22 septembre 2022

Synode électif

Deux candidats à la succession de Christian Krieger

Le Synode de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (EPRAL) va élire le nouveau président / la nouvelle présidente du Conseil synodal, le samedi 24 septembre 2022 à Strasbourg. Christian Krieger, président de l’EPRAL, avait été réélu en septembre 2021 pour un dernier mandat. Nommé Président de la Fédération protestante de France depuis le 1er juillet 2022, Christian Krieger quitte la présidence de l’EPRAL après 10 années dans cette fonction.

Nous vous présentons ici les deux candidatures : celle de la pasteure Céline Sauvage et celle du pasteur Pierre Magne de la Croix.

Un nouveau Conseil synodal sera élu lors de ce Synode. Il sera installé avec son / sa président(e) lors du culte qui aura lieu à l’église réformée du Bouclier à Strasbourg ce samedi 24 septembre à 14h. Vous y êtes cordialement invités.

Céline Sauvage

Son parcours

« La vie ne prévient pas ». Ce n’est pas une parole biblique, c’est la parole d’une amie écrivaine Lois Smes qui s’engage dans le monde littéraire pour faire découvrir la maison d’édition qu’elle a fondé avec Karyn Adler. J’apprécie son écriture qui entremêle humour et sujets existentiels avec beaucoup de justesse et de beauté. Ces femmes ne sont pas croyantes, mais je retrouve en elles le même socle de valeurs que les miennes. Et cette rencontre m’a fait prendre conscience que nos Églises fonctionnent de plus en plus en cercle fermé, nous privant de la richesse de la rencontre et du dialogue avec les autres et du partage de nos convictions.

« La vie ne prévient pas… ». Je n’avais pas prévu depuis de longue date de me présenter à cette élection à la présidence du conseil synodal de l’Eglise Protestante Réformée d’Alsace et de Lorraine et, étant femme, il ne m’a pas été donné de vivre une épiphanie en me rasant. Ce sont ma foi et mes valeurs qui m’y ont conduits et mon désir de partager au plus grand nombre la bonne nouvelle de l’amour de Dieu comme fondement de notre existence et de notre Eglise.

Mon enfance a été rythmée par la vie de la paroisse locale dans laquelle j’ai grandi en Picardie dans l’ancienne Eglise Réformée de France, dans un contexte où le protestantisme est ultra minoritaire.

Je ne suis pas alsacienne ou mosellane de naissance mais de cœur… je suis arrivée à Strasbourg pour mes études à l’âge de 18 ans, et je n’en suis plus repartie. Mon éducation m’a transmis au-delà de ma foi chrétienne un fort sentiment d’engagement. Je suis aussi redevable à deux amis prêtres catholiques qui m’ont encouragée dans ma vocation pastorale. Ce lien avec notre Eglise sœur est toujours demeuré pour moi naturel.

J’ai découvert la richesse du protestantisme alsacien et mosellan à travers des remplacements dans différents secteurs et contextes. D’abord à Soultz-Sous-Forêts où j’ai pris conscience de l’importance de l’ancrage régional, puis à Riquewihr dans le vignoble alsacien qui m’a sensibilisé à la richesse du terroir local. Durant une année, j’ai desservi le consistoire de Rothau dans la vallée de la Bruche dans lequel j’ai aimé l’ouverture des paroissiens de cette région à toutes les expériences que nous proposions avec ma collègue Sophie.

Je me suis ensuite formée au métier de pasteur auprès du pasteur Philippe Ichter à Barr qui entre autres choses m’a sensibilisé au dialogue interreligieux. Mon Union d’Églises a ensuite choisi de me nommer dans la paroisse luthérienne Saint-Matthieu à Colmar, dans une équipe pastorale, où j’ai découvert le travail en équipe, avec ses joies et ses exigences.

Puis j’ai candidaté sur le poste de la paroisse réformée d’Illzach dans l’agglomération mulhousienne qui avait un projet d’évangélisation attirant, associant 6 paroisses locales. Depuis 2017, je m’épanouis dans la richesse de l’agglomération mulhousienne et dans la collaboration avec 4 autres collègues.

En septembre 2021, j’ai été élue conseillère synodale ce qui m’a permis de prendre la mesure des défis institutionnels auxquels notre Union d’Eglise fait face et je souhaiterais m’impliquer désormais fortement à sa refondation dans une perspective toujours plus collaborative et confiante dans la place du protestantisme pour les hommes et femmes de notre temps.

