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L'auteur Jean-Mathieu THALLINGER

Pasteur

Thème de la réflexion : Réflexions

Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui…

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui »

1 Corinthiens 12

Vous pouvez fermer vos frontières, bloquer vos ports et vos rivières, mais les chansons voyagent à pied en secret dans des cœurs fermés, chantait Yves Duteil en 1987 (Pour les enfants du monde entier).

Le jour où j’écris ces lignes, nos frontières, nos ports et nos rivières sont fermés. Si ce virus n’est pas né dans le cœur de l’homme, il pourrait, si nous laissions nos peurs nous dominer, en fermer l’accès. Des vaccins ont heureusement déjà été mis au point, sous la forme d’initiatives chantantes que des voisins, de balcons en balcons, d’immeubles en immeubles organisent pour essayer de se décloisonner un peu, pour entretenir l’espoir et les liens, tout en se protégeant des risques de la contagion.

Les temps de crise sont des temps de révélation (il est significatif que ce soit le nom donné au dernier livre de la Bible : Apocalypse-Révélation). Des temps où tout est possible, le pire comme le meilleur.

Si l’avenir reste à écrire, si nul ne sait encore de quoi sera fait demain, car nul n’a jamais su de quoi serait fait demain, s’il est trop tôt, impossible et inutile de trop vite tirer les leçons de ce qui nous arrive, comme l’écrivait Élian Cuvillier (le 23 mars sur Reforme.net : « 35,3 millions ») : où va le monde ? Nul ne le sait ! Le futur est illisible et de toute manière il sera différent de nos prévisions, nous pourrions essayer du moins, à la lumière de la Bible qui est une parole hors du temps, de lire notre présent et de relire notre passé.

Nous remarquions souvent dans nos cultes, dans nos études bibliques, en lisant la Bible, qu’elle était un livre écrit par et pour des exilés ou des réfugiés. Qu’elle gardait en elle la trace d’événements tragiques, de crises de civilisations, de basculements historiques : la fin du néolithique et le passage du nomadisme à la sédentarité, les luttes hégémoniques des grands empires moyen-orientaux, la première mondialisation issue de l’extension de l’empire romain. Ces phénomènes civilisationnels se sont traduits dans des transformations religieuses dont notre Bible est un des témoins.

 

Et voici que nous sommes devenus nous-même des réfugiés. Réfugiés chez nous. Le tragique a franchi nos frontières, s’insinuant jusque dans nos liens de proximité.

S’il n’y a bien sûr pas à se réjouir de cette crise, celle-ci s’étant imposée à nous, elle nous contraint à chercher de nouvelles opportunités qui pourraient paradoxalement se révéler salutaires. Comment d’un mal pourrait sortir un bien. N’est-ce pas l’enjeu qui s’est joué à Pâques, de la croix à un tombeau vide?

Ainsi, de mémoire d’homme (de moins de 80 ans), nous ne nous étions jamais sentis aussi vivants malgré la mort qui rôde. Nous n’avions jamais ressenti aussi fort faire partie d’une société. Nous ne nous étions jamais sentis aussi solidaires de ceux qui continuent à travailler pour assurer le soin des malades et garantir les services essentiels de base. Nous ne nous étions jamais sentis aussi collectivement humains par l’effet collatéral de la nature aveugle du virus, qui touche indistinctement le ministre que la personne sans emploi, la star médiatique que le paroissien pudique du dimanche, le Chinois que l’Italien, le croyant que celui qui n’a pas de religion.

Voici que les textes bibliques semblent se réveiller de la torpeur dans laquelle nous les avions laissés, installés confortablement dans nos existences paisibles. Ils veulent agir comme un vaccin pour nous immuniser de la tentation du repli et de la méfiance.

Si le cours du temps semble connaître une sorte d’arrêt sur image qui exacerbe nos ressentis, si le monde entier est en émoi, en même temps est exacerbée la question du lien.

 

Or, la question du lien est LA question éminemment missionnaire. N’est-elle pas l’affirmation essentielle posée depuis toujours par le christianisme et son bras désarmant qu’est la mission?

La mission, en effet, ne se fonde-t-elle pas sur l’affirmation que nous sommes des personnes en liens, en liens universels de fraternité, en liens plus forts que nos différences sociales, culturelles, nationales, géographiques, culinaires, linguistiques…

Si hier nous avions du mal à la penser autrement qu’abstraitement, aujourd’hui, elle se pose concrètement à chacun de nous, au près comme au loin.

Au près, nous voyons deux possibles qui s’ouvrent à nous : le bon et le très bon dans les encouragements adressés aux personnes qui continuent à travailler pour que nous puissions être soignés et nous nourrir et le moins bon dans la suspicion et les commentaires acerbes qui nous font nous observer les uns les autres, dénoncer ceux qui passeraient cinq minutes de plus pour faire le tour de leur quartier, maudire ceux qui achèteraient plus de papier toilette que nécessaire.

Au loin, nous voyons se dessiner des enjeux de solidarités internationales : entre le repli sur chacun d’entre nous et la communion solidaire par-delà les portes et les frontières, qui risque de devenir plus criante encore, si le virus devait se répandre dans des pays aux systèmes de santé moins développés que les nôtres.

Dans un cas comme dans l’autre, je ne connais qu’une ligne directrice qui pourrait nous inspirer. Elle pourrait être résumée par cette parole de Paul :   «Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Corinthiens 12).

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