Retour aux réflexions

L'auteur Emmanuelle Di Frenna

Pasteure, aumônier au Centre hospitalier de Metz-Thionville, chroniqueuse pour le Nouveau Messager

Thème de la réflexion : Réflexions

Détoxez-vous ! Oui, mais de quoi ?

« Détoxez-vous »! Une injonction que l'on trouve fréquemment, à l'approche du printemps et qui ne fait que refléter la nouvelle quête de la société : le bien-être !

Il n’est pas rare de voir arriver, dans les établissements de santé, des offres d’hypnose, de sophrologie, de massage ou autres types de prise en charge de confort, comme réponse à l’expression de l’angoisse du patient. Plus encore, s’occuper de la dimension spirituelle du patient, c’est pouvoir lui offrir cette zone de bien-être qui permettrait d’évacuer le sentiment de souffrance ou tout ce qui pourrait lui ressembler. Bref, cette préoccupation semble présente dans toutes les sphères de la société.

Cette obsession du bien-être se nourrit d’une spiritualité du cocooning que traduit la quête du bonheur. Un bonheur qui se love dans une forme d’introspection du moi et de narcissisme psychologique.

Mais cette quête assidue de quiétude absolue n’est-elle pas, au fond, symptomatique d’une humanité angoissée, qui ne voudrait voir et laisser voir que le bonheur ? Et cette forme de spiritualité du « soi » n’est-elle pas, en vérité, une anesthésie de l’existence, une tentation d’éviter le réel, voire même, d’échapper à sa propre condition d’humain ?

L’auteur italien Erri de Luc écrivait dans un de ses délicieux récits, qu’enfant, il s’était laissé livrer à une bagarre. Faisant face à la réalité crue, il pouvait alors « contempler le monde, sans jamais avoir à fermer les yeux ».

Une Parole s’offre alors à moi : « Qui veut sauver sa vie la perdra ». N’est-ce pas là une invitation à consentir au réel de l’existence ? Un réel parfois rugueux et hostile. Et c’est peut-être là justement, au cœur de l’âme éprouvée, que peut surgir le vivant. La spiritualité biblique ne nous propose pas une plongée vers l’intériorité de nos profondeurs, mais l’exigence de se frotter aux surfaces rugueuses du concret, comme la peau de l’alpiniste se frotte à la paroi aride de la roche minérale, comme la peau du marin s’expose au sel de l’eau et au soleil.

Alors détox ? Oui ! Mais que ce soit de mes propres illusions d’échapper au réel, et de mes tentations de l’éviter.

Un article paru dans Le Nouveau Messager, édition de mai-juin 2019

© flickr.com/Pierre Haut

Les réflexions du même thème

« Faire sens »

Le début de d’été est une période propice pour échanger sur les projets de vacances. S’exprime souvent un besoin de changer de rythme de vie, de se reposer, ...

actu Christian KriegerIl y a 5 mois