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L'auteur Julien PETIT

Pasteur

Thème de la réflexion : actu

Liberté conditionnelle

On a beaucoup dit, et écrit, que les temps sont à l’incertitude

Comment aller contre, quand nous nous savons tributaires d’un virus dont les résurgences encore largement inconnues ne cessent de pointer leur nez. Incertitude, oui, qui nous conduit tout droit à la confiance radicale demandée et incarnée par Jésus : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain » (Matthieu 6, 34).

Voilà cette parole fichée avec insistance et parfois résignation dans l’intimité de nos consciences comme sur les tables de nos délibérations et décisions.

Pourtant, un autre constat s’impose. Il n’est pas étranger à cette part d’incertitude. Car en réaction au risque, notre existence est aussi placée sous le sceau du conditionnel. Ainsi, selon la périphrase archi-usée, nous ne nous réunissons que « dans le respect des gestes barrières », voire, si et seulement si « la situation sanitaire le permet ». Mais cette rencontre aura-t-elle lieu en « présentiel » ou en « distanciel » ? Il est des expressions que l’on sera heureux de ne plus avoir à prononcer. A moins que …

Si nous ne le savions pas encore, notre liberté est conditionnelle. Nous l’expérimentons avec une rare intensité depuis quelques mois. Quand on y pense : la plupart d’entre nous ne risquent rien à se retrouver et à faire la fête ensemble sans masques, à transgresser le couvre-feu, ou à s’entasser aux portes des magasins sous l’affiche : « soldes ». Pour une grande majorité, être infecté ne signifie aucun changement ou presque dans leur vie quotidienne. Bien sûr, il faut pour cela que nous détournions les yeux des hôpitaux en surchauffe. Et pour peu que notre famille ou notre cercle d’amis compte dans ses rangs l’un ou l’autre soignant épuisé, l’insouciance est vite douchée.

Notre liberté est donc mise en « conditions » (de vie), pour que la société dans son ensemble tienne bon. Il y aura à juste titre des débats sur la nature de ces conditions, mais le constat demeurera le même. Il n’est pas nouveau. Nous ne l’avons pas découvert en 2020.

Paul s’était déjà efforcé de faire comprendre aux membres des communautés chrétiennes primitives que l’exercice de leur liberté était conditionné par la situation de leurs frères et sœurs dans la foi. L’arrachement de ses communautés à la dépendance de la loi juive au nom du salut en Jésus-Christ mort et ressuscité constituait de fait un appel extraordinaire à la liberté. De nombreux passages des épîtres le font entendre, et nous permettent d’en prendre la mesure. Cet appel n’allait pas sans douleur. Il s’accompagnait surtout de questions, d’hésitations, de scrupules. A Corinthe, des « forts » dans la foi pouvaient ainsi s’autoriser à côtoyer des pratiques idolâtres sans trembler, tandis que d’autres s’en gardaient, par peur d’y perdre leur âme (1 Corinthiens 8). Situation que la communauté de Rome connaissait aussi (Romains 14). Il y était question de nourriture, plus ou moins pure, et de conscience blessée.

Ne va pas, par ton aliment, causer la perte de celui pour qui le Christ est mort

Romains 14, 15

Liberté conditionnée ! Non à liberté de l’autre, comme on le dit souvent, mais à sa conscience et à sa foi.

L’exercice est rude. Il est frustrant pour ceux qui peuvent. Ceux qui peuvent manger sans scrupules. Ceux qui pourraient sortir, travailler, étudier, se retrouver sans danger pour eux-mêmes. Fallait-il dans cette crise protéger en les cloîtrant les plus fragiles d’entre nous, pour que les autres vivent le plus normalement possible ? La question s’est posée. Cette option n’a pas été retenue. Pour cause, elle aurait résolu de manière assez injuste, et sans doute irréaliste, l’embêtante mais incontournable conditionnalité de notre liberté. Une figure de l’amour !

© Vitalis Hirschmann - Unsplash

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