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L'auteur Mathieu Busch

Thème de la réflexion :

« Pierre vivante ? »

Dans le premier livre des Rois au chapitre 8, la prière de consécration du premier temple par Salomon nous a appris depuis longtemps, qu’aucune maison faite de main humaine, aussi belle et prestigieuse soit-elle, ne peut contenir la présence de Dieu, qui excède même l’infini du ciel (1 R 8, 27).

Et pourtant, dans la longue adresse de Salomon à Dieu, l’importance du temple comme lieu d’intercession, notamment en situation de crise, est détaillée sur plus d’une vingtaine de versets. Le temple semble ainsi une nécessité pour les êtres humains : avoir un lieu concret vers lequel se tourner pour orienter sa relation à Dieu.

Nous connaissons les péripéties bibliques du lien brisé – restauré entre Dieu et son peuple à travers les épisodes de l’abandon du temple par Dieu, sa présence « hors temple » auprès des exilés à Babylone, l’idéal d’une reconstruction parfaite (Ezéchiel 40 et ss), la construction du second temple… jusqu’à l’affirmation extraordinairement scandaleuse et libératoire de Jésus : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours, je le relèverai ».  « Il parlait du temple de son corps », nous dit le narrateur (Jean 2, 18-22) en interprétant l’épisode des marchands du temple chassés par Jésus et en révélant un des sens possibles de la mort et de la résurrection du Christ : il est lui-même le nouveau temple à travers lequel s’oriente notre relation à Dieu. La communion avec Dieu est ainsi délocalisée et universelle. Ce qui compte, c’est d’adorer le Père en esprit et en vérité (Jean 4, 21-23), c’est d’accueillir son Esprit et devenir ainsi « temple » à notre tour (1 Cor. 3, 16). La relation en plénitude avec Dieu, décrite symboliquement dans les derniers chapitres de l’Apocalypse, pourra donc se passer complètement de sanctuaire (Apoc. 21, 22).

Cependant, et bien qu’éclairé par cet horizon ultime, nous avons tout de même besoin de nous situer dans l’espace et le temps pour faire communauté ici-bas : l’expérience montre que nous avons encore besoin d’églises pour vivre ensemble l’Eglise, où se proclame et se partage la bonne nouvelle de celui vers lequel se dirige notre intercession.

Depuis ma prise de fonction à l’Action Chrétienne en Orient, j’ai été frappé par l’importance des bâtiments d’églises et des enjeux, symboliques et concrets, qui s’y jouent dans les pays du Levant. Dans bien des législations de ces pays, le bâtiment « église » est ce qui permet juridiquement la reconnaissance officielle d’une communauté. Elle doit être symbolisée par son lieu propre et être visible depuis l’extérieur en tant que minorité chrétienne dans un pays musulman. Selon les contextes et les périodes, cela peut être à double tranchant : une reconnaissance positive, un lieu pouvant nécessiter une protection policière, mais aussi parfois le lieu de l’attentat ou la cible d’un bombardement. En Egypte, les Églises ont reçu l’autorisation de construire de nouveaux édifices et de faire reconnaître ainsi de nouvelles paroisses : des terrains ont même été donnés par l’État. Mais il y a une contrainte de temps pour réaliser ces bâtiments. En Syrie, à Alep, beaucoup de chrétiens ont fui la ville, lorsqu’ils ont compris qu’ils étaient spécifiquement visés lors des bombardements touchant leurs quartiers, le Vendredi Saint 2015. Et pourtant, c’est au plus fort de la guerre, que la paroisse du Synode Arabe, qui avait vu un de ses lieux de culte complètement détruit, a fait le choix de construire une nouvelle église ! Cette réalisation est un signe d’espérance inouï au milieu de la crise : elle permet à la communauté de traverser l’épreuve, et elle donne un témoignage fort à tous les voisins, autres chrétiens et musulmans, qui y voient une confiance en l’avenir. Mort et résurrection… Comme l’ancien temple de Jérusalem, nos églises aussi disent beaucoup de notre cheminement avec le Dieu vivant.

 

Mathieu Busch

Article tiré du magazine Église Missionnaire, avec l’aimable accord du directeur de publication.

© Colette Schrodi

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