Retour aux réflexions

L'auteur Joan CHARRAS-SANCHO

Chargée de mission de la Dynamique Culte et Responsable de la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone (CLCF)

Thème de la réflexion : Confinement

De la difficulté d’être des « pierres vivantes »

L’inspection de Wissembourg propose un projet d’écriture « Au jour le jour ma vie de foi » où chacun est invité à partager comment le confinement a changé sa manière de vivre et de comprendre sa foi, de vivre et de comprendre l’Église. Apportez, vous aussi, votre témoignage en écrivant à axel.imhof@yahoo.com

Ces deux derniers mois ont été forts en épreuves et riches en enseignement. Depuis ma place de « responsable de la Dynamique Culte », j’ai été tout à la fois frustrée et comblée.

Frustrée parce que j’ai été coupée de mes collègues, de la visite des communautés, des réunions de type « Eglise Universelle » (j’exerce un ministère de type missionnaire à la CLCF en parallèle) mais aussi comblée. Incroyablement comblée par la diversité de l’offre numérique, mais pas seulement : radiophonique, par mail et parfois même par courrier papier.

Branchée plusieurs heures par jour, j’ai suivi les interrogations, les tâtonnements, les essais des pasteur·e·s, des chargé·e·s de ministère, des laïcs engagés. Ma ligne téléphonique était toujours ouverte pour en discuter, en débattre, décider qu’on n’était pas d’accord.

Je suis rompue au débat, j’ai fait mon baptême du feu autour des questions liées à la reconnaissance des nouvelles formes de conjugalités et de familles. Depuis, je suis sereine : notre diversité, qui avait pu me faire peur, est notre force. J’observe que d’autres Églises ont de sujets tabous, qu’on ne discute jamais. La Doctrine dit que, la louange est uniforme, les vies doivent être lisses. Pourquoi pas, après tout ? Je jalouse un peu leur immuabilité, qui doit être apaisante…jusqu’à ce que.

Notre UEPAL a laissé les acteurs et actrices de terrain se lancer et expérimenter. Aucun cadre n’a été donné ; chaque communauté a été reconnue dans son autonomie. Choix probablement dur à avaler pour les paroisses vacantes ou peu équipées ; choix, quoi qu’il en soit, audacieux, signe d’une grande confiance envers ses ressources locales.

Forcément, le choix a aussi été laissé de prendre un temps sabbatique, de repos, de lectures, d’accompagnement pastoral téléphonique, par exemple.

L’éventail est vaste, allant du pasteur entièrement dédié à la préparation d’un culte communautaire participatif monté en semi-pro à la pasteure qui a enfin pu se re-poser et re-charger ses batteries. Entre les deux, il y a une foultitude d’initiatives, portées par tous les âges, tous les milieux (villes, campagnes, montagnes), sur tous les supports, et, parfois, à différentes heures du jour. Sauf cas très isolé, tout le monde, en demandant un peu autour de soi, a trouvé à boire et à manger (spirituellement). Sauf cas très isolé, chaque pasteur·e ou ministre a trouvé sa juste place, celle qui lui était propre et féconde.

Les pasteur·e·s et autres ministres sont exposé·e·s. Est-ce forcément un choix ?

J’aimerais aborder un point que je trouve important : l’exposition. Les pasteur·e·s et autres ministres sont exposé·e·s. Est-ce forcément un choix ? Je me souviens que mon mari, pasteur, portait nos bébés en écharpe, dans notre ancien poste. Certains paroissiens trouvaient cela « exagéré ». Je n’ai pas encore percé à jour ce mystère. De même, des pasteur·e·s vont s’exposer lors de vidéos, et être peut-être un peu anxieux sur leur « prestation ». Les like, les share, les retours, en temps de grand isolement, les ont peut-être nourri·e·s, encouragé·e·s, porté·e·s. A l’instar des poignées de main à la fin du culte, des petits mots encourageants et des sourires qui font du bien depuis l’assemblée. S’exposer demande beaucoup, intérieurement.

Combien avons-nous prêché, ces dernières années, sur le fait d’être des pierres vivantes ! Pour certain·e·s d’entre nous, le confinement a été l’occasion d’investir des espaces numériques d’où nous étions absolument absent·e·s, au point que mes filles ados me charriaient toujours à ce sujet : « ah maman, j’ai vu un super culte pour jeunes, c’est pas demain qu’il y aura ça chez nous ! » En effet, notre point fort, ce sont nos petites communautés de proximité, présentes un village après l’autre dans notre belle campagne alsaco-mosellane. Dans nos bâtiments en pierre dure. Qui parfois nous pèsent et nous bloquent.

Peut-être que l’ampleur du défi à venir peut nous paralyser : tout à la fois conserver ces pierres dures, cultiver nos pierres vivantes sur le web, n’oublier personne…

Ou, à l’inverse, débloquer en nous des torrents de créativité, parfois de longue maturation. J’ai confiance en l’Esprit Saint, qui nous inspire dans le secret de nos retraites intérieures, dans le buzz de nos présences numériques et dans le bruit de nos cultes téléphoniques.

A Dieu seul soit la gloire


16 mai 2020

Photo by Grant Whitty on Unsplash

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