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L'auteur Christian Albecker

Président de l'UEPAL

Thème de la réflexion : actu

C’est l’hiver des espérances gelées…

C’est l’hiver (...) le temps est froid et gris dans notre société de pandémie. C’est l’hiver des espérances gelées (...)

C’est l’hiver. C’est l’hiver non seulement parce qu’il y a beaucoup de neige et d’inondations, mais parce que le temps est froid et gris dans notre société de pandémie. C’est l’hiver des espérances gelées, des projets enfouis sous la glace des rassemblements interdits, des musées, des cinémas et des théâtres fermés, l’hiver du repli chez soi derrière les écrans des vidéoconférences. Un à un les projets prévus au printemps sont annulés, ajournés, reportés, si bien que tout le monde a mis mentalement une croix sur le premier semestre 2021. Même le Kirchentag sera virtuel et digital ! On admire la performance technique qui permettra cela, mais cela ne consolera pas de la perte de la « présence réelle » de cet immense carrefour de la foi, de la joie et de la communion.

En même temps, la banquise craque sous l’effet des tensions sociales, des inégalités qui se creusent. Beaucoup le disent et je m’y joins : est-il normal qu’une société sacrifie une génération au profit d’une autre, les jeunes au profit des vieux ? Le souci de protéger nos aînés est louable, mais n’est-il pas l’expression de notre propre peur de vieillir et de mourir, notre refus de la fragilité et de la finitude ? Je suis personnellement bouleversé par le désespoir des jeunes, piégés par notre société sous cloche, interdits de cours pour les étudiants, démunis pour certains au point de devoir faire la queue à la soupe populaire. Notre économie est pareillement sous cloche, et des secteurs entiers sont sous perfusion de la manne étatique, sans aucune visibilité pour le futur. Le réveil en termes de dégâts sociaux sera très douloureux, nous le pressentons déjà à travers nos associations. De nombreuses voix demandent un débat démocratique et interrogent nos gouvernants dont la tâche est lourde. La récente assemblée générale de la Fédération Protestante de France a ainsi recommandé à son conseil et à son président d’interpeller le gouvernement sur la situation des jeunes, mais aussi sur l’aggravation des violences intrafamiliales liées au confinement social.

Quelle est l’hirondelle qui fera le printemps ? On serait tenté de donner ce rôle au vaccin mis au point en un temps record. Et en effet, il constitue l’espoir le plus concret de sortir de la pandémie. A l’occasion de Noël avait circulé un dessin humoristique où l’enfant de la crèche était remplacé par une seringue de vaccin. Eh oui, comme nous l’attendions, ce divin vaccin promis par les prophètes des grands laboratoires ! En même temps, nous savons que cette prouesse scientifique n’a pu être réalisée qu’au détriment d’autres recherches sur des maladies graves, et que l’accès à la piqûre tant espérée sera inégalitaire entre pays de la planète.

C’est pourquoi l’hirondelle des chrétiens porte un autre nom, celui du Christ Jésus. Mais c’est une hirondelle bien démunie, car Jésus dit de lui-même en Matthieu 8,20 : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » Il disait cela à un homme pieux qui lui promettait de le suivre partout où il irait. A Noël, Jésus n’avait pas de berceau où poser sa tête. Le Carême dans lequel nous entrons en ce mois de février ne dit rien d’autre : la montée vers Jérusalem est marquée au sceau de l’incertitude, du rejet et de la souffrance : suivre le Christ n’a jamais été facile (on pense à « Nachfolge » de Bonhoeffer qui dénonce la grâce facile) mais c’est en le suivant que nous verrons poindre l’aube de Pâques et l’espérance de la vie plus forte que la mort ! C’est en « habitant l’incertitude », pour reprendre le titre d’une belle prédication de Madeleine Wieger*, que nous pourrons être des témoins d’espérance, de partage et de solidarité dans un monde devenu de plus en plus indéchiffrable.

 

* « Habiter l’incertitude », prédication de Madeleine Wieger dans le cadre du culte inter paroissial de Strasbourg centre en l’église Saint-Thomas le 10 janvier 2021. À revoir ici
Prédication de 41 min à 1h02

KANIKA PANT / Unsplash

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