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L'auteur Roland KAUFFMANN

Pasteur

Thème de la réflexion : Paroles protestantes

ParoleS protestantes : La Bible

Si la Bible s’écrit avec une majuscule ce n’est pas par une déférence religieuse particulière mais pour une simple raison grammaticale car le mot désigne un pluriel en grec.

En effet, c’est la transcription en français du grec « ta biblia » qui signifie « les livres ».

À ce titre la Bible est avant tout une collection de soixante-six livres qui sont eux-mêmes parfois des compilations, comprenant dans un même fil narratif des ajouts, des compléments voire des corrections.

Ainsi peuvent se succéder dans un même livre, deux versions différentes d’un même évènement, écrites à des époques différentes. Par exemple, le récit de la création du monde dans le livre de la Genèse ou encore le récit de la naissance de Jésus dans les évangiles de Matthieu et de Luc.

“ Pour moi, la Bible est avant tout une présence. Cette présence m’accompagne, m’habite et m’anime ; elle me bouscule et m’apaise ; elle m’apporte en même temps réconfort et exigence”

Laurent Gagnebin

Une bibliothèque

À l’inverse d’autres textes religieux, la Bible ne se revendique pas comme ayant été directement écrite par Dieu mais bien par des hommes, identifiés parfois sous une identité symbolique. Lorsque la tradition hébraïque attribue les cinq premiers livres de la Bible à Moïse, personne ne croit que le personnage historique, le Moïse libérateur du peuple, ait, par exemple, été témoin des aventures d’Abraham plusieurs siècles avant lui et qui sont pourtant relatées sous son autorité.

Nous dirons que, comme toute bibliothèque, la Bible rassemble une diversité d’auteurs dont certains sont « mieux inspirés » que d’autres mais que, pour autant, cette bibliothèque doit être considérée dans son ensemble et dans l’état où elle a été constituée et est parvenue jusqu’à notre époque. Et là encore pour toute bibliothèque, les diverses « éditions » d’un même livre sont une richesse plus qu’un défaut.

Les textes bibliques comme tous les textes antiques sont un savant mélange entre traditions orales, législations écrites, chroniques historiques, récits légendaires racontés de générations en générations, paroles prophétiques pieusement conservées par les élèves de chaque maître de sagesse et textes de haute spiritualité en usage lors des cérémonies religieuses. Cette diversité se retrouve également à la fois dans ce que les chrétiens appellent l’Ancien Testament et dans leur Nouveau Testament.

Pour ne prendre qu’un exemple, la conception de l’histoire que l’on trouve dans les livres des Rois et ceux des Chroniques n’a strictement rien à voir avec ce que nous entendons aujourd’hui par la science historique. Ce qui ne veut pas dire que ce qui est raconté dans ces livres dits « historiques » ne soit pas « vrai » mais pas au sens où nous l’entendons de nos jours.

Une lecture en dialogue

La « vérité historique » biblique est toujours une relecture à posteriori des évènements de manière à leur donner un sens pour les contemporains de l’époque de la rédaction et pour servir de conducteur pour les générations à venir.

Ce sens est toujours renvoyé par chaque auteur de chaque livre au projet de Dieu pour l’humanité qu’il a créé tel que ce projet est compris par l’auteur du livre en question.

Un sens qui passe aussi par l’appropriation collective de chaque livre. Si certains livres, d’origine hébraïque ou chrétienne, n’ont pas été retenus dans le « canon », c’est à dire la liste des livres, c’est qu’à tel ou tel moment de l’histoire, leur contenu n’étaient pas, ou plus, en adéquation avec le consensus et la spiritualité de l’époque, quitte à être redécouverts par la suite et intégrés parfois tardivement.

L’histoire de la Bible est celle d’un dialogue, plus ou moins réussi et fécond, entre Dieu et le peuple qu’il s’est choisi. Lequel peuple, qu’il soit juif ou chrétien n’est jamais qu’un échantillon de l’humanité et porteur d’un message à vocation universelle.

C’est aussi à un dialogue entre Dieu et chaque individu que vise la Bible. Si elle ne prétend ni à la vérité historique ni à la vérité scientifique au sens moderne, c’est bien à une vérité existentielle qu’elle prétend.

C’est d’ailleurs cette forme du dialogue qui est privilégiée dans toute la Bible: dialogue de Dieu avec Abraham, avec Moïse, avec tel prophète. Dialogues de Jésus avec ses disciples et ses contemporains, dialogues de Paul avec ses contradicteurs.

Une parole qui me parle

Dieu, en tout cas le Dieu dont nous parle la Bible, ne doit pas être confondu avec la Bible, pas plus qu’avec aucun livre saint, à moins de faire du livre une nouvelle idole.

Avant même de lire la Bible, nous sommes lus par elle à la manière d’un miroir ou plus exactement nous sommes confrontés à la Parole de vie, à l’idéal humain, qu’elle contient comme un écrin contient un joyau pour reprendre une métaphore de Paul Ricoeur à la suite de l’évangile de Matthieu (13, 44-45).

Contrairement à une idée reçue, les protestants ne sont pas «le peuple du livre» mais celui «de la parole». À la rencontre d’un Dieu qui nous parle, et qui me parle, dans ma situation et auprès de qui je peux réfléchir, toujours comme on le fait avec un miroir, le sens que je donne ou pas à mon existence.

C’est ainsi que l’évangile de Jean présente le Christ comme étant «la Parole qui était Dieu et qui était avec Dieu» (Jean 1,1). En Christ, Dieu et l’humain se reconnaissent liés l’un à l’autre par le pouvoir du langage et conviennent d’une alliance nouvelle. C’est d’ailleurs le sens du mot « testament » que de vouloir dire « alliance ». La Bible est le traité de cette convention entre l’humain et Dieu.

Paroles protestantes
Avril 2020

Photo by Rod Long on Unsplash

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