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L'auteur Amaury CHARRAS

Pasteur

Thème de la réflexion : actu, Réflexions

Pour une Église réconciliée

L’inclusion une dimension supplémentaire à la communion voulue et donnée par Dieu.

Approfondir notre vie de communion

L’inclusion (1) défendue et proposée par l’Antenne Inclusive, mission et projet portés par la paroisse luthérienne de Saint Guillaume est une démarche visant à révéler une dimension supplémentaire à la communion voulue et donnée par Dieu. L’Église est appelée à se questionner et se former, à mobiliser l’intelligence du cœur et de l’esprit pour vivre la grâce de la communion. C’est à cet appel que répondent aujourd’hui les communautés inclusives et en chemin d’inclusivité. Ces paroisses le font, comme beaucoup d’autres aujourd’hui portent le label ‘Église Verte’, sans affirmer que les paroisses n’entrant pas dans une démarche écologique puissent trahir ou réduire l’Évangile sur lequel tous se fondent. Comme la sauvegarde de la Création, est expression de l’Évangile, dans l’approfondissement qu’elle offre à la question du respect du vivant, l’inclusivité est une expression de l’Évangile touchant à la question de l’approfondissement de la communion. N’ayons pas peur de nos frères et sœurs dans la foi qui prennent des nouveaux chemins théologiques, pastoraux et communautaires visant à accompagner les combats et prises de consciences de notre temps. Oui, la réalité de notre vie de communion n’a été et n’est aujourd’hui en aucun cas suffisante et aboutie.

 

Ne pas constituer de camps

En tant que pasteur mais aussi accompagnateur de jeunes, théologiens ou non, j’ancre mon témoignage et ma vie de foi dans la prière de Taizé, qui invite notamment à ne pas constituer de camps. Les autres, mêmes très différents de moi, ne sont pas une menace. Au contraire, dans une profonde confiance donnée par le Christ lui-même qui n’a jamais désespéré de quiconque, je suis invité à dénicher les fruits de l’Esprit dans ce qui me remue, me dé-range dans la théologie de l’autre. Notre identité de baptisé·e, à parfaite égalité devant Christ, est un état de fait avec lequel je suis invité à me réjouir.

 

Une présence au monde

(dans une affirmation positive et non dans la négation de l’autre)

La vie spirituelle inclut une vigilance de tout instant. Dans mon quotidien de pasteur, je dois lutter contre mes préjugés, mes biais et mes privilèges d’homme blanc. C’est mon premier combat et je l’accepte. Il est indispensable car je cherche la communion avec toutes et tous, notamment les personnes mises à la marge de l’Église. Cette recherche de communion est acte de confiance posé dans mon rapport à l’autre. Cette recherche de communion et de compréhension est la confession d’une pauvreté évangélique, pierre fondamentale dans mon rapport au Christ, balayant toute suffisance et offrant à celles et ceux qui m’entourent un regard prêt à comprendre et à accueillir leur richesse, leur blessure, leur parcours. Je ne vis pas dans mon opposition à ce qui m’est étrange et étranger, je vis dans mon ancrage en Christ, celui-là même qui fut autre et qui s’est fait tout proche de moi. Celui-là même qui m’a ouvert à une adoption et une filiation spirituelle au Père, jusqu’alors refusée.

 

Parlons du terme « inclusivité »

C’est avec une curiosité bienveillante et confiante dans ce que mes frères et sœurs vivent aujourd’hui (pasteur·e·s, aumôniers, familles, membres de tout âge, étudiants et étudiantes en théologie), que j’ai pu découvrir l’émergence d’une théologie inclusive. Cette théologie est née du développement d’une pastorale auprès des oubliés et dénigrés issu.es de la population LGBT+.

Cette théologie nous explique que le terme d’inclusivité désigne l’accueil radical de toute personne, au nom de l’Évangile. Dans les Églises protestantes francophones, le travail inclusif se développe actuellement vers les personnes LGBT+, du fait d’un certain retard dans la pastorale les concernant. De fait, existent de longue date des lieux d’entraide, des démarches envers les personnes migrantes ou des services dédiées aux personnes en situation de handicap. Il me semble que l’inclusivité est un champ ouvert d’action, toujours en expansion.

