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L'auteur Claire Gandanger

Journaliste, rédactrice au Nouveau Messager

Thème de la réflexion : Le Nouveau Messager

Les paroisses peuvent-elles se passer de pasteurs

Le manque de pasteurs devient concret en Alsace et en Moselle et le phénomène ne va pas s’arranger. Qu’est-ce que cela signifie pour les paroisses ?

D’ici dix ans, l’UEPAL va perdre un quart de son corps pastoral. Elle ne pourra plus compter que sur 180 pasteurs, dont 150 seront mobilisés pour ses 250 paroisses. Deux facteurs expliquent cette chute des effectifs. D’abord, le ministère de l’Intérieur serre la bride budgétaire et baisse les quotas d’emplois octroyés. Mais surtout, le ministère pastoral suscite de moins en moins de vocations. Pour pallier la pénurie annoncée, État et Église ont trouvé un compromis. Assistants pastoraux, diacres, évangélistes, animateurs communautaires, aumôniers… Ces nouveaux ministères peuvent désormais être payés par l’État sous condition de diplômes universitaires spécifiques là où autrefois seuls les détenteurs d’une licence de théologie pouvaient prétendre à un poste public de pasteur ou de vicaire. Mais cette trentaine de postes libérés ne va pas dessiner à elle seule le visage de l’Église de demain.

L’UEPAL place aussi beaucoup d’espoirs dans l’engagement bénévole des paroissiens et la mutualisation. La réorganisation de l’Église part du principe que les paroisses ne peuvent pas se passer des pasteurs dans le sens de leur mission spécifique d’unifier la communauté. Mais qu’il n’est plus nécessaire que ces pasteurs soient des « généralistes » – compétents dans tous les domaines de la vie paroissiale – et qu’ils peuvent se raréfier si d’autres ministères spécialisés viennent en soutien à leur présence.

Une révolution culturelle en marche

Désormais, la logique de sectorisation des paroisses d’Alsace et de Moselle se tricotte et s’improvise au rythme des départs à la retraite et des vacances de postes des pasteurs. « Les Conseils presbytéraux doivent se sentir responsables de la vie communautaire au sein des paroisses et ne pas attendre du pasteur qu’il fonde ou rassemble la communauté », insiste Alain Spielewoy. C’est donc une révolution culturelle qui se met en branle. « Une majorité de pasteurs a aujourd’hui encore une couronne sur la tête », analyse un laïc engagé. L’époque n’est pas révolue où le pasteur de la paroisse était aussi le président du Conseil presbytéral, voire son trésorier, et régnait en maître absolu sur ses conseillers obéissants. Le nouveau contexte régional met donc les paroisses au défi de leur démocratisation, ce qui demande aux conseillers presbytéraux d’oser prendre des responsabilités.

Dans le nouveau langage de l’Église, les nouveaux pasteurs ne sont plus « installés » dans une paroisse mais « envoyés en mission ». Ils sont appelés à servir les fidèles de manière transversale sur un territoire. Ici, les quelques pasteurs d’un secteur se relaient pour assurer le catéchisme à l’échelle de leur territoire et créent ainsi une forte dynamique de groupe. Ailleurs, les pasteurs se spécialisent en fonction de leurs affinités et de leur charisme : l’un s’occupe de la liturgie, un autre de la jeunesse et un dernier des visites à domiciles pour un même secteur.

Dans tous les cas, la vie paroissiale se règle de moins en moins autour du rendez-vous du culte dominical célébré par le pasteur du village ou du quartier. La tendance est à la mutualisation des cultes à l’échelle du secteur. Différents pasteurs les tiennent une fois dans un lieu, une fois dans un autre. Une nouvelle réalité à laquelle beaucoup d’aînés ont du mal à s’adapter et qui viderait les églises selon certains. Il y a quinze ans, les deux Églises constitutives de l’UEPAL ont officialisé la possibilité d’officier pour des prédicateurs laïcs. L’UEPAL compte aujourd’hui chaque année plus de reconnaissances de ces ministres bénévoles et itinérants que d’ordinations de pasteurs. Pour autant, ces derniers restent seuls habilités à dispenser les sacrements. Leur raréfaction ne signifie donc pas leur disparition des paroisses.

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