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L'auteur Alfred Marx

Professeur d'Ancien Testament à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg

Thème de la réflexion : Bible

La Création

Un monde créé par Dieu, est-ce bien sérieux ?!

Ce que l’on appelle communément « nature »  ou « environnement », les croyants l’appellent « création ». Ils affirment par là leur conviction que notre univers n’est pas le fruit du hasard mais le fruit et l’expression d’une intention de Dieu. C’est par cette affirmation que s’ouvre la Bible. La création du monde, par quoi il faut entendre à la fois le cosmos et ceux qui y habitent, fait l’objet de deux narrations distinctes. Chacune traite un aspect particulier. Le premier récit s’intéresse plus spécialement à la place et au rôle que Dieu assigne à l’être humain. Le second, quant à lui, s’intéresse davantage à sa nature profondément relationnelle et à la place respective de l’homme et de la femme. De fait, ces deux récits ne visent pas à décrire le processus d’apparition de la vie sur terre. Leur objectif est plutôt de répondre à des questions d’ordre philosophique, et ce, non sous la forme d’un traité mais par le biais d’une narration. Il n’y a donc aucune contradiction entre « vérité biblique » et « vérité scientifique » : la première se pose la question du « pour quoi », du sens ; la seconde, celle du « comment ». Pas plus, pour prendre un autre exemple, qu’il n’y a contradiction entre l’affirmation de la foi qui dit que l’enfant est un don de Dieu et la science qui décrit le processus de gestation du fœtus dans le sein maternel.

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide [...] et Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. »
La Bible, Genèse 1, 1-3

Les humains, représentants de Dieu sur terre

 

Le premier récit, en Genèse 1, 1-2,4a, inscrit la création dans le cadre d’une semaine de manière à ce que, semaine après semaine, chaque septième jour rappelle que notre univers est l’œuvre de Dieu. Il distingue très nettement entre la nature végétale, déjà contenue en germe dans le chaos initial, et les êtres vivants, qui, eux, sont véritablement des créations originales de Dieu.  Et il souligne la place prééminente des êtres humains  et en même temps leur subordination à Dieu – ce que signifie la mise à part du septième jour, réservé à Dieu. Dans ce récit, les humains sont présentés comme « image de Dieu » ou, plutôt, sa statue car tel est le sens exact du terme hébreu. De même que la statue représente le roi, les humains représentent Dieu. Ils ont la charge de gérer, en son nom, le monde végétal et animal. Et ce, quels que soient leur sexe, leur nationalité, leur rang social ou même leur religion, car tous les humains partagent cette même dignité et responsabilité. Ni maîtres ni possesseurs, ils sont uniquement responsables de leur gestion devant Dieu. Ils doivent se souvenir de la solidarité qui les lie aux autres êtres vivants, être respectueux de la vie et se soucier de ce que tous, animaux compris, puissent tirer leur subsistance du monde végétal.

« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. »
La Bible, Genèse 1, 27

La femme n’est pas inférieure à l’homme !

 

Le second récit, en Genèse 2, 4b-25, se concentre sur le couple homme-femme. Il présente l’homme comme un être particulièrement fragile : il est décrit à l’image d’une statuette, simplement faite de poussière, à laquelle Dieu a insufflé la vie. Il a, par conséquent, besoin d’aide : l’aide des animaux, façonnés quant à eux à partir d’une matière plus consistante, l’argile ; l’aide d’une femme, que Dieu a construite – et pas simplement façonnée – à partir de la vie qu’il a tirée de l’homme (en sumérien, le même signe désigne la côte et la vie !). Ainsi, contrairement à ce que donne à penser le français « aide », la femme n’est pas présentée comme inférieure à l’homme, mais plutôt comme plus forte  et susceptible, de ce fait, à la fois de lui venir en aide  et de lui servir de vis-à-vis. Ce second récit est le prélude d’une histoire qui démontre la fragilité humaine, illustre  son insatiable désir de posséder jusqu’à la vie de l’autre  et souligne la violence qui en résulte.

Nos deux récits peuvent paraître contradictoires s’ils sont lus comme une description du processus de création ; mais du point de vue de leur enseignement, ils sont parfaitement complémentaires. Ils mettent en évidence les deux facettes de l’être humain : fragile, en proie au désir et tenté par la violence, et en même temps chargé de la plus noble tâche qui soit, celle de représenter Dieu et d’être gérant de son monde.

 

 

Pour raconter la naissance de l’univers…

Six jours, comme six strophes d’un poème… D’après le récit de la Bible, Genèse 1, 1-2, 4a

Au commencement, avant que Dieu ne crée le ciel et la terre, tout n’est que vide, chaos et ténèbres. Le souffle de Dieu,  cependant, plane au-dessus des eaux. Dieu, par sa parole, crée l’univers en six jours. Il dit : « Que  la lumière soit ! » et la lumière advient. Il sépare ensuite la lumière des ténèbres et ainsi naissent la succession des jours  et des nuits. C’est le premier jour. Les jours suivants, Dieu crée, toujours par sa parole, la terre  et les mers, l’herbe et les arbres, le soleil, la lune et les étoiles, puis toutes les bêtes qui vivent dans l’air, dans l’eau et sur la terre. Dieu trouve que tout cela est très bon. Pour parfaire sa création, il crée l’humain à son image. Il le crée homme et femme, et il leur confie la gestion de toute sa création. Il les bénit et leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre. » Après avoir achevé, en six jours, le ciel, la terre et tous leurs éléments, Dieu se retire et se repose. Il bénit le septième jour  et lui donne une place particulière dans la semaine. Voici donc le premier récit qui raconte la naissance  de notre univers.

Pour raconter la naissance de l’humain…

Au cœur de la création, un homme et une femme D’après le récit de la Bible, Genèse 2, 4b-25

Le jour où le Seigneur Dieu a fait la terre et le ciel, il n’y avait sur la terre aucun arbuste et aucune herbe des champs. […] Dieu modèle l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffle dans ses narines son haleine de vie. La statue devient alors un être vivant. Dieu plante alors un jardin en Eden, à l’orient. Il y place l’être humain. […] Il plante aussi, au milieu du jardin, l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il y a aussi un fleuve qui irrigue le jardin. Le Seigneur Dieu place l’humain dans le jardin et lui demande de cultiver le sol et de le garder. Il lui précise aussi qu’il peut manger à sa guise tous les fruits des arbres du jardin, à l’exception des fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Si l’humain mangeait de ce fruit-là, il en mourrait. Dieu trouve que l’homme ne doit pas rester seul. Il modèle alors, avec la poussière du sol, les animaux des champs et les oiseaux. L’homme ne trouve pas une créature qui lui convienne et lui serve de véritable vis-à-vis. Alors Dieu plonge l’homme dans un profond sommeil. Et il crée, à partir de la vie de l’homme, une autre vie, femme. […]

© John Allen

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