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L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : Réflexions

Rester humain

Prisonnière politique dans l’enfer concentrationnaire d’Auschwitz, Adélaïde Hautval (1906-1988) prend conscience que jamais les nazis ne laisseront sortir vivant du camp les témoins de l’irrémédiable déchéance humaine perpétrée.

Elle se confie alors à une collègue médecin également prisonnière « Pour le peu de temps que nous avons encore à vivre, la seule chose qui nous reste à faire est de nous comporter en êtres humains. » « Rester humain » tel est l’horizon éthique et la philosophique de vie de cette femme alsacienne, fille de pasteur, médecin psychiatre, déportée en 1942 comme “amie des juifs” pour avoir tenu à ses convictions et affirmé une solidarité déterminée lorsque le 7 juin 1942 le port stigmatisant de l’étoile jaune a été rendu obligatoire en zone occupée.

En effet, cette grande dame, prise dans la tourmente totalitaire de la Seconde Guerre mondiale, d’un tempérament calme et serein, mais tout autant déterminée et animée d’une forte volonté, n’a eu de cesse de soigner, de chercher par tous les moyens à sauver des vies, exprimant sans ambages ses convictions lorsqu’elle oppose un refus catégorique aux médecins nazis qui voulaient la contraindre à participer à leurs expérimentations dites “médicales”. Bien que faisant montre d’une résistance déterminée durant plus de 27 mois, Adélaïde survit miraculeusement aux camps et nous en livre le récit saisissant dans un mémoire publié après son décès Médecine et crimes contre l’humanité.

Cette destinée a nourri une remarquable philosophie de vie qu’Adélaïde Hautval nous livre dans quelques écrits. S’y plonger, c’est généralement se laisser émouvoir et interpeller par un propos toujours concis et précis, souvent puissant, et régulièrement en forte résonnance, avec des enjeux de la société plurielle contemporaine. En effet, son action, son éthique tout comme ses réflexions, portent un éclairage interpellant sur les questions de l’altérité, de l’antisémitisme, du droit au respect de toute vie, et des dangers inhérents à la banalisation de discours ou d’actes irrespectueux vis-à-vis d’êtres humains. Adélaïde Hautval y oppose la vision d’une humanité portée par une éthique de la responsabilité individuelle, un sens du devoir moral et civique, une spiritualité de l’action. Le respect de toute vie et la défense des droits fondamentaux opèrent chez elle comme un idéal toujours porté vers un demain à construire.

L’historien du protestantisme français Patrick Cabanel considère que cette personnalité exceptionnelle, fort méconnue, qu’il n’hésite pas à situer dans la lignée de Marie Durant, mérite une place dans la mémoire nationale. En effet, native du Hohwald, ayant grandi à Guebwiller, la vie d’Adélaïde porte la marque de cet attachement à la France, de ce rapport particulier du protestantisme réformé français au judaïsme, d’une profonde ouverture à l’autre et d’une grande fidélité à ses convictions.

Pour contribuer par l’œuvre de mémoire à travailler les enjeux présents et bâtir demain, l’EPRAL consacre une exposition à cette femme honorée du titre de “Juste parmi les Nations”, la plus haute distinction de l’État d’Israël (Cf. plus bas dans ce info CP). Elle offre l’occasion, notamment au moyen du parcours pédagogique prévu dans le livret de l’exposition, de travailler bien des questions pour continuer à “rester humain » et cultiver cette spiritualité de l’action qui animait Adélaïde Hautval. « Que la grâce nous soit faite de savoir veiller, prier, et de ne pas laisser passer lheure de laction nécessaire. »

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