En tant que pasteure, j’aime me former régulièrement, notamment aux nouvelles manières de transmettre la foi chrétienne que ce soit avec la pédagogie Godly Play inspirée de Maria Montessori, destinée aux enfants de 5 à 10 ans, qui leur permet de développer leur esprit critique ou encore avec le bibliologue où les participants s’imaginent être à la place des personnages bibliques pour redécouvrir à frais nouveaux des textes sacrés. J’ai obtenu récemment un Diplôme Universitaire en aumônerie hospitalière.

Je crois que Dieu nous donne la force de sans cesse nous remettre en chemin.

 

Ses priorités

Ma candidature est l’expression de deux engagements forts : pour l’Union des Églises protestantes en Alsace et Moselle et pour un renouveau de l’évangélisation dans leur projet.

La nature humaine nous rappelle régulièrement que nous sommes issus et participants du monde animal. Je m’en suis souvenue lors de ma visite à l’aquarium de Paris qui évoque la symbiose dans la biodiversité : « certains animaux doivent s’associer pour vivre. Ils ne se ressemblent pas du tout, ils pourraient même être ennemis, et pourtant ils s’entendent et s’entraident pour mieux vivre ensemble ». Toute proportion gardée dans la comparaison, nous pouvons retenir la nécessité, dès que deux ou trois êtres humains sont réunis, du dialogue, de la conciliation, d’un effort pour faire de la place à un autre que soi, d’un tiers médiateur. Jésus s’est souvent identifié à ce tiers. Avec la femme adultère et ses détracteurs, il s’est abaissé, pour prendre le temps de réfléchir, plutôt que de prendre de la hauteur comme trop souvent nous le faisons. Il a cherché la voix du milieu, entre accusation et pardon aveugles.

L’Eglise chrétienne d’aujourd’hui est appelée à reprendre cette imitation du Christ, que ce soit dans notre quotidien à tous de chrétiens, mais aussi dans la vie de nos institutions qui doivent refléter quelque chose sur notre manière de vivre notre foi.

Mon projet avec le conseil synodal sera donc avant tout de m’engager pour aller toujours plus loin dans notre processus d’union en UEPAL. Pour cela, nous devons ne plus penser en termes de rapport de force. L’identité réformée alsacienne et mosellane n’est pas menacée. Dans sa forme comme dans ses fondements, elle est d’ailleurs fort présente aussi dans les paroisses luthériennes. Nos identités sont entremêlées et c’est notre richesse. J’ai le projet d’œuvrer pour une UEPAL qui rende visible une identité heureuse réformée et luthérienne pour la société et qui ne donne plus le signal d’une Union complexe et inaboutie.

Le second point essentiel de mon projet est l’Evangélisation. Nous faisons le constat que la transmission classique – ou naturelle – de la foi dans nos familles n’est plus une évidence. Peu à peu, les territoires où elle subsiste encore se raréfient. Je crois qu’est venu le temps aujourd’hui de repenser notre rapport à nous-mêmes et aux autres pour inventer une nouvelle manière de dire ce qui nous anime et nous fait vivre. Longtemps tabou, le mot d’évangélisation faisait peur, par le souci respectable de ne pas nous imposer. Mais nous vivions alors dans une société chrétienne qui nous garantissait notre place. Aujourd’hui, et c’est bien ainsi, c’est à nous de nous porter nous-mêmes. De pouvoir contribuer à témoigner du beau message de justice et de libération que porte en lui le christianisme. Sans prétention, mais sans complexe non plus. Et nous avons tous besoin d’être formés et encouragés à cela, pasteurs comme laïcs.

J’ai bien conscience que la vie d’une institution est aussi marquée par son fonctionnement quotidien, mais j’aimerais que nous choisissions en Union d’enclencher plus fortement un projet d’Évangélisation qui soit porté à tous les niveaux, de la paroisse, au consistoire, aux conseils plénier et restreint, par tous les membres de notre Église. Car il y a tout simplement du bonheur à vivre en chrétien-ne.

Tout cela, je souhaite le vivre dans une intelligence collective qui dépasse les tensions humaines. Nous sommes portés par notre foi, par un projet d’Église. Le seul qui est au-dessus de chacun de nous est le Christ, et nous sommes tous à son service. C’est pour cela aussi que j’aimerais proposer une gouvernance plus partagée que hiérarchique.

Je suis persuadée que le message de Dieu tel que nous l’avons reçu dans notre Église peut continuer à toucher le cœur des hommes et des femmes de notre temps… immédiatement ou plus tardivement et parfois même jamais.

