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L'auteur Pierre Geib

Thème de la réflexion : Politique

Migrants : accueillir l’autre

Sur notre planète qui s’affirme interdépendante et unifiée, les matières premières, produits et capitaux circulent librement, alors que des frontières entravent la liberté des hommes. Paradoxe de la mondialisation !

Accueillir l’autre

Les migrations sont vieilles comme le monde. Tout au long de l’Histoire, des hommes ont quitté le lieu où ils étaient nés pour chercher à vivre ailleurs, mieux, plus libres, moins pauvres. Ces migrations n’affectent qu’une part minime de la population mondiale et sur le long terme leur nombre est remarquablement stable. Les plus massives ont vu des pauvres d’Europe chercher une vie meilleure dans le « Nouveau Monde » aux XIXe et XXe siècle. Ainsi, nos pauvres oncles se sont avérés être les ancêtres de nos riches cousins d’Amérique ! Au XXIe siècle, les plus gros flux migratoires sont généralement dictés par les changements climatiques, la pauvreté ou des conflits armés.

Aujourd’hui, des réfugiés de la Corne de l’Afrique, de Syrie et d’Irak fuyant des dictatures féroces ou des guerres civiles très violentes cherchent une protection en Europe, tout comme les déplacés de la Seconde Guerre mondiale au XXe siècle. Les images de leurs périples, des naufrages dont ils sont victimes ou auxquels ils échappent de justesse créent un climat de peur ou de pitié sentimentaliste.

Comment réagir ?

Alors l’étranger : figure permanente de l’autre, de l’ennemi intérieur, du rival, du profiteur ? Responsable de tous les dysfonctionnements de nos sociétés, chômage, déficits sociaux, délinquance, terrorisme ? De tous temps ces préjugés se sont imposés dans nos sociétés, en particulier lorsque des mutations mettaient en question l’ordre établi.

Vivre ensemble c’est former une communauté qui se fixe des règles. Chaque communauté assure une forme de protection aux individus qui la composent et aussi des contraintes destinées à assurer la cohésion du groupe. Ces communautés peuvent aller de la cellule familiale à l’État en passant par diverses formes de regroupements, volontaires ou contraints.

Comment aborder la réalité des migrations ? Sans naïveté et sans angélisme d’abord, car la question est complexe, tout à la fois politique, économique et sociétale. Les Églises ont le devoir d’interpeller la sphère politique pour demander que le droit d’asile soit mis en application et que les plus petits et les plus vulnérables trouvent protection et accueil.

Jésus dit : « Toutes les fois que vous accueillez, donnez à manger ou prenez soin d’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

La Bible, Évangile selon Matthieu 25, 34-40

Convertir son regard

Chacun d’entre nous aussi est interpellé personnellement et invité à un changement de regard. Les protestants se réfèrent aux valeurs qui fondent leurs convictions profondes.

La Bible déroule ainsi l’histoire d’un salut offert à chaque être humain. Au nom d’Abraham – migrant notoire ! – l’humanité devient peuple où « chaque famille est bénie »… Nous sommes bien loin du repli identitaire dont certains veulent se prévaloir.

Tout au long de l’Ancien Testament, cette dimension d’ouverture se traduit par une invitation constante à accueillir l’étranger, malgré les réticences souvent exprimées. « Souviens-toi que tu as été étranger » sonne comme un refrain au fil des différents livres bibliques. La tentation d’ériger des murs pour protéger un ordre établi reste pourtant constante, mais l’histoire montre qu’à un moment ou un autre ils sont détruits, entraînant la chute de ceux qui les ont élevés…

Jésus Christ, quant à lui, place la barre encore plus haut. Plus d’un s’étonne de son amour envers les mal-aimés et du secours qu’il porte à ceux qui sont rejetés. En effet, il ne se contente pas d’une simple ouverture à l’autre, mais invite à traiter l’étranger comme un autre soi-même et à abandonner tout égocentrisme.

Le bon samaritain

En racontant l’histoire du bon Samaritain (Évangile selon Luc 10, 29-37), Jésus brise toutes les catégories. Il n’y a plus de traitement selon une préférence ; le prochain n’est plus simplement celui de ma communauté, mais celui qui se trouve devant moi… Pour lui, la solidarité avec les plus fragiles n’est pas facultative.

Si l’Évangile, comme la déclaration universelle des droits de l’homme, affirme l’universalité de la dignité de tous les êtres humains, nous devons essayer de peser pour qu’un accompagnement plus humain des personnes migrantes s’impose au plus vite. Nous devons demander que cesse l’exploitation des inquiétudes du plus grand nombre pour aborder cette réalité. Un autre regard s’impose.

 

 

© Josh Zakary

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