Retour aux réflexions

L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : actu

Mots d’ordre

Pour l’année qui s’ouvre, les protestants d’Alsace et de Moselle peuvent laisser résonner deux mots d’ordre...

Pour l’année qui s’ouvre, les protestants d’Alsace et de Moselle peuvent laisser résonner deux mots d’ordre, celui du plan de lecture biblique de l’UEPAL et celui du plan de lecture biblique de la FPF.

Le mot d’ordre de l’UEPAL se situe dans le registre de l’exhortation. « Soyez miséricordieux comme votre père est miséricordieux » (Luc 6,36). Il fait retentir un appel à la miséricorde au nom de celle qui nous est faite. Dans ce verset résonne comme en échos la tradition judéo-chrétienne qui considère la miséricorde comme l’un des principaux attributs du Dieu biblique. Le Talmud raconte que tous les jours, Dieu s’installe sur le trône de la justice pour juger le monde. Mais quand il s’aperçoit que le monde mériterait d’être détruit, il abandonne alors ce trône pour aller s’asseoir sur celui de la Miséricorde. Et de pointer les limites d’un jugement qui ne saurait faire preuve d’empathie, voire de compassion. Étymologiquement, le mot “miséricorde“ conjugue la notion de “cœur“ avec celle de “misère“. Ainsi, être miséricordieux, c’est accueillir avec le cœur sa propre misère ainsi que celle de l’autre. Ce verset appelle donc le croyant à se laisser inspirer par le Dieu de Jésus-Christ, dont tout l’Évangile raconte la bienveillance, la disposition à accueillir et à pardonner, l’inclinaison à relever et à faire confiance. L’objet de la miséricorde est précisément celui de créer cet espace et cette dynamique nécessaires pour que l’humain puisse grandir, rencontrer Dieu et le servir. Ainsi, l’argument du mot d’ordre se situe dans le registre de l’éthique de reconnaissance, en ce qu’il appelle à accorder à autrui la grâce (miséricorde) qui est faite à chacun.

Le mot d’ordre de la FPF se situe dans le registre de la promesse. « Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous ; et je vous l’affirme : ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer » (Jérémie 29,11). La confiance, et à plus forte raison l’espérance, se déploie dans la perspective ouverte par une promesse. En effet, il n’y a pas de confiance sans une parole qui ouvre un espace de confiance, ni d’espérance sans une parole qui donne à espérer. Ce verset situe l’année 2021 dans la dynamique de la promesse, celle d’un avenir à espérer que Dieu énonce. Nombreux ont été celles et ceux à souhaiter tourner la page de l’année 2020, et son lot de privations et de contraintes. Cette crise sanitaire a été également l’occasion de voir émerger et se cristalliser l’expression profonde aspiration, évoquée par l’expression « le monde d’après ». Et cette expression fait précisément référence à un monde où il fait bon vivre, se rencontrer, échanger, un monde plus juste, respectueux de tout être humain comme de la création, un monde qui permette une vie cohérente et qui fait sens.

Et l’exhortation, et la promesse, inscrivent nos existences dans la perspective d’un avenir à espérer, à accueillir, à construire. Que Dieu nous fasse la grâce de nous accompagner jour après jour sur ce chemin.

Photo Orion / Unsplash

Les réflexions du même thème

Au seuil de la trêve estivale

Au seuil de la trêve estivale, le week-end des 3 et 4 juillet, l’Assemblée de l’Union a enfin pu se retrouver en présentiel et travailler le sujet de l’évangélisation.

actu Christian KriegerIl y a 7 mois

Concordat

"Le Concordat n’est pas uniquement une question d’argent. Il est une façon de travailler, de vivre et de se parler."

actu Matthias HUTCHENIl y a 7 mois