Retour aux réflexions

L'auteur Anne WESTPHAL

Pasteure

Thème de la réflexion :

Passage de l’ouragan IOTA : urgence prière

En 2003, j’ai eu la chance d’être envoyée par le Défap au Nicaragua, dans le cadre d’un programme d’échange pastoral (pasteur du nord et du sud main dans la main), puis d’accueillir ensuite à Thann une collègue de l’Eglise morave miskita, Ofelia Alvarez Coleman. Et je suis profondément reconnaissante au Défap et à l’UEPAL d’avoir pu vivre cette expérience inoubliable. Ofelia et moi sommes restées en contact malgré les années.

Passage du cyclone Eta

Au début du mois de novembre elle m’a appris le passage du cyclone Eta en Amérique Centrale. Les médias n’en ont pas parlé, ou peut-être juste une fois une brève ultra rapide : l’actualité était quasi exclusivement consacrée aux résultats des élections présidentielles aux États-Unis et à l’épidémie de Covid-19 en France. Et pourtant, ETA, un cyclone de catégorie 4 a fait énormément de dégâts. Ofelia m’a envoyé des images et vidéos, prises chez elle, à Bilwi / Puerto Cabezas, et d’autres circulant dans les médias nicaraguayens. Les dégâts étaient déjà énormes, catastrophiques :

« Les destructions sont surtout matérielles, mais grâce à Dieu nous sommes en vie. Trois villages ont été totalement détruits. La région du Rio Coco inférieur a ensuite subi des inondations. Les gens achètent des bâches en plastique pour fabriquer des abris quand leurs maisons ont été démolies » par le cyclone. Ma maison « n’a pas été trop inondée et nous avons pu dégager les arbres et les branches qui étaient tombées dessus avec une tronçonneuse. Mais il y a encore beaucoup de décombres en ville et à présent les moustiques prolifèrent. »

Arrivée d’IOTA

Et puis samedi 14 novembre, elle m’a envoyé un bulletin d’alerte cyclonique : « L’Amérique Centrale doit se préparer. Une tempête tropicale IOTA s’est formée et l’on s’attend à ce qu’elle se renforce et devienne un ouragan majeur qui devrait frapper le Nicaragua lundi 16 novembre 2020. Le Nicaragua, le Honduras, le Guatemala, le Salvador, le Costa-Rica, le Belize, le Panama, la région du Chiapas au Mexique doivent se mettre en alerte maximale. Terrible situation pour les régions déjà frappées par le cyclone ETA et qui seront à nouveau touchées par un autre cyclone. »

Iota approchait, un cyclone classé en catégorie 5 annoncé sur la même trajectoire que Eta. Plusieurs médias allemands l’ont comparé à Mitch, CNN a affirmé que c’était le cyclone le plus puissant de l’histoire du Nicaragua. Deux cyclones majeurs en moins de quinze jours, alors que les décombres laissés par le premier ne sont pas encore dégagés, devoir se préparer à affronter à nouveau la même épreuve, en pire, c’est la catastrophe assurée, l’horreur complète.

J’ai correspondu avec Ofelia jusqu’à lundi en début d’après-midi (heure française). Ensuite, cela a été un grand silence de 48h pendant lesquelles j’ai suivi la progression du cyclone par internet.

J’ai tenté de chercher des informations dans les médias. RAS pour les journaux et sites français. Ah si, il parait qu’à la météo on en a parlé une fois en passant. Et hier un tout petit entrefilet dans les DNA.

Enfin mercredi 18 au soir, après 48h de silence, elle a pu m’envoyer ce message :

« Ma maison est à présent détruite. De 5h du soir à 5h du matin, nous avons résisté à la panique devant les coups de l’ouragan. Il n’y a plus de lumière ni d’eau. Mes livres sont tous trempés. Ah Anne, j’ai cru que le jour ne se lèverai plus jamais. Mais nous sommes en vie. Puerto Cabezas ne sera plus jamais pareil. » 

Face à cette population doublement meurtrie, triplement même si l’on pense à la Covid qui sévit là-bas aussi, je m’interroge… que pouvons-nous faire ?

Les informations que je vous livre sont partielles, limitées. Mais ce sera mieux que rien.

Faut-il que les catastrophes soient médiatisées pour que les chrétiens se mobilisent ? Il était juste et bon de venir en aide à nos frères et soeurs au Liban après l’explosion à Beyrouth. Il était juste et bon que les Eglises protestantes et l’ACO fassent entendre leur voix et manifestent leur soutien et leur solidarité avec les sinistrés. Mais notre mission chrétienne n’est-elle pas de réagir même lorsque très peu d’autres personnes le font ?

Je suis convaincue que le rôle des Églises est aussi de faire entendre la voix de ceux précisément que l’on n’entend pas, de ceux que les médias ignorent. Il y a tellement de souffrances et de catastrophes qui nécessiteraient une réponse que l’on ne réagit que lorsque cela fait la Une du journal télé. Or vivre l’Evangile et vivre de l’Evangile c’est aussi faire entendre la voix de ceux qui sont inaudibles.

Unissions-nous dans la prière !

Ni entre les deux cyclones, ni après le passage d’Iota, Ofelia n’a demandé une aide financière. Ofelia demandait d’abord et surtout le soutien de notre prière, pour ces personnes évacuées par précaution. Nous l’avons d’abord fait à une toute petite échelle : une poignée d’amis qu’elle a gardé en Alsace, mes collègues du consistoire de Barr.

Aujourd’hui je vous invite à soutenir dans la prière toutes ces personnes déplacées en Amérique Centrale. Prions également pour les habitants des îles colombiennes de San Andres et La Providencia, où 98% des installations et des infrastructures de ces îles ont été détruites, effacées par le passage de Iota.

Si vous souhaitez avoir des nouvelles des personnes des personnes figurant dans ce témoignage, écrivez-moi simplement à anne.trosino[à]orange.fr.

L’UEPAL relaiera également un appel à dons de nos partenaires lorsqu’une aide sera coordonnée sur place.

 

Ville de La Lima, inondée par l'ouragan IOTA, (c) El Heraldo

NOAA / Wiki commons

Les réflexions du même thème

Concordat

"Le Concordat n’est pas uniquement une question d’argent. Il est une façon de travailler, de vivre et de se parler."

Matthias HUTCHENIl y a 5 mois

Le temps et l’instant

Crise politique à Strasbourg : l’opportunité d’une nouvelle réflexion de fond sur la place des cultes dans l’espace public ?

Christian AlbeckerIl y a 5 mois

Liberté conditionnelle

On a beaucoup dit, et écrit, que les temps sont à l’incertitude

Julien PETITIl y a 5 mois