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L'auteur Christian Krieger

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, président de la Conférence des Églises européennes

Thème de la réflexion : Actualités

Vous avez dit évangélisation !

Pour certains c’est toujours un gros mot, une démarche relevant d’une culture ecclésiale qui n’est définitivement pas la leur. Pour d’autres, et leur nombre est croissant au sein des Églises de l’UEPAL, c’est devenu le cœur même de leur démarche pastorale, l’essence même du projet paroissial, le concept qui répond de manière évidente à la vocation de l’Église d’annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre.

Bien souvent, quand un mot suscite en un même milieu des attitudes radicalement opposées, il convient d’en questionner le champ sémantique, les situations historiques ou biographiques auxquels il réfère et l’intelligence que les uns et les autres peuvent en avoir. Et de constater qu’il évoque à la fois le prosélytisme effréné de ceux qui n’hésitent pas à importuner, culpabiliser, abuser pour obtenir une soi-disant “conversion” ; et la volonté de dépasser la pudeur historique du protestantisme luthéro-réformé d’une foi confinée dans la sphère privée, appelée aujourd’hui à sortir quelque peu de sa réserve pour partager, exposer, proposer ce qui la fait vivre.

De fait la ligne directrice que le pasteur Laurent Schlumberger avait fixé à sa présidence d’abord de l’Église Réformée de France, puis de l’Église Protestante Unie de France, “devenir une Église de témoins” s’est imposée dans le monde protestant historique comme une nécessité. Il existe à ce sujet une prise de conscience quasi générale dans toutes les Églises en Europe. Cet enjeu figure également dans les orientations stratégiques que l’UEPAL a adopté en 2014, notamment dans la volonté affirmée de passer « d’un héritage préservé à une identité protestante confessante » et celle « d’une priorité de desserte à une priorité de témoignage ». Ainsi, certaines frontières avec le monde évangélique deviennent aujourd’hui poreuses.

La volonté d’évangéliser nécessite d’être au clair sur la lecture de l’Évangile qui est la nôtre et le message que nous cherchons à partager.

Une démarche d’évangélisation est bien plus qu’une tentative de renouvellement d’un modèle ecclésial confronté à la question de son déclin. La volonté d’évangéliser questionne tout d’abord notre ouverture à l’altérité, l’attention que nous témoignons à d’autres dans leur différence et la qualité de l’accueil de nos lieux d’Église. Ensuite, elle met en jeu notre disposition au dialogue et notre propre capacité à nous laisser interroger, à nous laisser convaincre, à accepter de changer, voire d’être transformé par l’autre. Enfin, elle nécessite d’être au clair sur la lecture de l’Évangile qui est la nôtre et le message que nous cherchons à partager.

Bien des aspects de nos projets paroissiaux si divers et de notre démarche pastorale ô combien plurielle reflètent ou correspondent à une démarche d’évangélisation, du moins à une certaine compréhension de l’évangélisation. Ouvrir le débat sur notre intelligence de ce terme d’évangélisation pour stimuler et renforcer le témoignage que nous rendons à l’Évangile, telle est l’un des objets de la prochaine session commune du Synode de l’EPRAL, du Consistoire Supérieur de l’EPCAAL et de l’Assemblée de l’Union qui se tiendra au Liebfrauenberg les 20 et 21 juin prochain.

Gageons que cette thématique, la manière dont collectivement nos paroisses et lieux d’Église se saisiront de la démarche et se laisseront interpeller par elle approfondiront notre manière de penser cet “aller vers“.

© redcharlie / Unsplash

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