par l’artiste.

Caractéristiques du jeu

- La règle et la liberté. C’est ce couple qui est déterminant. Tout jeu a ses propres règles. Il détermine notamment un espace (l’échiquier par exemple) et un temps déterminé. Tout jeu détermine une liberté, liberté ou non d’entrer dans le jeu et de s’y mouvoir, et autorise une stratégie. Les règles déterminent la liberté et les choix du (des) joueur(s). Le jeu s'oppose à la contrainte, au déterminisme, à l’arbitraire et à la triche.

- L’imprévisible : le jeu est hasard mais jamais pur hasard (même le jeu de dés). Il laisse une large part à l’indétermination. Son issue dépend des décisions inter-dépendantes des joueurs. Le joueur prend des risques et assume la réussite ou l’échec.

- Le jeu est un monde clos : il trouve son sens en lui-même. Et son sens premier est le plaisir. Il ne trouve pas sa justification en dehors de lui-même. Il n’a pas vocation à produire des biens et des richesses ni à être utilitariste (Un jeu éducatif qui n’est pas basé avant tout sur le plaisir n’est pas un jeu). Il suscite la joie même lorsqu’il conduit le joueur à l’échec. La grande majorité des jeux ouvre une compétition et favorise, selon les cas, le savoir, l’habileté, la force...

- Le jeu est fiction. Il est introduit le joueur dans un espace et dans un temps qui peut imiter le réel mais qui n’est pas le réel.

Ces quelques caractéristiques doivent conduire à une théorie critique du jeu. Le jeu peut être aliénation et perversion de l’esprit ludique : la contrainte, la triche, l’irresponsabilité, la quête d’un objet extérieur (appât du gain, utilitarisme didactique, compétition exclusive...), la diversion (le loisir-opium pour compenser les effets de conditions de vie et de travail insupportables)... Nous verrons que la catéchèse (des enfants et des adultes) peut utiliser le jeu de façon perverse à des fins uniquement didactiques. Ce qui conduit le théologien Jürgen Moltmann à parler d’une libération du jeu (et des joueurs) mais aussi par le jeu.

Enfants et adultes des temps bibliques jouaient

 Car le jeu est essentiel à toute existence humaine et animale. A quoi jouaient-ils ? Jeux de force, jeux d’adresse, jeux de dés, jeux d’osselets... Un constat : l’activité ludique (à part la musique et la danse) est très peu évoquée.

Le jeu de l’Ecriture :

 La Bible ne fait pas jouer, au sens propre, ses personnages. Elle n’en présente pas moins un certain sens ludique. Les auteurs bibliques avaient, certes, des projets théologiques impératifs en profilant leurs personnages. Ils s’adonnaient pourtant, par des effets littéraires, aux plaisirs subtils des jeux de mots, des renversements de situation, des annotations amusées. Bref, à la création. Les aventures de Jacob ou d’Abraham en sont des exemples. A nous, lecteurs, de reconnaître ce jeu des conteurs bibliques. Heureusement, il existe quelques exceptions explicites dans les récits bibliques que l’on peut regrouper en quatre catégories.

1. Le jeu du spectacle : les textes sont très nombreux. Il suffit de consulter une concordance pour constater la place importante qu’occupent la danse et la musique comme loisirs mais aussi et surtout dans le cadre du culte. Le personnage emblématique est David (II Samuel 6.14).

2. Enfants et adultes jouent : Isaac (l’enfant-rire) et Ismaël jouent sous le regard de Sara ; ce qui provoque une crise de jalousie qui aboutira à l’exil de Sara et d’Ismaël (Genèse 21.9). C’est au jeu complice d’Isaac et de Rébecca que le roi Abimélec détectera que ces deux-là ne sont pas frère et soeur comme le prétend Isaac mais bien mari et femme (Genèse 26.8). Samson est l’image du jeu de la dérision et de la bouffonnerie (Juges 16.25). D’autres textes évoquent le jeu de l’homme avec l’animal (Job 40.24). Le psaume 137 souligne que l’on ne peut jouer dans une situation de contrainte.

3. Le jeu de la Sagesse : Le poème énigmatique de la Sagesse jouant avec le monde créé par Dieu a suscité la curiosité des Pères de l’Eglise (Proverbes 8). C’est un très beau poème qui renvoie au Christ Sagesse présent lors de la création du monde (Colossiens 1.12 à 20). Ici le jeu est associé à la création.

4. Le jeu comme symbole du monde à venir : Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, le jeu des enfants et des jeunes est l’image même des temps eschatologiques. Le nourrisson s’ébattra avec le serpent (Esaïe 11.8). Quand Jérusalem sera restaurée et retrouvera la paix, on verra les jeunes gens jouer sur la place publique (Zacharie 8.5). La bonne nouvelle annoncée par Jésus suscite l’adhésion par le jeu (Matthieu 11.7).

