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L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : actu

Le droit local, gage d’une laïcité apaisée et fructueuse !

Pour l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, l’octave de Pâques 2021 porte incontestablement la marque de la publication du sondage commandé par le Grand Orient de France sur l’attachement des Alsaciens et Mosellans au droit local des cultes. Certes 56% des résidents des départements concordataires se disent attachés au financement public des cultes, mais 52% se déclarent favorables à l’abrogation du concordat en Alsace et en Moselle. Un réel choc pour ceux qui avaient en tête l’idée d’un fort attachement d’une très large majorité de la population alsacienne mosellane au droit local, tel que cela avait été établit par un précédent sondage*.

Bien des choses ont été dites sur le choix orienté des questions ciblant exclusivement deux aspects du droit local des cultes (le traitement des ministres des cultes, financement de la construction de bâtiments cultuels neufs), sur l’exploitation à chaud de la polémique qu’a occasionnée la décision de principe de la Municipalité de Strasbourg de contribuer avec une somme très conséquente au financement de la mosquée Eyyub Sultan, sur les priorités du Grand Orient de France au moment où le monde, et notamment notre pays, traverse une crise sans précédent, avec un système de santé au seuil de la rupture, des gens psychologiquement las des contraintes et privations, une économie affectée en profondeur et les conséquences sociales que cela occasionne.

Fait est qu’il faut prendre acte de l’érosion que connait l’attachement au droit local des cultes, notamment chez les femmes, dans les milieux les plus éduqués, et dans les milieux urbains. D’emblée on est en droit de poser la question quelles connaissances les alsaciens et mosellans ont-ils du droit local ? Quelle en est leur représentation ? Des dispositions archaïques résultant d’une histoire particulièrement mouvementé, et à bien des égards, tragique ! Bien souvent le droit local des cultes est réduit à une question financière, au seul financement des ministres du culte. Il s’apparente dès lors à un régime désuet et inégalitaire octroyant des privilèges à quelques cultes.

Dans une déclaration commune publiée le 3 mai 2021, les représentants des cultes statutaires ont tenus à affirmer leur attachement au droit local des cultes. Ils y mettent en exergue trois aspects du droit local où ce dernier permet des réponses particulièrement pertinentes aux défis que rencontre notre société.

Premièrement le droit local des cultes établit une « laïcité de contrat ». Il constitue une relation contractuelle qui accorde aux religions des droits et des devoirs. Cette dernière « oblige les cultes à se concevoir comme des acteurs de la vie publique favorisant le lien social et culturel et contribuant par leur engagement dans le dialogue interreligieux à une coexistence harmonieuse, fraternelle et pacifique des religions au sein de la société. »

Deuxièmement, par l’enseignement religieux à l’école publique, le régime du droit local permet de contribuer à la culture religieuse des jeunes. Cette offre de formation leur propose les moyens de mieux se comprendre, de mieux comprendre l’autre, de mieux comprendre le monde, notamment dans sa dimension religieuse. « À la culture de l’ignorance, de l’incompréhension et de la peur, cet enseignement oppose la vision de l’intelligence de soi et de l’autre. »

Troisièmement, la formation des cadres religieux est actuellement un sujet de préoccupation des pouvoirs publics. Dans le cadre du droit local, « les facultés de théologie intégrées dans l’Université́ de Strasbourg permettent de former des prêtres, pasteurs et aumôniers, respectueux d’une laïcité́ qui donne sa place aux religions dans l’espace public, gage d’une vraie reconnaissance réciproque entre elles et les pouvoirs publics. » Qui plus est, on doit à l’université de Strasbourg, d’avoir ouvert le premier master d’islamologie de France ainsi que l’un des premiers diplômes d’université (DU) destinés à la formation civique et civile des responsables religieux.

S’il existe donc bien une prise en charge publique des cultes statutaires, et plus largement de la diversité religieuse, cette dernière dans sa relation contractuelle est au service d’une coexistence pacifique qui soutient et encourage le vivre ensemble.** Elle devient ainsi gage d’une laïcité apaisée et fructueuse.

 

* Un sondage réalisé en 1998 par ISERCO CONSULTANTS sous la responsabilité de l’Institut du droit local et du Centre CNRS de l’Université Robert Schuman de Strasbourg, Société Droit et Religion en Europe affirmait que pour 90 % des sondés le droit local des cultes était considéré comme un avantage, pour 10 % seulement, un inconvénient.

** Cf. Anne-Laure Zwilling, La diversité religieuse en Alsace-Moselle, in Revue des Sciences religieuse, 2020, 94/2-4, p. 369-386.

Photo : Helena Lopes / Unsplash

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