Les critiques de l’inclusivité sont souvent infondées et nourrissent des logiques partisanes. Un exposé détaillé du projet inclusif chrétien est disponible ici. (95 Thèses)

 

Une pluralité théologique salvatrice

Il existe, dans notre Union d’Églises, des communautés et pasteur.e.s de diverses théologies. Ainsi que des communautés dans lesquelles cohabitent des personnes avec différentes vues sur des sujets considérés comme clivants (pour en nommer : la bénédiction de couple de même genre ou la place de la louange moderne). Il convient de saluer et de comprendre cette diversité sans présumer de la vie de foi des autres croyant.es. Ce serait là une trahison de ce qui fait aujourd’hui le renouveau et la richesse spirituelle de notre Église, nos assemblées sont composées d’hommes et de femmes aux parcours et aux réalités diverses et chacun.e a droit d’y être reconnu.e pleinement, sans préjugés. Le corps pastoral et les théologiens de notre Église n’ont pas tant pour rôle de restreindre le champ de réflexions et des possibles et de se placer en arbitre, mais de rejoindre les petits et les oubliés, les dénigrés et les fragilisés et de leur offrir des espaces d’expressions, de cheminement, de capacitation. De ces nouveaux appels pastoraux, du terreau de la rencontre et des souffrances humaines, naissent des réponses théologiques qui façonneront et refaçonneront l’espace de l’Église et ouvriront à des dimensions jusqu’ici encore inconnues la communion possible du Christ.

 

La communion comme élan de réconciliation

D’une position de surplomb théologique et spirituelle découle des paroles qui montent les uns contre les autres des membres du corps du Christ. Et cela devient plus douloureux encore quand c’est au prétexte de défendre une doxa de la communion ecclésiale.

J’espère en des théologies au sein de notre Église, qui concourent à explorer et accompagner des pastorales courageuses, qui encouragent des appels à rejoindre les oublié·e·s et les souffrant·e·s de ce monde, des théologies visant plus à se soucier de la communion avec tous les vivants et avec le Vivant, que de figer une communion ecclésiale dans ce qu’elle a toujours été ou définie.

Pour finir, j’ai appris qu’en juillet 2021, l’Église luthérienne de Berlin-Brandenburg, a demandé pardon aux personnes LGBT+. Après un an de réflexion, l’Église du Land a pris la responsabilité du mal causé par une théologie qui “déniait aux personnes queers leur place légitime en tant qu’enfants de Dieu”. Elle a documenté chacune des discriminations afin de mesurer leurs conséquences dans la vie des personnes concernées. Elle a demandé pardon, aussi, pour toutes les fois où elle a exigé des personnes LGBT+ chrétien·nes qu’elles fassent l’effort d’auto-justifier leur présence dans l’Église. Le texte complet est disponible ici. C’est un tel effort d’auto-justification que l’Antenne Inclusive de Saint Guillaume vient de produire. Vous pouvez lire leur document ici.

Un énième effort pour justifier d’un désir d’exister, d’être reconnu dans une approche aujourd’hui singulière, mais qui ne saurait faire défaillir et contredire ce qui est don de Dieu : la communion et ce désir d’être un en Christ.

Que mes frères et sœurs en Christ, membres de l’Antenne Inclusive pardonnent toutes les expressions de rejets et de dédain émanant de membres de notre Église, et soient assuré.es aujourd’hui de la reconnaissance et de la joie profonde parmi nombre de ses membres, venant d’un autre terreau théologique, d’un autre milieu de vie, d’une autre histoire, de ce qu’ils vivent, expriment et développent courageusement. L’Esprit du Christ souffle sur vous.

 

(1) Inclusivité : démarche active d’identification des discriminations et des préjugés, de rencontre et d’échange en vue de permettre à toute personne d’entrer dans une communion complète. Cette définition est développée dans l’ouvrage “L’accueil radical”, Labor et Fides, 2015.

© Janez Fabijan / Unsplash

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