La Bible utilise donc les catégories du jeu pour évoquer les relations entre Dieu, l’être humain et son environnement.

Notons qu’une même famille de termes évoque, dans la Bible hébraïque, le jeu, le rire, la danse et la musique.  On retrouve aussi, comme dans la langue française, l’expression "se jouer de" pour tromper, se moquer...

Dieu en jeu, Dieu joue-t-il ?

Oui, répondent les Pères de l’Eglise (surtout les Pères grecs) en développant une même théologie de la création et du salut. Ils ne considèrent pas la création comme une fabrication.

Dans la création, il y a une part du "jeu de la grâce". Part que l’on retrouve surtout dans la théologie du salut.

Les thèmes mêlés de la danse, de la joie et du rire et le poème de la Sagesse (Proverbes 8) inspirent Tertullien, Origène, Hilaire de Poitiers et, surtout, Grégoire de Nysse qui évoque le monde créé et le monde à-venir comme une farandole que le péché a rompue. Hippolyte de Rome y décèle une “ronde mystique” dont le meneur de jeu est le Christ. Clément d’Alexandrie voit dans Isaac jouant avec Ismaël la préfiguration du Christ qui se rit de la mort.

Il est vrai qu’il existe aussi, chez les Pères de l’Eglise et les moines du désert, une critique du jeu auquel s'attachent la séduction et le désordre du monde.

La théologie de Maxime le Confesseur est fermement centrée sur le Christ mort et ressuscité. Pour accéder à la création originelle et à la nouvelle création en Jésus-Christ, donc à la connaissance même de Dieu, il faut être en communion avec le Jeu du Logos, la Parole faite chair. Entrer dans ce jeu en le dissociant du jeu futile est un axe fort de la pensée de Maxime.

Avec l’époque scolastique, la philosophie d’Aristote et de Platon (distinguant réalité/vérité d’une part et jeu/futilité/art d’autre part) revient en force. L’Eglise déclare le jeu comme une activité délictueuse. La coupure se produit avec Saint-Thomas d’Aquin. Théologie de la création et théologie du salut se dissocient. L’accent est mis sur l’autonomie du monde (qui permet l’essor d’une science profane). La théologie dogmatique, de plus en plus rationnelle, bannit l’idée même d’un Dieu jouant. Ce Dieu-là se réfugie dans le courant mystique. Cette évolution marquera la théologie, du Moyen-Age à l’époque contemporaine. La théologie narrative à laquelle s’adonnaient aussi les Pères de l’Eglise et la piété populaire subissent le même contrecoup du rationalisme théologique.

La Réforme protestante offre des réactions contrastées et paradoxales. Martin Luther insiste sur la justification : "Ce n’est pas en faisant ce qui est juste que nous devenons justes, mais c’est en tant que justifiés que nous faisons ce qui est juste" affirme-t-il contre Aristote et contre la théologie classique. Les oeuvres libres sont libérées de l’obligation de se réaliser, de l'égoïsme et de la recherche de soi. Ainsi libres, elles ouvrent la voie à la spontanéité, à la joie et au jeu. Sur ce point, le radicalisme de Luther fut vite oublié... La Réforme supprima les fêtes et les jeux de société. Le puritanisme confirma ce choix. L’époque moderne avec le postulat marxiste selon lequel l’homme est ce qu’il produit n’a fait qu’étouffer l’intuition des Réformateurs. Et la dogmatique a suivi le mouvement.

Il faut attendre la réhabilitation du jeu au 18ème siècle et le développement des jeux et des jouets populaires pour que la théologie, beaucoup plus tard, s’intéresse à nouveau à cette dimension. Aidée en cela par notre époque post-moderne qui s’affranchit de la pensée technicienne dominée par les critères d’efficacité.

àBilan : la notion de jeu en théologie trouve des appuis bibliques et des développements dans les premiers siècles du christianisme. Elle a subi une très longue parenthèse d’oubli dans la théologie classique. La théologie contemporaine s’est intéressée à une dimension théologique mise à l’honneur avant le Moyen-Age. La théologie narrative se sait particulièrement intéressée par le jeu ; elle en explore les ressources et les principes : règle et liberté, réalité et fiction... 

Quelques théologiens du jeu...

Hugo Rahner (1952) évoque le Deus ludens ; Dieu crée un monde par amour et non par nécessité. Il se livre à la joie, au jeu de de la création par le jeu de la grâce.

