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L'auteur Philippe AUBERT

Pasteur

Thème de la réflexion : Paroles protestantes

Le sacrement, signe visible de la grâce

Au seizième siècle, les Réformateurs ont voulu combattre une compréhension et une pratique magique des sacrements en les reliant exclusivement au témoignage des Écritures

Deux sur sept en vigueur depuis le Moyen-Âge ont été retenus comme signes visibles de la grâce : le baptême et la sainte cène. L’attestation scripturaire montre que le sacrement est à la fois un événement et une institution. Ni rituel magique, ni simple mémorial, le Nouveau Testament nous rapporte le baptême de Jésus par Jean-Baptiste et l’institution de cette pratique par le Nazaréen lui-même : « Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé » (Matthieu 28, 18-20).

L’attestation scripturaire montre que le sacrement est à la fois un événement et une institution. Ni rituel magique, ni simple mémorial, le Nouveau Testament nous rapporte le baptême de Jésus par Jean-Baptiste et l’institution de cette pratique par le Nazaréen lui-même : « Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé » (Matthieu 28, 18-20).

“ On en revient à se demander s’il faut également ranger le cérémonial du baptême parmi les accessoires folkloriques d’une civilisation en retard d’un monde.”

Gabriel Vahanian, La foi une fois pour toutes

On retrouve ce schéma également pour la cène, événement et institution. Les Églises de la Réforme ont très tôt partagé deux conceptions de ce sacrement aux enjeux théologiques bien plus importants que celui qui consiste à opposer le baptême des adultes demandeurs, à celui des enfants ignorants.

Cette opposition, souvent farouche, peut se réduire partiellement à l’aide d’un paradoxe qui en révèle les véritables enjeux. Il est évident qu’on ne devient pas chrétien par l’action mécanique du baptême.

Au cours de leur histoire, les Églises ont parfois abusé de cette compréhension purement formelle des cérémonies.

Aujourd’hui, ce ne sont pas tant les Églises que les familles qui en abusent et les responsables religieux doivent souvent décrypter les demandes avant d’y répondre. De telles attitudes nous interrogent plus sur la conception de la vie chrétienne que sur le baptême lui-même.

Le paradoxe est éclairant si on se demande s’il est possible d’être chrétien sans être baptisé. Hormis la prise en compte d’une impossibilité d’ordre physique ou historique, on a naturellement tendance à répondre non.

La grâce de Dieu n’est pas une abstraction, elle prend corps avec la réponse humaine. Un adulte qui découvre la foi demande le baptême comme une évidence de cette grâce.

De même, l’enfant baptisé est appelé, plus tard, à répondre à la grâce manifestée le jour de son baptême. Dans un cas comme dans l’autre, il faut se garder d’instrumentaliser le sacrement. La foi seule en est le centre.

Naître à la vie, naître au langage

La symbolique déployée lors d’un baptême peut nous renvoyer à un temps que nous savons pourtant révolu. Le temps où l’ordre spirituel se confondait avec l’ordre du monde qui, à défaut d’être parfait, n’en n’était pas moins rassurant.

Aujourd’hui, la tradition nous parle encore mais à la manière des objets anciens qui, rangés dans les musées, nous interrogent autant que nous les interrogeons. Si venir au monde relève toujours d’un processus biologique, les modalités culturelles, voire religieuses en sont sérieusement bouleversées.

Conception, filiation, éducation ne répondent plus uniquement aux règles fixées jadis par les grandes traditions spirituelles ou philosophiques. Juristes et moralistes tentent d’accompagner ces évolutions mais le débat est sensible.

D’un côté les chantres d’un être nouveau, pur produit du désir, des fantasmes et des modes, un humain sans autre qualité que celle d’individu de droit.

De l’autre, les gardiens d’un ordre qui se veut autant naturel que divin mais sans toujours pouvoir nous dire lequel précède l’autre. Reste l’enfant qui, maintenant qu’il est au monde, doit encore naître au langage.

Le baptême n’entérine pas un ordre quel qu’il soit, il fait entrer l’humain dans l’espace qui est le sien. Le nom, le fameux nom de baptême, nous rappelle que c’est au langage qu’on reconnaît l’humain et non à sa filiation.

Le baptême rappelle que sans langage, il n’y a ni Dieu, ni homme et que pour l’homme comme pour Dieu, être au monde, c’est parler afin d’en pétrir la pâte pour en faire un monde nouveau.

Par le baptême, le christianisme a subverti toutes les formes de déterminisme, y compris celles dans lesquelles les hommes se complaisent. Administré dès ses origines aux filles comme aux garçons, aux riches comme aux pauvres, le baptême n’est pas assimilable à un rite de passage ou de purification, c’est un acte iconoclaste au sens qu’il vient briser les idoles qui maintiennent l’humain en dessous de l’humain.

Il dit par les textes, autant qu’il montre dans sa symbolique, que nous sommes enfants de Dieu avant d’être ceci ou cela.

ParoleS Protestantes : le baptême
Février 2020

Photo by Ryan Loughlin on Unsplash

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