Retour aux réflexions

L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : Politique

Parlons d’Europe !

Du 23 au 26 mai prochain, les citoyens des États de l’Union européenne vont être amenés à renouveler le parlement Européen.

Du 23 au 26 mai prochain, les citoyens des États de l’Union européenne vont être amenés à renouveler le parlement Européen. Le projet européen s’est imposé en réaction à la tragédie de la seconde guerre mondiale et à l’horreur de la Shoah, comme une nouvelle vision de l’avenir de notre continent. Il s’est constitué comme une promesse. Une promesse de paix, de liberté, de progrès social et de croissance économique, de droits, de démocratie ! Une promesse fondée sur la réconciliation entre des États meurtris par deux guerre mondiales et érigée sur le socle d’une libre adhésion à un espace de solidarité et de coopération. La conviction que le bien commun et l’intérêt général allaient également être l’intérêt du particulier et de chacun a favorisé la libre adhésion à ce projet commun. Dans l’euphorie de la chute du mur de Berlin, l’Union européenne s’est élargie, accueillant de nombreux pays de l’Est, sans pour autant réviser ses règles de fonctionnement et les adapter à une union de 28 États membres. Avec de belles réussites à son actif, notamment le programme d’échange Erasmus ou l’important fonds de solidarité dont bénéficient régions et pays défavorisés, l’Union européenne est aujourd’hui arrivée à une croisée de chemins. Elle est perçue comme technocratique, loin des citoyens et des réalités de terrain, incapable d’une réelle politique commune face à la question migratoire, principalement rivée au développement d’une économie de marché, … Progressivement la promesse a fait place au scepticisme. De nombreux citoyens croient leurs intérêts mieux défendus dans une souveraineté de proximité. Force est de constater que le narratif des fondateurs du projet européen n’est plus porteur.

Et dans quelques semaines le Parlement européen, instrument central de la démocratie représentative et participative de l’Union européenne, va être renouvelé. Il dispose en effet d’un pouvoir législatif, de l’autorité budgétaire et exerce un contrôle démocratique et politique notamment sur la Commission européenne. Pour la prochaine législature, il sera composé de 705 eurodéputés, attribués à chaque État membre en fonction de l’importance de sa population (74 pour la France). Si les élections se déroulent dans chaque pays selon les lignes politiques de partis nationaux, la plupart des eurodéputés, une fois élus, décident de participer à des groupes transnationaux composés de personnes partageant leur vision politique et leurs convictions.

Alors que progressivement les partis politiques dévoilent la liste de leurs candidats et entrent en campagne, tout port à penser que l’immigration, les questions sécuritaires et la croissance économique devraient constituer les thèmes principaux de cette échéance élective. C’est en tout cas ce qu’indique Eurobaromètre du Parlement européen.  Le président de la République française, dans une tribune intitulée « Pour une renaissance européenne » publiée cette semaine dans les grands quotidiens des 28 pays européens, a tenté de dépasser le caractère national de la campagne et d’élargir le débat à l’espace public européen, en partageant sa vision des enjeux.

Les Églises et les ONG en Europe se mobilisent également pour rappeler l’enjeu européen, faire entendre leur point de vue, voire peser sur les orientations de la campagne. Ainsi l’UEPAL, en collaboration avec l’Église protestante du pays de Bade et celle du Palatinat, a diffusé un texte de réflexion* comprenant 6 thèses pointant les enjeux jugés centraux pour l’avenir du projet européen. Accompagnées de propositions liturgiques, elles sont pensées comme un fil rouge thématique pour les 6 semaines de Carême, abordant successivement les questions de paix, de justice sociale, de justice climatique, de libertés individuelles, de pluralité des sociétés européennes et d’état de droit.

De son côté, la conférence des Églises européennes a édité une documentation pour outiller ses Églises membres et les inviter à aller à la rencontre des candidats, à les questionner sur des enjeux au cœur du projet européen : l’avenir de l’Union européenne face à la résurgence des populismes et nationalismes, l’hospitalité et les valeurs fondatrices de l’Union européenne face à la pression migratoire, le modèle social européen et l’avenir du monde du travail face aux conséquences sociales toujours actuelles de la crise de 2008, la gouvernance économique dans l’espace européen, la justice climatique, la diplomatie européenne, et l’Europe inclusive régie par des droits garantissant les libertés fondamentales, notamment la liberté religieuse.

Nos aînés adhéraient sans réserve à la promesse européenne. Face aux sentiments de peur, d’insécurité, d’insatisfaction, cette promesse a besoin de confiance ; confiance en l’avenir, confiance en l’homme, confiance en l’autre. L’Évangile du matin de Pâques que durant ces semaines de carême nous nous apprêtons à recevoir, est le socle de notre confiance et de notre espérance. Que cette montée vers Pâques nous nourrisse. Le projet européen a un urgent besoin des Églises et des Chrétiens !

© wikimedia commons / Balwina54

Les réflexions du même thème

Maintenant que les décors de plus en plus fastueux du Marché de Noël ont été rangés, il faut tout de même s’interroger sur le sens de cette manifestation, de surcroît endeuillée cette année par un tragique attentat.

Politique Christian AlbeckerIl y a 9 mois

Les gilets de la confusion sur l’île de la tentation

Dans le contexte de la mondialisation, des observateurs avisés établissent un lien entre les vagues populistes qui déferlent dans de nombreux pays, notamment en Russie, aux États-Unis d’Amérique, au Brésil, en Europe.

foi et spiritualité Marc Frédéric Muller, responsable des prédicateurs laïquesIl y a 9 mois

Migrants : accueillir l’autre

Sur notre planète qui s’affirme interdépendante et unifiée, les matières premières, produits et capitaux circulent librement, alors que des frontières entravent la liberté des hommes. Paradoxe de la mondialisation !

Politique Pierre GreibIl y a 9 mois

Politique : tous concernés, tous responsables

Les Églises s’entendent quelquefois dire par le monde politique : « Occupez-vous du ciel, nous nous occupons de la terre ». Et combien de fois n’entend-on pas dire : « La politique, ça ne m’intéresse pas » ?

Politique Robert HertzogIl y a 9 mois