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L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : actu

« Faire sens »

Le début de d’été est une période propice pour échanger sur les projets de vacances. S’exprime souvent un besoin de changer de rythme de vie, de se reposer, …

Le début de d’été est une période propice pour échanger sur les projets de vacances. S’exprime souvent un besoin de changer de rythme de vie, de se reposer, de recharger les batteries, de vivre une période toute dédiée aux aspirations personnelles, de recouvrir un équilibre de vie qui fait sens. « Faire sens », cette expression fait échos en moi à une réflexion qui a marqué le récent Synode de l’Église protestante Réformée d’Alsace et de Lorraine qui travaillait sur les attentes religieuses avec une volonté affirmée de se mettre à l’écoute de nos contemporains, et notamment celles et ceux qui sont distants ou que nous qualifions de distancés.

En effet, « faire sens » est d’une part une quête d’ordre spirituelle et d’autre part une aspiration profondément existentielle particulièrement présente dans les sociétés occidentales contemporaines. Les multiples contingences qui pèsent sur nos existences, articulées aux vertigineuses possibilités que déploie la technologie, rendent cruciale la question éthique de ce qui est bon et fait sens.

Or, Nicolas Cochand*, enseignant à l’Institut protestant de théologie de Paris, distingue les attentes religieuses des attentes spirituelles. Il souligne que la « la religion a une dimension collective, institutionnelle et traditionnelle ; [qu’]elle a une affinité particulière avec des rites. [et qu’]elle propose également une vision du monde cohérente, généralement appelée “dogmatique”. » De ce fait, conclut-il, les attentes religieuses s’adressent généralement aux Églises et à leurs représentants. Par contre, explique-t-il « Les attentes spirituelles, pour leur part, relèvent plutôt des dimensions individuelles et émotionnelles, liées à l’expérience subjective, parfois accompagnées d’une certaine méfiance vis-à-vis des institutions et des dogmes, se soustrayant volontiers à l’autorité ecclésiale. » En effet, la quête spirituelle contemporaine ne fait plus nécessairement appel à des rites religieux, à un système de croyances visant une compréhension du monde et de l’humain transmise par une institution traditionnelle.

Définissant la spiritualité comme une « une activité individuelle, qui implique de se mettre à distance de soi, pour se ressaisir et se situer à nouveau, en quête de cohérence et de sens, en relation avec une transcendance, en référence à une tradition vivante » Nicolas Cochand nous donne de comprendre que la spiritualité est l’expression d’une individualisation du croire, dans un contexte occidental où se développe d’une manière de plus en plus affirmée une culture de la singularité. Il souligne ainsi que la quête spirituelle est à ses yeux l’expression de cette mutation du croire que notre monde occidental a connu ces dernières décennies.

Certes, la vie communautaire de nos paroisses, riche de la diversité de nos projets, offrent de multiples occasions de cheminement spirituel, mais elle l’offre principalement à ceux qui s’adressent à elle portés par leurs attentes religieuses. La question de l’évangélisation, qui se pose aux Églises en Europe comme le principal défi en ce début de 21ème siècle, peut donc s’énoncer ainsi : comment nos lieux d’Église, avec l’image religieuse qu’on leur prête, peuvent-ils traduire leur lecture de l’Évangile, profiler leur projet, travailler leur image et se positionner pour être repérés et identifiés comme des lieux de cheminement spirituel ?

Conscient que le 21ème siècle est spirituel, marqué par une importante quête d’émotion, de sens, de cohérence et de transcendance ; conscient aussi que le patrimoine biblique et liturgique du christianisme est un trésor spirituel aux ressources inépuisables, la question posée s’avère porteuse d’une belle promesse d’avenir pour nos communautés.

Mais en attendant de reprendre cette question avec un élan renouvelé, je vous souhaite de pouvoir vous adonner à ce beau et nécessaire temps de spiritualité qu’offre l’été.

Bel et spirituel été à chacun et chacune

 

Christian Krieger, vice-président de l’UEPAL

 

* Cf. Nicolas Cochand, Religieux et/ou spirituel, in Isabelle Grellier, Fritz Lienhard (éds), Attentes religieuses dans le protestantisme en France et en Allemagne. Observations pastorales, Münster, Lit 2016, p. 163-173.

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