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L'auteur Gwenaëlle Brixius

Pasteure, rédactrice en chef du Nouveau Messager

Thème de la réflexion : Le Nouveau Messager

Pourquoi faire des enfants ?

Mettre un enfant au monde est l’acte le plus important d’une vie. Et pourtant, on ne se pose presque jamais la question : pourquoi faire des enfants ? D’ailleurs, la poser à celles et ceux qui ont déjà des enfants pourrait sembler incongru et la poser à celles et ceux qui n’en ont pas pourrait sembler déstabilisant.

Un désir naturel

Il est admis que faire des enfants est dans l’ordre des choses : un couple fait le projet d’une vie commune et donc d’une vie de famille avec des enfants. Mais est-ce dans l’ordre des choses parce que c’est naturel ou y a-t-il une autre raison ? Pour Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, il existe un « désir naturel » chez les êtres humains, une volonté biologique, celle de souhaiter une filiation, de continuer une histoire non seulement personnelle, mais humaine. Pour lui, le désir d’enfant relève en quelque sorte d’une symbolique, celle du désir de continuer l’histoire humaine comme un signe d’espérance. Il se réfère ici en particulier à Hannah Arendt qui, elle-même, aimait à répéter cette phrase de Saint Augustin : « L’homme fut créé afin qu’un commencement soit possible ». Pour elle, les cruelles expériences du XXe siècle (les guerres, le totalitarisme, la Shoah) montrent que s’il y a de l’espoir, cela ne peut être que dans un commencement, un commencement débarrassé des choses du passé –comme au jour de la création du monde pour ainsi dire. Et l’enfant est justement le signe d’un commencement. Il est du neuf qui vient au monde, sans se trimballer le passé du monde.

La valeur de l’enfant

La vision qu’on a de l’enfant a fluctué au cours de l’Histoire et la vision de l’enfant comme espérance pour le monde n’a de loin pas toujours été vraie pour la société. Pour l’Église du Moyen Âge, l’enfant est la fin première du mariage et la seule justification du plaisir sexuel. De ce fait, il ne serait être le fruit de l’amour conjugal. C’est sans doute la raison pour laquelle on avait si peu de considération pour les enfants. De plus, les naissances étaient nombreuses et la mortalité infantile importante, tant les soins portés aux enfants n’étaient pas une priorité. Parce qu’ils étaient des êtres humains non encore développés, on reprochait aux enfants d’être privés de raison et donc incapables d’accéder à la connaissance. On leur reprochait en somme de ne pas se comporter en adulte. Avec l’époque moderne sont arrivés les progrès scientifiques et l’Humanisme et l’enfant a été considéré différemment par  la société jusqu’à devenir un enfant-roi dans le sens où il avait autant de valeur qu’un adulte. L’enfant était d’autant plus important pour la société qu’il était le garant de l’avenir. Cela était encore plus vrai après les grandes guerres et n’allait pas sans contrainte, surtout pour les femmes. Après la Première Guerre mondiale, l’État français impose aux femmes de faire des enfants pour repeupler le pays, et considère, par voie de conséquence, la contraception et l’avortement comme des crimes passibles de peines très lourdes (jusqu’à la condamnation à mort).  Cette répression se renforcera encore pendant la Seconde Guerre mondiale et ne finira qu’en 1967 avec la légalisation de la contraception et en 1975 avec celle de l’avortement. Depuis, ni l’État, ni l’Église d’ailleurs, ne contrôlent plus le ventre des femmes.

Avec ou sans enfant

Certes, les lois autorisant la contraception et l’avortement ont bouleversé la vie des femmes en leur donnant la liberté de choisir, mais ont bouleversé aussi le regard porté sur la parentalité. Pour Séverine Mathieu, sociologue et directrice d’études à l’École Pratique des Hautes Études, c’est  « l’intention qui fait le parent parce que la filiation est aujourd’hui d’avantage qu’une filiation biologique. » Même s’il est plus question d’intention que de biologie, il n’en demeure pas moins que les hommes et principalement les femmes qui font le choix de ne pas avoir d’enfants, sont interrogés sur leurs raisons et subissent une pression familiale et sociétale. Par contre, le choix de faire des enfants n’est que très rarement questionné, sauf lorsqu’il y a un recours à la procréation médicalement assistée (PMA) ou à l’adoption.

Dans l’idéal, un enfant pourrait être plus qu’un désir et n’être que le fruit de l’amour. Ce n’est pas toujours le cas. Malgré tout, comme le souligne le professeur Karsten Lehmkühler, « faire des enfants » est une expression très française. Il parle plus volontiers d’un « don de la grâce. »

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