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L'auteur Rodolphe GOZEGBA

Pasteur suffragant

Thème de la réflexion : actu

République centrafricaine : la réconciliation en souffrance

Dans l’histoire des nations, il existe des événements terribles qui marquent les esprits à jamais. Dans le cas de la République centrafricaine (RCA), la guerre civile a duré de 2012 à 2018.

Cette guerre civile a entraîné d’énormes souffrances et beaucoup de pertes humaines.  14 groupes armés rebelles à prédominance musulmane avaient formé une coalition nommée Séléka.  Le 24 mars 2013, ils ont lancé un violent coup d’Etat qui a renversé le président François Bozizé.  Des arrestations politiques, des tortures et des disparitions inquiétantes sont devenues fréquentes et systématiques. Les partisans de Séléka ont commencé à utiliser la violence contre les populations civiles, dont des chrétiens, qui ont formé une milice opposée d’auto-défense appelée Anti-balaka. La bataille pour expulser (la) Séléka du pays a été sanglante, entraînant la mort de milliers de personnes et obligeant des centaines de milliers à fuir (le pays) vers les États voisins. Malgré de nombreuses tentatives de médiation pour la paix et la réconciliation par les responsables religieux : le pasteur Nicolas Guérékoyame, l’imam Kobine Layama et le cardinal Dieudonné Nzapalainga, la guerre a été rapidement perçue comme une guerre de religion entre chrétiens et musulmans.

 

Dans ce contexte, j’ai vu des actes ignobles à Bangui. J’ai vu des gens abattus à bout portant et mutilés par des coups de machette. Des églises et des mosquées ont été incendiées, des membres de différentes confessions religieuses ont été torturés et brûlés vifs sur les places publiques. Plusieurs séries de négociations entre les deux parties en conflit se sont tenues dans le pays, mais elles n’ont pas mis fin aux hostilités.  Les luttes se sont même poursuivies au niveau national et avec une dimension religieuse encore plus forte.

 

Pourtant, durant des décennies, chrétiens et musulmans ont vécu ensemble de manière relativement non-violente : le problème religieux ne se posait pas. « Ainsi, la thèse qui voudrait que ce soit une guerre de religion [doit être reléguée] dans le sac des alibis faciles ! ». Cf. N. Oredji. Les véritables causes sont plutôt enracinées dans l’histoire, la politique et les problèmes socio-économiques du pays, qui est profondément divisé.  Le mercredi 6 février 2019, un accord de paix a été signé. Malgré cela, des formations armées illégales continuent de violer la règle du cessez-le-feu dans le nord-est et nord-ouest du pays.

 

Aujourd’hui, le grand défi auquel le peuple est confronté est de rétablir la paix et de reconstruire le pays. Pour y parvenir, la priorité est la réconciliation. Comment envisager cette réconciliation ? Le concept de réconciliation nationale doit être élargi et normalisé, ce qui en fera le pilier des politiques publiques adoptées par le gouvernement. Réconcilier, c’est rétablir de bonnes relations entre les différentes couches de la société. Aujourd’hui, les forces de Séléka contrôlent encore pratiquement tout le nord-ouest et le nord-est du pays.

 

La pensée de Jürgen Moltmann pourra nous encourager. Dans son livre Conversion à l’avenir… il écrit (p. 83-94) : « La réconciliation n’est pas simplement l’objet d’une affirmation. Elle n’est pas une loi […] La réconciliation est une grâce qui coûte […] Dans la plupart des cas, les hommes prennent les armes parce qu’ils ont peur et qu’ils ne trouvent pas de meilleure solution. Mais celui qui ne se laisse plus dominer par cette peur devrait donner libre cours à son imagination créatrice en faveur de la paix. ».

Article tiré du magazine Église Missionnaire, avec l’aimable accord du directeur de publication.

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