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L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion :

Après l’émotion, des questions !

Autour du rapport de la Ciase

La publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels commis dans l’Église (Ciase) a saisi d’effroi tant les chiffres du nombre de victimes sont vertigineux et dépassent l’entendement. Après deux ans et demi d’auditions, de recherches, de collecte de données, ce rapport porte notre regard sur un abîme, dévoilant et dénonçant sans ambages la défaillance systémique de l’Église catholique. Voilà donc que cette Église, qui revendiquait ne pas appartenir au monde, se voit remise en question publiquement, contestée dans certains de ses principes ecclésiaux, rattrapée par le monde et sa juridiction. Bien que concernant en premier lieu l’Église catholique, les chrétiens d’autres familles ecclésiales seraient mal avisés d’ignorer les éléments d’analyses et les interpellations de ce rapport. Le scandale de la pédo-criminalité concerne et concernera tous ceux qui se réclament du Christ.

Pour chacun de celles et ceux dont les vies ont ainsi été marquées, blessées, parfois meurtries, amputées, voire volées, il s’agit tout d’abord d’être reconnu comme victime, et donc que l’Église, en toute humilité, et en vérité, puisse dire, non seulement sa honte, mais encore sa responsabilité. Il peut être rude, le chemin de la vérité ! Mais « la vérité vous rendra libres », dit l’évangéliste Jean. Il appartiendra aussi à l’Église de poser les actes significatifs pour atténuer autant que possible l’irréparable. Pour l’Église catholique en France, ce chemin représente une terrible épreuve. Il lui faudra du courage pour affronter toutes les interpellations que lui adresse le rapport de cette commission qui a mis au cœur de ses travaux la parole des victimes.

De nombreuses causes sont avancées pour situer cette défaillance systémique, et notamment celle de la culture du tabou à propos de la sexualité, du désir et de plaisir, ce silence hérité d’un discours associant sexualité et péché, mais aussi celle liée à la figure sacralisée du prêtre qui lui confère un statut en surplomb, détenteur d’un pouvoir sacré et revêtant une autorité réputée d’origine divine. La question de la structuration de l’autorité constitue à l’évidence l’un des nœuds du problème.

Ce dernier point m’interpelle. En tant que protestants, nous prêtons à la Réforme d’avoir aboli la différentiation entre clerc et laïc, promu le sacerdoce universel des croyants, dénoncé toute forme de magistère hiérarchique. Et pourtant irions-nous jusqu’à prétendre que les formes d’autorité exercées au sein de nos Églises protestantes sont exemptes de toute réalité de pouvoir et de l’emprise qu’il peut exercer ? Pourrions-nous affirmer que parmi ces différentes formes d’autorité, qu’elle soit religieuse, éducative, thérapeutique, prophétique, institutionnelle, intellectuelle, aucune, du haut de son piédestal, ne génère cette révérence qui inhibe tout sens de la critique, et entretient une culture de la docilité, de l’obéissance, voire de la soumission ?

Parce que toute autorité est fondée sur un mécanisme de reconnaissance, et parce que ce dernier induit une forme de confiance, il est essentiel pour l’authenticité du témoignage de l’Évangile que soient toujours questionnés ceux qui l’incarnent. C’est là, l’une des principales interpellations que je reçois du rapport de la Ciase.

 

Photo : Gilles Gravier / Unsplash

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