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L'auteur Christian Albecker

Président de l'UEPAL

Thème de la réflexion : foi et spiritualité, Réflexions

Prier en temps de pandémie…

La prière a été un recours spontané et naturel.

La crise sanitaire du coronavirus s’est abattue sur nous avec une violence aussi soudaine qu’inattendue. Face à des situations dramatiques, décès, comas artificiels, explosion du nombre de malades, face à la crainte de la contagion, la prière a été un recours spontané et naturel. De nombreux témoignages (pas seulement chrétiens d’ailleurs) nous indiquent que l’on prie bien plus depuis le début de la crise qu’auparavant. Que penser de cela ? Plusieurs réflexions me viennent à ce sujet :

  • Il faut se réjouir de ce lien invisible qui a été tissé à travers la prière entre les personnes affectées, leurs proches et leur entourage. J’ai moi-même vécu avec reconnaissance le fait de me savoir porté et accompagné par la prière de proches et d’amis. Retrouver la dimension essentielle de la prière personnelle et spontanée est un bienfait pour nos Eglises luthéro-réformée, dont la culture plus liturgique et intellectuelle considère quelquefois celle-ci avec méfiance voire condescendance. Les mouvements de « réveil » des 19e et 20e siècle n’étaient rien d’autre qu’une saine réaction au dessèchement rationaliste d’une certaine théologie. La « spiritualité », concept valise très en vogue à notre époque, exprime aussi à sa manière ce besoin d’une religion du cœur qui ne saurait se limiter un discours théologique abstrait.

 

  • Je forme le vœu que ce renouveau de la prière ne soit pas qu’un feu de paille qui s’éteindra une fois le danger passé. Je me souviens qu’en 1990-91, avant la guerre du Golfe, l’Europe était tétanisée par la peur d’une guerre mondiale. Une prière pour la paix réunissait tous les soirs, pendant plusieurs semaines, une assistance nombreuse à St Thomas à Strasbourg. Au fur et à mesure que la menace s’éloignait, l’assistance s’est étiolée pour finir par disparaître. Alors que bien des conflits continuaient d’ensanglanter la planète…On touche là à la limite de la prière magique, qui est la tentation humaine de vouloir obtenir de Dieu ce que nos limites ou nos faiblesses humaines ne nous permettent pas de maîtriser. La prière magique est aussi vieille que l’humanité. Elle suppose l’utilisation de rites ou de techniques pour obtenir la réponse souhaitée. La foi chrétienne n’est pas à l’abri de la tentation de la prière magique, lorsqu’elle cherche à obtenir de Dieu l’exaucement en priant « beaucoup » ou « bien ». Comment comprendre alors l’invitation qui traverse le Nouveau Testament à prier sans cesse, comme l’apôtre Paul nous y invite : « Réjouissez-vous en espérance. Soyez patients dans l’affliction. Persévérez dans la prière » Rom.12,12

 

  • La prière chrétienne est avant tout une attitude intérieure de présence et d’ouverture à Dieu. Elle est l’expression d’une relation filiale de confiance en Dieu, avant d’être un recours pour satisfaire nos besoins ou calmer nos craintes. Mais dans ce cadre filial, la demande d’exaucement, l’intercession, est évidemment légitime. Inter-céder, c’est se placer entre, entre la personne qui souffre ou qui est dans le besoin, et Dieu. L’intercession est d’abord un cri, voire une révolte devant l’intolérable. Depuis Job, nous savons que ce cri est peut-être l’une des expressions les plus authentiques de la foi judéo-chrétienne : Dieu compris non plus comme le magicien qui tire les ficelles, avec lequel il s’agit de marchander pour qu’il tire les bonnes, mais comme ce vis-à-vis que nous pouvons prendre à parti, comme dans toute relation filiale, pour « lui rappeler ses devoirs ». Mais ce cri, cette révolte ne se traduisent pas nécessairement par la réalisation de notre désir : le silence de Dieu peut être l’une de ses réponses. Certains sont guéris, d’autres non, et c’est pourtant le même Dieu d’amour que nous avons prié. Nos amis de la Porte Ouverte Chrétienne de Mulhouse sont très orientés sur la prière de guérison : que signifie alors qu’il y ait eu 30 morts du coronavirus dans leur communauté ? Ont-ils mal ou insuffisamment prié ? Pourquoi ces personnes n’ont-elles pas bénéficié de la grâce de la guérison ? Jésus nous met en garde contre la tentation de chercher des causes, des explications : « Les dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » Luc 13,4. Il nous rappelle que nous avons tous besoin de repentance, de changement de vie. La seule réponse possible est celle de Job : « Je sais que mon rédempteur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre. » Job 19,25. Au-delà de nos questions et de nos prières sans réponse, il reste l’«invincible espérance » dans le Dieu de toute grâce révélé en Jésus-Christ.

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