Jurgen Moltmann (1972) estime que la résurrection du Christ apporte à l’homme une libération qui le conduit au jeu et au rire libérés car le jeu et le rire sont eux aussi marqués par le péché. La raison d’être du monde est dans "le vouloir gratuit" (la grâce) du Créateur : "le plaisir du jeu unit le Dieu libre et l’homme libéré". La Croix ne peut être pensée comme un jeu car elle est communion aux souffrances du Christ et aux douleurs du monde.

Adolphe Gesché (1994) s’appuie sur le poème de la Sagesse (Proverbes 8) pour définir la création comme jeu caractérisé par la joie gratuite de Dieu, espace d’invention et de créativité où l’homme trouve une place de liberté et de choix, partenariat, c’est-à-dire relation entre Dieu et l’homme et risque que Dieu prend dans ce partenariat.

Jacques Arnould (1998) souligne les intérêts et les limites de la création conçue comme jeu. Intérêts : l’émerveillement devant la beauté du monde créé, gratuité de l’amour créatif de Dieu, liberté de l’être humain. Les limites : l’absence d’extériorité (le jeu exclu toute transcendance, toute intervention extérieure dans le monde clos du jeu), l’absence de prise en compte de la souffrance et du mal, la tendance à l’esthétisme, l’attribution d’une part de hasard à l’action de Dieu (à l’encontre de toute tradition théologique).

Harvey Cox (1971) s’en prend à la modernité qui exalte le sérieux, l’épargne, le travail, la discipline, la productivité. Contre "la prétention totalitaire de l’éthique", contre le discours fermé de la doctrine (en théologie, en économie, en politique), il oppose la "joie de l’esthétisme" (la fête des fous) et le droit à l’expérience. Il s’efforce d’articuler règle et liberté qui caractérisent le jeu. La fantaisie n’est pas le refuge de ceux qui fuient la dure réalité mais, bien au contraire, un ferment de changement, de contestation, de l’aliénation d’un monde que vient chambouler un "Christ en arlequin".

François Euvé (2000) s’intéresse à une théologie de la création (et du salut) pensée sur le modèle du jeu. Dieu n’est pas l’architecte d’un monde achevé mais créateur et partenaire d’une relation d’amour ouverte à l’émerveillement, à la liberté, à la foi, au risque. Cette théologie permet de dépasser la fausse alternative loi/liberté. Création et vie sociale ont leurs règles. La liberté joue avec elles. La catégorie du jeu permet de penser les relations qui impliquent Dieu, la nature et l’être humain. Cette théologie permet de prendre en compte le discours des sciences. Elle reconnaît que Dieu ne joue pas aux dés avec le monde mais que Dieu joue dans la mesure où il renonce à tout calcul, où il se risque pour nous. Dieu ne mène pas le jeu mais il en reste maître car c’est lui qui en fixe les règles ultimes. Il existe un hors-jeu. Il existe une durée du jeu, qui nécessite la patience ; l’espérance se nourrit de l’admiration du monde.

Quelques objections... :

-         Hasard et nécessité :

 Admettre une part de jeu dans la création et dans le salut, est-ce faire la part belle à un argument essentiel de l’athéisme : le hasard seul est créateur ? Or le jeu n’est jamais pur hasard. Même lorsqu’on joue aux dés. Le hasard est toujours “bridé”. Dans Genèse 1, il y a à la fois une intention créatrice et une part d’autonomie du cosmos et de l’homme.

-         Un monde clos :

 Si le jeu appartient au joueur, le joueur appartient aussi au jeu. Cette double appartenance (donc double enfermement) est-elle applicable à Dieu ? C’est un autre argument de l’athéisme : il n’y a pas de place pour une force extérieure au jeu dans le monde. On peut répondre à cette objection que c’est Dieu qui fixe les règles du jeu et que ni Dieu ni l’homme n’en sont les prisonniers. Dieu intervient dans le jeu de la création pour en casser le légalisme et le déterminisme. Le jeu évacue-t-il toute dimension éthique en se réfugiant dans le divertissement, le plaisir, l’imaginaire ?

Le jeu est une image, une métaphore, une parabole. Comme toute parabole, il ne faut pas en pousser les significations jusqu’en ses contradictions. Nous savons que le jeu peut être pervers, enfermant, désespérant, irresponsable...

 

Eglise en jeu

La prise en compte des catégories du jeu dans la théologie ne signifie pas que l’Eglise joue, au sens propre.

 Certes, la liturgie peut apparaître comme un jeu cultuel (Guardini). La prière aussi car elle imagine un monde autre, utopique contre l'improbable, l’inéluctable.

 La prière d’intercession place l’orant dans un jeu de rôle (Rahner). Les fêtes chrétiennes donnent lieu à des jeux ; les jeux de la nativité, les jeux de la résurrection... laissent la part belle au rire, à la réjouissance, à la danse, à la dérision même (ô mort, où est ton aiguillon ?).