Mais ce qui compte, et fait partie de notre mission de toujours, est de ne jamais cesser de partager ce message, car c’est ce qui nous fait vivre dans l’amour.

 

© Document remis

Pierre Magne de la Croix

Son parcours

Marqué par le scoutisme unioniste, la Croix Bleue et la paroisse protestante d’Aix, j’ai suivi mes études de théologie à Paris et Montpellier, une année chez les Dominicains de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, et enfin à l’Université d’Heidelberg.

Je suis pasteur de paroisse depuis 29 ans, et sur chacun de mes quatre postes je me suis adapté au profil et j’ai développé les dominantes de la paroisse :

  • l’accompagnement des étudiants et le dialogue avec la cité (paroisse ERF de Nancy)
  • l’aumônerie d’hôpital et des maisons de retraites, les projets jeunesse en lien avec le scoutisme et l’accompagnement de la diaconie (paroisse de Castres)
  • les 500 ans du temple (paroisse luthérienne de Montbéliard)
  • la jeunesse, la musique et vie communautaire au Bouclier depuis 2007.

Mes centres d’intérêts sont les questions éthiques en articulation avec les débats de société, les questions d’éducation et de transmission notamment aux plus jeunes, et enfin, depuis mon arrivée en Alsace-Moselle, la résonance spirituelle de la musique.

Marié à Petra, pasteure de la paroisse Sainte-Aurélie de Strasbourg, nous avons deux filles, étudiantes en Allemagne.

 

Ses priorités

Mon expérience de président du consistoire réformé de Strasbourg m’a amené à circuler dans les différentes paroisses et à être invité dans les consistoires de Bischwiller, Metz et Mulhouse. J’ai pu y rencontrer bien des responsables, pasteurs et laïcs engagés.

Sollicité et sensible à plusieurs appels reçus, je suis candidat à cette élection à la présidence de l’Église réformée d’Alsace-Moselle. Mes visites et mes échanges m’ont conforté dans cette démarche de candidature et m’amènent à proposer trois priorités pour ces deux années de présidence :

  • Une attention et une présence soutenues à la paroisse, échelon local de l’Église, et aux pasteurs. Une de mes préoccupations sera la baisse annoncée des pasteurs suite aux nombreux départs en retraite. Un autre sujet est la fragilisation du tissu paroissial. J’aurais à cœur de visiter, d’accompagner les paroisses, leurs différents modèles, leurs évolutions pour les aider à préparer leur vie et leur témoignage pour les années prochaines. Les partenaires principaux seront les responsables des paroisses et des consistoires, lieux importants de solidarité et de formation.
  • Le souci de faire vivre et évoluer nos institutions. Nos cultes statutaires d’Alsace-Moselle sont une chance et une reconnaissance de la place de notre protestantisme mais sont pour nous des structures à faire vivre et évoluer : dans la suite des projets heureux et fraternels au niveau local et consistorial, je souhaite faire revenir un esprit apaisé au niveau des présidences et travailler en bonne intelligence avec l’ensemble des responsables territoriaux.
    Je m’attacherai aussi à encourager les ajustements institutionnels, voire des simplifications afin que nos énergies portent le niveau local. Pour cela, la méthode de concertation et d’écoute de notre dernière assemblée d’Union des 2 et 3 juillet en a été un bel exemple : le cheminement, le parcours, le temps passé ensemble et la construction d’un vécu commun sont plus importants qu’une idée produit par des « spécialistes ». Pour prendre une métaphore culinaire : il vaut bien mieux cuisiner ensemble au mieux que d’acheter un produit fini chez un traiteur.
  • Une responsabilité dans la participation au débat public. En tant que Protestant, je m’inscris dans une histoire faites de critiques et de convictions, de résistances et de responsabilités, de protestations et d’engagements. Nous sommes en Alsace-Moselle parmi les représentants et les acteurs d’une laïcité ouverte qui se vit de manière forte au cœur de l’Europe : à ce titre, nos contributions aux débats publics sont attendues et écoutées, car notre manière de poser les questions, de percevoir les enjeux, d’articuler notre foi et notre éthique avec les défis de société, permettent de contribuer et d’enrichir les débats.
    Dans les prochains temps, nous aurons à être présents à nouveau sur le débat tels que la fin de vie et sans doute la question de l’avortement. Et nous savons que notre protestantisme est particulièrement sensible aux questions des droits de la femme, de la crise écologique et de la construction de l’Europe à nouveau en conflit.

© Document remis

Photo : Glen Carrie / Unsplash