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L'auteur Christian Albecker

Président de l'UEPAL

Thème de la réflexion : actu

La santé, bien suprême ?

Dans le déluge d’informations, de débats et de reportages
sur la pandémie qui inondent nos médias,
un seul sujet ne semble jamais poser question ni faire débat,
à savoir le présupposé que la santé est le bien suprême de l’humanité.

Un bien si précieux qu’il justifie non seulement la déstructuration de l’économie mondiale (au détriment, faut-il le préciser, des plus fragiles, petites entreprises, chômeurs du « monde d’avant » ou « du monde d’après », jeunes, …), mais aussi celle de la culture, de l’éducation, et tout aussi grave, la remise en cause de certaines libertés fondamentales : liberté de déplacement, de réunion ou de culte. Bien sûr, va-t-on m’objecter, c’est le prix à payer pour sauver des vies. Et qui pourrait s’opposer à un objectif si indiscutable ? Ce raisonnement serait acceptable s’il s’appliquait à tous les êtres humains sans distinction. Car quelles mesures aussi drastiques prend-on pour sauver les 25 000 personnes, en grande partie des enfants, qui meurent chaque jour de faim, soit plus de 9 millions de morts par an, et ceci depuis des années ? Ils ont juste le tort d’être nés sous des latitudes très éloignées des nôtres, et puis, la faim, ce n’est pas contagieux, donc nous pouvons fermer les yeux !

 

Que notre société occidentale, dont l’horizon se réduit bien souvent au consumérisme individualiste, adhère sans débat à ce nouveau dogme de la santé comme valeur absolue, corollaire de l’image idéalisée du corps et du refus de la maladie et de la mort, n’est pas surprenant. Mais force est de constater que dans l’Église, dans les Églises, ce dogme ne semble pas davantage discuté. Loin de moi l’idée que la recherche de la santé serait à négliger ou à mépriser : ayant été moi-même atteint par la Covid19, je mesure la force de l’aspiration à la guérison, et je dis cela avec beaucoup d’humilité par rapport à celles et ceux qui ont été beaucoup plus gravement atteints, ou qui ont perdu un proche durant la pandémie. Mais si nous considérons les récits de guérisons rapportés dans le Nouveau Testament, la santé ou le retour à la santé ne sont jamais considérés comme un bien en soi, mais toujours comme un signe, une parole concrète qui invite son bénéficiaire à lever son regard vers un autre horizon. Il est intéressant à cet égard de noter que le mot latin « salus », qui a donné le français « salut » signifie santé, bien-être, bonheur, conservation de la vie, salut. William Booth, fondateur de l’Armée du Salut, avait bien compris le lien profond entre ces réalités, avec son fameux slogan « Soupe, Savon, Salut », qui pointait le bien-être matériel et la santé du corps comme facilitant le chemin vers le bien-être spirituel, la vie en plénitude, le salut. Mais il ne suffit pas d’être bien nourri et en bonne santé pour connaitre le bonheur, et bien des personnes démunies ou malades témoignent d’une réalité intérieure de paix et de joie qui transcende leur difficile situation.

 

Et puis, quelle place donnons-nous à Dieu dans un événement comme la pandémie ? Le juge qui châtie ? Le spectateur passif et muet ? Redoutable question pour la théologie ! En tous cas, le Dieu révélé en Jésus-Christ est celui qui se place aux côtés de celles et ceux qui souffrent, quel que soit le nom de leur souffrance, et même si le mystère de cette souffrance, de la maladie et de la mort, doivent rester cachés. Peut-être la pandémie aura-t-elle alors permis de reprendre conscience que les trésors de dévouement et de solidarité qui ont été déployés à cette occasion sont sans doute plus importants que les guérisons elles-mêmes, dont on ne peut que se réjouir. Et que les souffrances vécues à travers les cas très graves ou les décès ne sont pas des échecs, mais ont été souvent des occasions de salut, dans le sens de rencontres ou de paroles qui sauvent du désespoir ou de l’absurde. Ce qui a le plus de prix n’est alors pas la santé, mais bien le salut, le sens que cette épreuve a pu prendre individuellement ou collectivement dans nos vies.

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