Moltmann aborde l’éducation et la catéchèse dans une perspective protestante :  "Notre société éduque déjà les enfants en ayant recours à ces redoutables questions sur l’existence qui placent le sens de la vie dans le service, l’utilité et la recherche de buts".

Mais l’Eglise joue-t-elle pour autant ?

-         L’histoire montre que oui. L’histoire montre aussi que le jeu a été souvent, de façon paradoxale, dénaturé et même banni. Utilitarisme et puritanisme sont passés par là...

-         L’invention d’une action spécifique auprès de la jeunesse est à mettre au compte de pasteurs et de laïcs d’origine protestante. Cette action fait la part belle aux jeux. Le scoutisme et le sport (l’invention du basket est révélatrice) sont redevables d’une théologie qui inscrit le jeu dans ses visées.

-         Ce sont des pédagogues d’origine protestante et particulièrement en lien avec le courant de pensée des Frères moraves qui ont abondamment développé le jeu. La pédagogie protestante est à l’origine de l’école maternelle (Chalmel). C’est le cas du tchèque Comenius, du suisse Pestalozzi, de l’allemand F. Fröbel et du français, J.F. Oberlin. Pauline Kerkomar se situe dans la même lignée éducative. C’est elle qui a été chargée, sous la Troisième République, de construire les fondements de l’Ecole maternelle actuelle.

Pour Comenius, le jeu médiatise la communication avec les autres, enfants ou adultes. Il permet de dépenser son énergie et de développer son esprit créatif. L’enfant apprend à maîtriser l’objet support de son activité ludique. Pestalozzi et Fröbel ont été influencés par la théologie de Zinzendorf et par le piétisme des Frères moraves.

L’unité en Dieu est symbolisée par la sphère. D’où l’importance des jeux de ballon. La vie humaine, elle, est basée sur la tension des contraires. D’où l’initiation aux jeux présentant les formes géométriques du cube, du prisme, du cylindre. Le jeu est la manifestation élémentaire de l’activité de l’enfant.

Jean-Frédéric Oberlin et Pauline Kergomard s’opposent à cette conception géométrique du jeu. Ils partent du concret, de la complexité de la nature, pour aller vers la simplification. Oberlin a fortement encouragé et même créé des jeux éducatifs.

Aujourd’hui, l’intérêt pour le jeu en Eglise s’élargit. Le catéchisme paroissial pour adolescents élaboré par les Eglises protestantes d’Alsace et de Moselle utilise largement le jeu comme outil pédagogique. La catéchèse des enfants, des adolescents et des adultes, l’animation missionnaire, l’animation biblique... se servent de jeux pour convier à la découverte de soi, de l’autre, de la Bible, de nos responsabilités civiques...

L’univers du numérique ouvre de nouveaux horizons : CD Rom éducatifs, sites internet...

Jouer en Eglise. Est-ce bien... sérieux?

Parce que Homo ludens. L’homme - et pas seulement dans son stade infantile - joue. Le jeu fait partie de sa vie.

Parce que Deus ludens. Dieu aussi ! La Bible, les théologies juive et chrétienne nous l'enseignent : Dieu n'est pas cet Etre lointain et immuablement sérieux. il sait se réjouir de sa création et de ses créatures.

Parce que l'Eglise a su jouer... pour redécouvrir le goût de la rencontre, du rire. Elle a su aussi inventer des jeux pour transmettre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Et aujourd'hui ? Jouer en Egise rendrait-il l'Eglie enjouée...? Le jeu lui permettrait-elle de frayer un chemin pour rencontrer l'autre, le croyant ou le non-croyant, en quête d'un sens à sa vie ?

Texte à rêver...Homélie sur le Psaume 6

" Il y avait autrefois un temps où toutes les créatures dotées du logos ( la parole) formaient un choeur unique de danse, élevant leur regard vers le premier danseur de choeur. Et dans l'harmonie de ce mouvement qui du premier danseur se communiquait à tous par sa loi, ils faisaient leur ronde(...) Depuis lors, l'homme a été privé de la communauté angélique et l'homme tombé a besoin de beaucoup de sueurs et de peines pour combattre et vaincre l'esprit qui pèse sur lui du fait du péché : mais comme trophée de victoire, la nouvelle participation au choeur divin lui sera en partage. Quand tu entends qu'à l'incipit " à la fin" est ajouté "pour le choeur", sache ceci : par cette énigme symbolique t'es donnée l'exhortation de ne pas succomber dans le combat des tentations, mais de regarder vers l'accomplissement de la victoire. Et il arrivera ceci : tu seras à nouveau introduit dans la ronde dansante des esprits angéliques".

Grégoire de Nysse PG 44, 508B