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L'auteur Robert Hertzog

Professeur émérite en droit public. Membre de la Commission des affaires sociales, politiques et économiques de l'UEPAL

Thème de la réflexion : actu

Élections municipales : à quoi sert encore la commune ?

L’enjeu des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 paraît modeste comparé à celui des élections nationales : la gestion de nos communes, souvent petites et qui ont perdu beaucoup de compétences au profit des communautés ou métropoles.

Elles servent pourtant à désigner 520 000 conseillers municipaux, qui éliront les 35 000 maires, ainsi que les conseillers communautaires. Ces personnes auront des responsabilités éminentes parce que la commune garde un rôle irremplaçable dans la société d’aujourd’hui.

École de la démocratie pour les dirigeants et les citoyens, elle façonne le cadre de vie de chacun, celui où nous apprenons au quotidien l’importance du bien vivre ensemble, des intérêts partagés et donc de l’intérêt général.

520 000 conseillers pour :

 35 000 communes

 

18 383 moins de 500 hab. et 4 100 000 hab.

 

28 016 moins de 1500 hab. et 13 000 000 hab.

 

272 plus de 30 000 hab.

 

 

 

Communautés et métropoles : 1258

 

 

Alsace 880 communes

Moselle : 727 communes, 17 avec plus de 10 000 hab.

 

 

 

 

 

Bas-Rhin 24

Ht Rhin 16

Moselle 22

Secteur communal total :

56% des finances locales

 100 MD€ de dépenses

 

Écoles maternelles+ primaires, voirie, transports, propreté, déchets, eau et assainissement, sécurité, assistance, loisirs et culture, urbanisme, habitat, patrimoine et environnement…

  

50 MD€ dépenses avec les syndicats intercommunaux

 

 

La commune représente bien plus qu’une circonscription de gestion de services publics et d’exercice de fonctions administratives. Elle est la communauté organisée la plus ancienne, le lieu où l’on est né, où l’on vit et sera enterré avec sa famille. Premier lieu de socialisation et de participation aux affaires publiques, elle est productrice d’identité et de solidarités. Dans une société en voie de fragmentation, elle est l’indispensable cellule de base où se fabrique la cohésion et l’intégration, y compris des étrangers.

Une attention particulière doit donc être portée aux programmes des candidats sur ces sujets, mais aussi à leur personnalité.

Car pour assumer ces responsabilités, il faut des femmes et des hommes aux convictions fermes et à l’engagement sincèrement tourné vers l’intérêt général. La complexité des tâches, la nécessité de dialoguer avec les citoyens et de coopérer avec les nombreux organismes publics, les associations et les entreprises, demandent de solides capacités personnelles. Les temps sont au désenchantement vis-à-vis des dirigeants politiques et à la contestation généralisée des autorités publiques, même municipales, parfois de façon violente, alors que ces élus bien connus sont traditionnellement les plus respectés. Dans des communes affaiblies, les maires se sentent souvent déclassés face aux présidents de communautés et à leurs DGS. Beaucoup sont découragés.

Le bon fonctionnement de cette cellule de base de l’édifice institutionnel mérite une attention d’autant plus forte que les réformes récentes ont désarticulé notre administration locale et détruit des solidarités anciennes, inscrites dans la conscience collective. La fusion de régions a engendré des structures bureaucratiques sans âme, sur des territoires artificiels et démesurés. Le regroupement des cantons, afin d’y élire des binômes paritaires, et la réorganisation des sous-préfectures ont donné naissance à des circonscriptions qui ne font plus sens pour les habitants et qui ne renforcent pas l’ancrage du département qui a pourtant de vastes et importantes compétences.

Des communautés issues des réformes de 2016-2017, qui regroupent des dizaines de communes sans affinités passées et sur de grandes distances, sont des objets administratifs lointains et peu familiers aux citoyens, voire aux élus eux-mêmes. C’est pourquoi il importe que les délégués des communes soient représentatifs de leur territoire et capables d’en défendre les intérêts tout en comprenant aussi les enjeux communautaires.

Toute l’administration territoriale française a ainsi été bouleversée, sans que les citoyens n’en voient les bénéfices. L’éclatement du local et une anonymisation croissante du pouvoir sont des signes inquiétants, alors qu’on sait d’expérience que de fortes identités et solidarités locales sont les meilleurs remparts contre les extrémismes politiques ou les communautarismes ethno-religieux. Il est donc essentiel que la commune garde sa dimension humaine et reste un facteur d’équilibre et de convivialité.

Ces réalités sont ressenties de façon particulière en Alsace où les communes ont été les viviers de la société politique, des cultures, des parlers et des activités économiques qui, par leur diversité, ont donné sa riche substance à l’identité alsacienne. Beaucoup furent de petites républiques indépendantes, intenses foyers de vie culturelle et spirituelle, d’invention des libertés publiques, d’innovation dans l’agriculture ou l’industrie. Elles peuvent encore jouer un rôle majeur, à la hauteur de la qualité des dirigeants que les électeurs choisiront.

 

Jean-Pierre Dalbéra / Flickr

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