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L'auteur Robert Hertzog

Membre de la Commission des affaires sociales, politiques et économiques de l'UEPAL

Thème de la réflexion : Politique

Politique : tous concernés, tous responsables

Les Églises s’entendent quelquefois dire par le monde politique : « Occupez-vous du ciel, nous nous occupons de la terre ». Et combien de fois n’entend-on pas dire : « La politique, ça ne m’intéresse pas » ?

Croyant et citoyen

Le domaine des affaires publiques n’est pas étranger à l’homme ou la femme de foi que nous pouvons être. La foi chrétienne porte fondamentalement un message d’espérance pour ce monde que Dieu aime. Ceci conduit les chrétiens, en particulier les protestants, à s’engager par des actes concrets, dans le sens de la liberté, de la responsabilité et de la solidarité. Une Église n’a certes pas à donner de consigne
de vote, même si l’Évangile peut nous aider à orienter certains choix. L’article 2 de la Constitution française établit le principe d’un « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Croyants, nous ne sommes pas seulement responsables de notre vie intérieure, nous sommes aussi citoyens ; citoyens, nous faisons des choix pour la vie en société, pour nous et pour les autres.

 

Le bien commun

Le bien commun n’est ni une idée abstraite, ni un objet défini une fois pour toutes. Il est le produit d’un accord passé entre les citoyens, par l’intermédiaire de leurs représentants, constamment réécrit, qui traduit ce que les uns et les autres veulent faire ensemble. L’homme ou la femme providentielle
n’existe pas. Participer à la définition du bien commun est un privilège démocratique à entretenir et à soigner comme un bien précieux. Si beaucoup se sentent dépossédés de leur pouvoir citoyen, découragés ou blasés, la gravité des temps présents exige de se ressaisir. Il reste toujours possible de prendre la parole et d’agir. Chacun doit participer à l’élaboration du bien commun, en veillant à être bien
informé, y compris des effets à long terme de ses choix et de leur impact (climat, développement durable, dette, santé).

 

La politique

Le système politique, local et national, organise la vie en société en permettant de choisir les gouvernants et leurs programmes. Il donne sens à la communauté. Chaque personne poursuit légitimement ses intérêts et exprime ses préférences et ses convictions. Cette diversité crée des tensions et des conflits. La démocratie consiste à mettre en relation des personnes qui ont des intérêts différents afin qu’elles négocient le compromis juste qui exprime l’intérêt général. Les institutions ordonnent la vie de la cité par le droit (sécurité, environnement, famille), les services collectifs (enseignement, soins, transports) et les mécanismes de solidarité (sécurité sociale, RSA). Nous en payons le prix par les impôts.
En participant à la vie politique, le chrétien est d’abord appelé à être un témoin de l’Évangile, non le défenseur d’une institution, d’une idéologie ou d’une doctrine. À l’inverse, la laïcité n’interdit pas d’exprimer une opinion inspirée de l’Évangile car elle est justement le cadre qui garantit la neutralité de l’État et la liberté d’expression de toutes les opinions et convictions.

Il n'y a jamais eu de saint qui ne se soit pas occupé d'économie et de politique.

Martin Luther

S’informer, réfléchir, s’engager, participer

Participer à la vie politique peut se faire de multiples manières : par le vote, par l’expression de ses opinions, par l’engagement dans des associations, des syndicats ou des partis politiques. Il est possible d’intervenir dans des réunions, sur les réseaux sociaux, d’écrire aux journaux et aux élus, de parler autour de soi des questions qui préoccupent. Nous vivons une mutation mondiale sans pareille : savoirs, traditions, acquis économiques et sociaux, équilibres démographiques sont remis en cause. Cette mutation ouvre de nouvelles possibilités, mais elle est aussi source de crises et de grandes inquiétudes.
Affrontons-les ensemble, avec confiance et solidarité.
Aucun citoyen n’est trop petit pour s’exprimer : chacun est égal aux autres. Réagissons, car l’heure est grave !
Nous ne pouvons être écoutés si nous ne nous exprimons pas. Informons-nous, réfléchissons, discutons, participons !

« Que nul ne vive pour soi-même, mais que chacun vive pour son prochain »

Martin Bucer

Nos démocraties sont en crise sur tous les continents. Au-delà du politique, cette crise est d’abord culturelle et morale. Car jamais le système politique n’a été fondé sur des principes exprimant autant de valeurs essentielles qui nous réjouissent comme protestants : participation des citoyens, égalité des personnes, responsabilité des gouvernants, respect du droit (État de droit), droits de l’homme, libertés, solidarité sociale, ouverture sur l’Europe et le monde, transparence de l’action publique, exigence de bonne gestion publique et de développement durable, décentralisation et reconnaissance des spécificités régionales.
Mais seuls les hommes et les femmes donnent vie à ces beaux principes… En faisant siennes ces valeurs, chacun, à son niveau de responsabilité, peut contribuer à rétablir la confiance dans la vie démocratique qui organise notre société.

« Le ressort de la République est la vertu des citoyens »

Montesquieu

© Parker Johnson

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