Retour aux réflexions

L'auteur Christian Albecker

Président de l'UEPAL

Thème de la réflexion : actu

Petit parcours élogieux…

Éloge de la responsabilité

Non, je ne parlerai pas de la consternante affaire Griveaux… On a déjà tout dit des excès et des dérives des médias sociaux qui ont désormais le pouvoir de faire et de défaire les rois. On a développé des outils d’une extraordinaire puissance que l’on met entre toutes les mains au nom de la liberté d’expression. C’est comme si on confiait un bolide d’une très grande puissance a une personne qui n’a pas le permis de conduire… Et les 3 grands moteurs de l’humanité que sont l’argent, le sexe et la religion s’emparent de ce bolide pour en faire de monstrueuses idoles modernes : le profit sans limite, la pornographie et le fondamentalisme tueur. Et comme toujours, notre société moderne traite les symptômes et non les causes. Au lieu de donner les moyens aux conducteurs de se former pour leur permettre d’exercer leur responsabilité, on va mettre un limitateur de vitesse sur le bolide, ou multiplier les radars et les contraventions… Alors qu’il n’y a qu’un seul chemin : celui de l’éducation, dès le plus jeune âge, à respecter les biens d’autrui sans vouloir toujours plus, à respecter son corps et celui d’autrui, à défendre ses idées en respectant les convictions des autres. Les 10 commandements, quoi… Une éthique de la responsabilité !

 

Éloge de la pudeur

Au fil des jours et des commentaires, M. Griveaux est devenu une victime, renversée par le bolide des réseaux sociaux. Tout au plus a-t-il été qualifié de « con » par Serge July pour n’avoir pas été assez malin pour éviter l’accident. Très peu de commentateurs ou commentatrices ont osé dire qu’il aurait peut-être mieux valu éviter d’envoyer la photo de son sexe pour séduire une dame, surtout quand on se veut le défenseur de la famille et de ses valeurs. Le respect de la vie privée, c’est donc le droit de s’échanger des selfies des parties intimes sans qu’ils soient diffusés dans le cyberespace ? Quelle tristesse ! Comme le disait un journaliste : serait-il venu à l’idée du Général de Gaulle d’envoyer la photo de son sexe à ses admiratrices ? La pudeur est un mot qui a disparu du vocabulaire, ça fait si moralisateur ! Et pourtant la pudeur, c’est l’art de suggérer plutôt que de montrer. La pudeur est la condition du désir, elle cache et révèle la chair plutôt que d’étaler la viande. Elle est surtout l’expression de la nécessaire limite entre moi et autrui, elle marque le caractère irréductible de chaque être humain, elle est la limite du jardin secret de chacun.

 

Éloge du corps et de l’incarnation

Pourquoi notre société occidentale vit-elle le déferlement de l’impudeur, de l’étalage du corps et de la pornographie ? C’est à mon sens l’un des grands échecs du christianisme que de n’avoir pas su trouver une juste place pour le corps, alors qu’il est la religion de l’incarnation : Dieu qui a pris corps en Jésus-Christ. L’Église, corps du Christ. Et on nous a enseigné la haine ou le mépris du corps, sous l’influence des néoplatoniciens et de Saint Augustin, qui a fortement marqué l’Église d’Occident et notamment Luther. Si le christianisme a plutôt bien réussi à traduire l’Évangile dans le domaine social, politique ou diaconal, il a en revanche failli dans le domaine « somatique ». En renvoyant Marie au ciel, le catholicisme lui a enlevé sa corporéité. Et du côté protestant, le terrible film « Le ruban blanc » de Michael Haneke montre les effets dévastateurs d’une morale implacable qui enferme les humains dans le désespoir. Aujourd’hui nous sommes passés à l’autre extrême, le retour sans limite du refoulé ! Le temps du carême qui commence la semaine prochaine est peut-être l’occasion de nous recentrer sur la « sobriété heureuse » où le corps a toute sa place, rien que sa place !

Texte repris de l’émission « Rétroviseur » de RCF Alsace, diffusée le samedi 22 et le dimanche 23 février 2020

Ben White / Unsplash

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