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L'auteur Maryvonne Lyazid

Présidente de la Fondation AGES / Alsace Grand Est Seniors

Thème de la réflexion : actu

Prendre soin des autres héros du quotidien à domicile et en Ehpad

Nous relayons, au nom de la Fédération d’entraide protestante du Grand Est, une tribune de la Fondation AGES, dédiée au bien-être des personnes âgées, de leurs proches aidants et des professionnels de l’accompagnement.

Le 2 avril 2020

Hier matin elles étaient quelques-unes, auxiliaires de vie et aides à domicile et en Ehpad près de Mulhouse à s’être présentées à 8h dans un hypermarché pour profiter du créneau horaire alloué aux soignants pour faire des courses. Elles ont été refoulées ; elles ne sont pas soignantes, ni infirmières ni médecins. Et pourtant le soin, elles le vivent et le dispensent au quotidien aux personnes âgées isolées, malades, handicapées. Il est si dur et si injuste à vivre ce refus lorsqu’il s’ajoute à la difficulté d’avoir des masques pour se protéger et protéger des personnes parmi les plus fragiles, qu’il alourdit les horaires rallongés pour cause d’équipes resserrées, aux lourdes heures de trajet de domicile en domicile pour accompagner les bénéficiaires.

 

Si le personnel des hôpitaux se débat au quotidien avec l’insoutenable, d’autres professionnels sont aussi des combattants au front et se font peu entendre, ce sont les femmes (en majorité) et les hommes intervenant à domicile et en Ehpad pour prendre soin des aînés. Sans ces professionnels – environ 800 000 en France – pas de toilette, pas de sortie hors du lit, pas de médicaments, pas de repas ou alors pris très simplement, aucune parole échangée, aucune main bienveillante posée sur une épaule, sur une autre main fatiguée et malade. Ces gestes sont pourtant essentiels pour permettre la vie, la dignité et l’espoir. Ces accompagnants de vie exercent un travail remarquable avec simplicité et humilité. Elles incarnent au quotidien dans la discrétion et l’intimité l’éthique du « care » qui cimente une communauté humaine.

 

Leur intervention endigue aussi l’afflux à l’hôpital en permettant des soins en Ehpad et à domicile. Elles font ainsi leur part pour soulager les soignants et contribuent à concentrer les soins hospitaliers au bénéfice des personnes les plus gravement malades.

 

Mais depuis plusieurs semaines ces travailleurs de l’ombre se démènent au quotidien pour assurer une continuité dans la prise en charge des personnes âgées. Comment prendre soin du lien affectif lorsque même la sécurité peut faire défaut, si le nombre de masques est insuffisant et permet tout juste de tenir au jour le jour ? Tel directeur évoque ses équipes valeureuses et engagées et continue de se battre pour leur apporter les moyens de travailler en sécurité.

 

Dans ces temps de confinement, ces anges gardiens du quotidien endossent aussi un rôle de substitution à la famille qui exige de l’empathie, de la compassion et du temps. Alors, à la fatigue et à l’inquiétude pour sa propre santé et celle des autres, s’ajoutent l’émotion, parfois même la détresse.

 

Ces professionnels ont un cruel besoin de soutien financier, psychologique, logistique. Ils ont besoin d’être équipées et protégées. Ils ont fondamentalement besoin d’attention et de reconnaissance !

 

Alors à quand les applaudissements nourris et émouvants de nous tous ? A quand des créneaux horaires accessibles dans les commerces et adaptés à leurs missions pour leur faciliter la vie ? A quand des soutiens pour permettre aux associations qui les emploient de mieux les protéger et de financer leur maintien en activité ?

 

Oui il est temps de se mobiliser, maintenant ! Mobilisation des pouvoirs publics pour ne plus oublier les services d’aide à domicile et en Ehpad au sein du système de soin. Mobilisation de chacun d’entre nous pour reconnaître et aider ces autres héros du quotidien.

 

La Fondation AGES, reconnue d’utilité publique, a été créée par les principaux acteurs du vieillissement sur le Grand Est. Elle est dédiée au bien-être des personnes âgées, de leurs proches aidants et des professionnels de l’accompagnement.

Maryvonne Lyazid, a servi pendant 28 ans le ministère des affaires sociales. Elle a notamment été en charge de la mission de lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité auprès du Défenseur des Droits, responsable de projet de lutte contre l’exclusion sociale au Conseil de l’Europe, directrice adjointe de la Fondation Caisse d’Épargne pour la solidarité. Ses différentes responsabilités associatives l’ont également amenée à s’engager en Afrique subsaharienne.

© Lightstock Bobby Brett

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