Retour aux réflexions

L'auteur Christian Albecker

Président de l'UEPAL

Thème de la réflexion :

Inclusion, communion et robe pastorale…

Un message du Président de l'UEPAL à propos de trois sujets qui font débat en Église.

La rubrique « Réflexions » de notre site internet a été récemment le cadre de débats autour des notions d’inclusion et de communion. Ces débats sémantiques peuvent paraître bien abstraits à beaucoup de nos paroissiens. Ils sont pourtant légitimes, tant il est vrai que « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » (Albert Camus). Il me semble que les deux mots, les réalités et les intentions qu’ils recouvrent, ont tous deux leur place dans notre Église. Ils renvoient à d’anciens débats, qui avec d’autres mots et en d’autres temps, ont également suscité des tensions. Ainsi du débat entre lectures déductives ou inductives des Écritures, ou entre orthodoxie et libéralisme. Pour les uns, la foi et son expression communautaire dans l’Église doivent être déduites de l’enseignement des Écritures et être fidèles aux confessions de foi reçues de nos pères. Pour les autres, la foi et l’Église ne sauraient se vivre sans une attention permanente au monde et à ses questions, sans laquelle elles perdent toute pertinence. C’est le mouvement-même de la Réforme : revenir aux sources de la Bible et de l’enseignement des apôtres, tout en étant au service et à l’écoute des femmes et des hommes de notre temps. Les deux mouvements sont nécessairement en tension.

Le mot « communion » vient notamment des Actes des Apôtres où il décrit une des caractéristiques de l’Église et figure dans le Symbole des apôtres comme fruit de l’Esprit « Je crois… en la communion des saints ». Le mot « inclusion » n’existe pas dans la Bible, il est de création récente et vise un projet de société où chacun(e) a sa place, quel que soit son sexe ou son orientation sexuelle, son âge ou ses capacités cognitives. Un tel projet, s’il ne s’identifie pas avec l’Évangile, serait-il pour autant incompatible avec lui parce que formulé avec des mots qui ne sont pas ceux de notre « patois de Canaan » ?

Mais derrière ces deux mots se cache un autre débat qui est celui entre le « même » et le « différent ». Ceux qui critiquent l’entrée du terme « inclusion » dans le vocabulaire ecclésial voient dans ce terme le risque du nivellement, de l’indifférenciation ou de la confusion : tout se vaut, tous les choix sont possibles et se valent, et le mal peut finalement être appelé bien en fonction du contexte. Or, si le Christ accueille sans condition, il invite aussi à se couper du mal et du péché. Le problème vient de ce que le judéo-christianisme a trop souvent réduit

la question du bien et du mal au champ de la sexualité. C’est un des domaines où le mal peut certes se déchaîner (le rapport de la CIASE le montre amplement), mais ce n’est de loin pas le seul : le mensonge et l’injustice, la corruption, la violence et la guerre sont des maux tout aussi mortifères, qui entraînent une confusion, une « hybris » (démesure) au moins aussi grave et profonde que celle que peut entraîner la sexualité.

Que vient alors faire dans ce débat la question de la robe pastorale ? Par rapport aux questions de fond que pose le débat inclusion/communion, c’est en effet une question secondaire. Luther tenait « pour libres les images, les cloches, les vêtements liturgiques, les ornements d’église, les cierges d’autel et toutes choses semblables. Celui qui le désire peut les laisser de côté, quoique les images tirées de l’Écriture et des bonnes histoires me semblent très utiles ». Luther était donc très inclusif en la matière…Mais le vêtement liturgique n’est-il vraiment qu’un accessoire indifférent ou dit-il quelque chose de celui ou celle qui le porte et de son Église ? Que penser de ces propositions de robes pastorales féminisées, ajustées, accessoirisées ? Elles posent la question du sens d’un tel vêtement, qui ne devrait pas relever de la seule démarche personnelle du ministre. Le vêtement désigne une fonction, dans le cas de l’Église un ministère. Sa visibilité/lisibilité a une fonction sociale au sein et en-dehors de l’Église. Il perd son sens lorsqu’il devient l’expression de la seule personne qui le porte. L’Église est plus qu’une somme d’individus qui cohabitent dans une même institution : elle se reçoit de Dieu, qui lui donne les ministres dont elle a besoin. La robe pastorale, si elle est portée, doit exprimer cette extériorité, qui n’est pas négation de la personnalité de chacun, mais inclusion dans un ordre ministériel qui a vocation à construire la communion. De l’inclusion à la communion, il est temps que la robe pastorale (et le vêtement des autres ministres) fasse l’objet d’une réflexion collective qui conjugue liberté et expression de la communion.

© L'odyssée Belle / Unsplash License

Les réflexions du même thème

L’inclusivité, en deçà de la communion

L’inclusivité, notion devenue incontournable dans la vie de l’Église, a une fâcheuse tendance : celle de prendre le pas sur l’idée même de communion.

Julien PETITIl y a 2 semaines

De l’importance de l’autre

Sujet ô combien d'actualité, du passe sanitaire à la privation de liberté en Afghanistan...

Christian AlbeckerIl y a 2 semaines