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L'auteur Esther LENZ

Pasteure, inspectrice ecclésiastique de Wissembourg

Thème de la réflexion : Confinement, Réflexions

De nos déserts et de nos désirs….

Projet d’écriture « Au jour le jour ma vie de foi » : Le temps que nous vivons ou que nous avons vécu a souvent été comparé à une traversée du désert, un temps particulier et « mis à part ».

« Le Seigneur t’ordonne de laisser partir son peule pour qu’il puisse lui rendre un culte dans le désert » (Exode 6,16 et autres).

Le temps que nous vivons ou que nous avons vécu a souvent été comparé à une traversée du désert, un temps particulier et « mis à part ». En lisant les divers commentaires et en découvrant les diverses initiatives autour de ce constat, je me suis demandée où était le désert ? Ou est mon désert ?

Pour les uns et une partie de moi, c’était le temps d’avant. Le temps de la course et de la surenchère où il n’y avait pas d’espace pour autre chose que l’immédiat. Le confinement a alors été vécu comme une libération et une promesse.

Pour d’autres et une partie de moi, le désert se traduisait par le vide des rues et des agendas. Par ce temps d’enfermement paradoxalement libérateur.

Pour d’autres encore et une partie de moi, la sortie du confinement résonne de l’appel de Moïse au Pharaon : Libère mon peuple, afin qu’il puisse célébrer un culte ! Serait-ce à dire que le désert est encore devant nous ?

Cette confusion de temporalité dit quelque chose du fait que nous nous sentons démunis devant l’Histoire et notre propre histoire. Si le récit fondateur du peuple d’Israël est patiné par des années de narrations, de transmissions, de commentaires et peut nous sembler linéaire – encore que – peut-être nous faut-il accepter que nos temps et nos lieux de de déserts ne sont pas si clairs que ça, s’entremêlant et se chevauchant sans cesse.

Et toutes les péripéties du peule d’Israël peuvent être lues avec des yeux différents selon la réponse que l’on donne à la question posée plus haut : quels sont les pots de viande que je regrette et qui rendent l’esclavage acceptable, quels sont les besoins que Dieu comble jour après jour, quelles sont les idoles que je me construis et en qui je place ma confiance, quelles sont les lois dont j’ai besoin et qui conditionnent la vie ensemble, quels sont mes égarements et mes propres désirs de demain qui me renvoient sans cesse dans le désert ?

Il s’agit moins de construire l’après que de se rendre disponible à le recevoir tel qu’il est voulu par celui qui nous y mène.

Car c’est cela aussi pour moi l’apprentissage du désert, le temps de découvrir que le monde d’après ressemble moins à ce que j’avais rêvé, qu’à ce que Dieu donne pour moi. Il s’agit moins de construire l’après que de se rendre disponible à le recevoir tel qu’il est voulu par celui qui nous y mène. Tant que je pense devoir le créer de toutes pièces mais aussi tant que je ne jette pas un œil de l’autre côté du Jourdain y découvrant un avenir que je n’espérais même pas, je ne suis pas prête et je suis repartie pour un tour. Bien plus, tant qu’ensemble nous n’avons pas fait taire nos querelles, patinés nos désirs afin d’y laisser une place pour le Dieu de tous, nous ne sommes pas prêts.

Alors je nous souhaite un désir de demain nourri de la promesse de Dieu qui nous ouvre à un avenir où nous pourrons raconter, transmettre et commenter la présence fidèle de Dieu telle que nous l’avons découverte au cœur de nos déserts.

« Jamais je ne t’abandonnerai, jamais je ne te laisserai sans secours ! » (Josué 1.5)


21 mai 2020


L’inspection de Wissembourg propose un projet d’écriture « Au jour le jour ma vie de foi » où chacun est invité à partager comment le confinement a changé sa manière de vivre et de comprendre sa foi, de vivre et de comprendre l’Église. Apportez, vous aussi, votre témoignage en écrivant à axel.imhof@yahoo.com.

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