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L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : foi et spiritualité

Poursuis la paix

« Recherche la paix et poursuis-là ! » choisi comme mot d’ordre pour l’année 2019, ce verset du psaume 34 nous interpelle. À l’aube de cette nouvelle année, nous plaçons la question de la paix au cœur de notre méditation biblique, des perspectives de nos engagements et de nos résolutions personnelles. Nous le concevons aisément que l’on puisse désirer la paix, et qu’elle soit l’objet de notre quête la plus intérieure. Mais qu’il faille la poursuivre, voire la pourchasser ?

À Strasbourg, durant la période de l’Avent, nous venons d’expérimenter combien la paix est fragile. Par la folie meurtrière d’un seul individu, tout un pays, a basculé d’un instant à l’autre dans l’horreur de la terreur et de la haine, de la méfiance et de la suspicion. D’un moment à l’autre, malgré l’ambiance festive, notre paix intérieure a été déstabilisée, notre sérénité désarçonnée et notre paix relationnelle ébranlée, affectant ainsi notre capacité à vivre en harmonie dans une même cité avec nos altérités culturelles, religieuses, convictionnelles.

C’est aussi dire que notre paix intérieure et relationnelle est principalement menacée par nous-même, les humains. Non d’abord par des étrangers, ces autres qui viendraient nous déranger dans notre confort, mais par notre incapacité à faire le bien que nous voudrions pourtant faire et de rendre notre monde de justice. Le grand rassemblement œcuménique de Bâle en 1989 sur la thématique « paix, justice, sauvegarde de la création » avait vu juste. « Il n’y a pas de paix sans justice, et pas de justice sans sauvegarde de la création » ? Ce propos est plus actuel que jamais.

Quand le psalmiste invite à poursuivre la paix, il nous donne à comprendre que la paix nécessite une attention suivie et qu’elle exige un permanent effort de réconciliation. Nous aurions tort de croire que la paix puisse être de l’ordre d’un acquis. Les perspectives des élections pour le renouvellement du Parlement européen et les inquiétudes qu’elles suscitent, l’illustrent amplement. En effet, nombreux sont ceux qui aujourd’hui craignent un potentiel effondrement du projet Européen. Une grande partie de notre continent doit à la construction européenne plus de 70 ans de paix. Nous en savons quelque chose dans notre région. Or ce narratif n’est plus opérationnel. Le projet de coopération Européenne pour construire un espace de paix, de liberté, de démocratie, de justice, de progrès social n’est plus une priorité pour beaucoup de nos concitoyens, notamment chez les jeunes générations. Considérant la paix comme normale et acquise, parce qu’ils l’ont toujours connu, les jeunes générations délaissent l’œuvre de réconciliation entre les peuples, l’importance de l’entente des états dans une coopération solidaire. Dans de nombreux pays européens les enjeux de proximité l’emportent aujourd’hui. Partout sur notre planète, des logiques de repli sont à l’œuvre, oubliant en cela que le bien commun et l’intérêt général sont également l’intérêt de chacun. Les sentiments d’insécurité, d’insatisfaction ou de peur prennent le dessus. Ils représentent une indiscutable menace pour le projet de paix, de liberté, de progrès social, de démocratie qui est au cœur de la construction européenne. On croit l’Union européenne solidement établie, et en même temps suffisamment lointaine, pour se permettre un vote défouloir sans conséquence. Et personne ne se souvient que durant l’été 1989, nul n’aurait cru un instant que le mur de Berlin puisse tomber, et l’Union soviétique s’effondrer de l’intérieur, sans effusion de sang.

 

Pourchasser la paix, avec cette interpellation, le psalmiste veux nous encourager à un permanent effort de justice et de réconciliation ; non pas pour nier la conflictualité dans nos existences personnelles, institutionnelle, ecclésiales, mais pour toujours promouvoir la rencontre, l’écoute et le dialogue. Car il nous faut toujours à nouveau réapprendre à dépasser la peur de l’autre, la méfiance, la suspicion et l’ignorance, en allant à sa rencontre pour construire des ponts de connaissance et d’amitiés. C’est ainsi qu’il nous sera donné d’arpenter ensemble des chemins de la paix et de fraternité. C’est par l’œuvre de réconciliation qui dépasse la conflictualité de nos existences que nous apprenons à aimer comme Dieu nous a aimé.

© Raphaël Laurand

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