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L'auteur Bénédicte Weiss

Journaliste au Nouveau Messager

Thème de la réflexion : Le Nouveau Messager

La PMA et l’adoption, des parcours compliqués

Catherine et Rémy sont les heureux parents de deux enfants de 12 et de 22 ans, adoptés après avoir essayé de donner naissance eux-mêmes par procréation médicalement assistée (PMA).

« À Dieu qui peut réaliser infiniment au-delà de ce que nos prières peuvent demander ou que notre imagination ose espérer, à Lui soit la gloire. » Ce verset (Ephésiens 3,20) est celui du mariage de Catherine et de Rémy. Vingt-sept ans plus tard, ils l’estiment plus qu’à propos au regard de leur vécu et de leur cheminement pour devenir parents.

 

Celui-ci aura souvent rimé avec attente. Quand ils s’épousent, ils connaissent un risque de stérilité à Rémy, rapidement confirmé. Alors qu’ils désirent avoir des enfants, ils sont orientés vers la PMA par le corps médical.

 

« Dieu a deux mains »

 

Chrétiens, ils s’interrogent face à cette option. « Nous nous sommes dit que Dieu a deux mains : celle du miracle, qui serait celle d’une grossesse en dépit de notre contexte, et celle du savoir-faire des spécialistes en PMA », relate le couple. Les questions éthiques se bousculent aussi : l’enfant à naître devient-il un objet, voire un « dû » auquel le couple aurait droit ? Quelles limites s’imposer ? Ils décident qu’ils ne s’acharneront pas : quoi qu’il arrive, ils ne dépasseront pas les quatre tentatives pleinement remboursées par la Sécurité sociale, ni ne partiront en Australie pour essayer une nouvelle méthode quand cela leur sera proposé.

 

Pendant cinq ans, leur vie sera rythmée par la constitution du dossier, des retards suite à des infections de sperme et des cures d’antibiotiques pour lui, un « bombardement hormonal » pour elle. « À chaque étape, la grande difficulté était d’être raccord l’un avec l’autre », se souvient Catherine. Cela sans compter des relations sexuelles « sur prescription » et une sensation de devenir des corps machines pénibles à mettre en route. Le couple se rappelle des paroles culpabilisantes de la médecin qui les suit ainsi que d’une non-prise en compte psychologique et de leurs émotions, qui les conduira dix ans plus tard à connaître un « gros boomerang » et à envisager un temps le divorce… Au final, ce sont leurs amis qui les soutiennent. Après deux échecs et un troisième essai arrêté en cours, Catherine et Rémy cessent leurs tentatives. S’en suivra pour lui un deuil de sa paternité biologique.

 

Labyrinthe

 

Viendra ensuite un autre cheminement tout en longueur : l’adoption. Durant celui-ci, ils gardent en mémoire un proverbe juif qu’ils s’évertueront à appliquer : « On ne peut donner que deux choses à ses enfants, des racines et des ailes ». Elle parle d’un parcours « labyrinthe », lui d’un « parcours du combattant ». Pour cause, ils devront, pendant plus de trois ans pour chaque enfant, enchaîner les réunions, les courriers et les dossiers. Des enquête sociales, de voisinage et psychologique sont conduites pour vérifier leur capacité et leur maturité à devenir parents et de multiples documents administratifs leurs sont demandés. Une fois l’agrément reçu par le Conseil général, au bout de neuf mois, ils doivent recommencer le tout auprès d’ONG. « Obtenir un agrément ne garantit pas d’adopter », souligne Catherine.

 

C’est finalement une ONG protestante, La Cause, qui les guidera vers leurs enfants, à Madagascar, pays de naissance de Catherine et par conséquent « fil rouge » pour le couple. Une fois la décision d’apparentement prise par ce pays, ils se retrouvent dans les « starting-block », prêts à partir du jour au lendemain pour plusieurs mois. « Madagascar impose un séjour d’un trimestre dans le pays pour au moins un des parents, explique Rémy. Catherine a pris un congé sans solde tandis que je faisais des allers-retours pour les rendez-vous auxquels ma présence était indispensable. » Si ce temps a un coût financier pour eux, il leur permet de découvrir l’entourage de leurs futurs enfants, leurs amis, leur orphelinat, et de s’imprégner de leur pays et de leur histoire. Ils y retourneront à plusieurs reprises par la suite avec eux.

© Le Nouveau Messager

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