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L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : actu

L’Église d’après

La pandémie du Covid 19 et les contraintes sanitaires que nous avons connues ont suscité de nombreux débats et questionnements. L’un d’entre eux s’interrogeait sur l’essence du monde d’après,...

La pandémie du Covid 19 et les contraintes sanitaires que nous avons connues ont suscité de nombreux débats et questionnements. L’un d’entre eux s’interrogeait sur l’essence du monde d’après, avec notamment cette phrase prononcée par le ministre des Affaires étrangères relevant qu’avec la pandémie s’amplifiaient les fractures qui minent l’ordre international, et concluant que « Ma crainte, c’est que le monde d’après ressemble au monde d’avant, mais en pire ». Avec ce déconfinement, quoique progressivement, allons-nous simplement revenir pas à pas à la vie d’avant, à la vie dite normale ? Ou bien notre société, notre monde gardera-t-il une marque durable de cette expérience de la fragilité collective et individuelle ? Cette pandémie marquera-telle notre histoire comme la chute du mur de Berlin a marqué celle du projet européen, et “nine eleven“ celle de la diplomatie et géopolitique américaine ?  

 

Fait est que les mesures sanitaires prises pour endiguer la pandémie du covid19, et notamment le confinement et l’interdiction de tenir des assemblées cultuelles, ont occasionné un temps particulier pour la vie ecclésiale. Ce fut à la fois un temps de privation, une traversée du désert, mais aussi un temps d’effervescence créative pour maintenir le lien et proposer une offre religieuse et spirituelle en investissant des moyens jusque-là plutôt inexplorés ou délaissés. A défaut de pouvoir se rencontrer physiquement, les assemblées cultuelles virtuelles sur des logiciels tels que zoom ou gotomeeting ont élargi leur horizon, parfois au loin, parfois au proche en accueillant des personnes qui ne se seraient pas rendu physiquement à un culte. Bien des cultes de Pentecôte ont célébré cette universalité du corps du Christ réapproprié par un chant participatif en visio-conférence où se mêlent des voix qui habituellement ne fréquentent pas les mêmes milieux ecclésiaux. Loin de moi l’idée de vouloir tourner la page des assemblées cultuelle en présentiel, comme on dit maintenant, mais il me semble qu’il y a partant de notre vécu et de nos frustrations de ces dernières semaines des enseignements à tirer et matière à penser.  

 

Pour l’institution ecclésiale, ce temps de confinement a également été un temps de questionnement et de recentrage ponctuel. Dans l’incapacité d’organiser en présentiel un certain nombre de réunions importantes dans son fonctionnement, elle a dû concentrer son énergie et son action sur ce qui est essentiel et absolument nécessaire pour la gestion du corps pastoral, pour sa communication au service de la pastorale de terrain, dans son travail administratif et financier. A l’instar du monde médical, pour l’Église aussi, ce temps de confinement fut un temps où l’institutionnel et l’organisationnel ont été contraints au strict nécessaire, libérant ainsi une grande part d’énergie pour investir la présence pastorale de terrain.  

 

Parmi les principes ecclésiologiques chers à la famille protestante, il y a la conviction que l’Église est certes objet de foi, mais que les institutions qui l’incarnent n’en sont pas moins secondaires et exigent un permanent questionnement réformateur. Avec ce temps critique et riche que nous venons de vivre, une remarquable occasion nous est donnée de réfléchir à ce qui est essentiel à notre vie d’Église. Donnons-nous le temps dans les semaines à venir pour penser cette Église que nous voulons être ensemble, et toujours plus ouvrir et partager !  

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