Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la faculté de Théologie protestante de Strasbourg, nous livre sa compréhension de « sola gratia », l’un des cinq principes théologiques de la Réforme protestante.

Un contenu à retrouver dans le dépliant « Ce que nous croyons« 

La Réforme : la grâce seule

Être quelqu’un

Notre société nous incite à faire nos preuves, nous sommes sans cesse évalués, à l’école, au travail. Les médias nous donnent pour modèles la performance des sportifs ou le succès des chanteurs et des artistes. Enfin, une vie « réussie » se mesure au bonheur conjugal, à la carrière professionnelle, au niveau de vie, au statut social. C’est ainsi que nous devenons « quelqu’un ». Et qu’en est-il lorsque nous sommes confrontés aux échecs, aux ruptures de vie, aux difficultés relationnelles, au chômage, à la maladie, au deuil ? Ne sommes-nous alors « plus personne » ?

Aimé comme je suis

Nous n’avons pas à faire nos preuves pour « être quelqu’un ». En effet, Dieu aime, chacune et chacun en particulier, sans aucune condition. Dieu prononce sur chaque personne un « Oui, je t’aime, tu as du prix à mes yeux ! ». Cet amour n’est pas du même ordre que nos amours humaines, qui peuvent s’atténuer, prendre fin, voire s’inverser en haine. Il s’agit au contraire d’un accueil et d’une fidélité inébranlables. C’est ce qu’on appelle « la grâce ».

Aimé parce que je suis

Dans l’Évangile, Jésus raconte l’histoire d’un jeune homme qui a demandé à son père sa part d’héritage, pour s’en aller dans un pays lointain et tout dépenser en vivant n’importe comment. Puis il regrette son choix et revient vers la maison paternelle. Avant même qu’il ait pu dire quoi que ce soit, le père se précipite vers son fils et l’accueille avec une immense joie : pas un reproche, pas une punition, pas l’ombre d’une brouille. (d’après La Bible, Évangile selon Luc 15, 11-32)

Cette histoire parle de Dieu qui ne fait pas dépendre son amour de ce que nous faisons ou ne faisons pas et se réjouit lorsque nous revenons vers lui. Car il est ainsi : il aime et il pardonne, sans relâche.

La grâce de l’amour

Un tel amour confère à chaque être humain un prix inestimable. Cette conviction a quatre conséquences :

  • Nous n’avons rien à craindre du regard des autres. Nous sommes portés et tenus par Dieu, par son « Oui » à notre égard, et cela suffit.
  • Nos échecs ne sont jamais définitifs. Nous pouvons nous relever, repartir, parce que Dieu nous fait confiance, il croit en nous.
  • Nous n’avons pas à chercher à gagner l’amour ou les faveurs de Dieu par des actes religieux, de bonnes actions ou des sacrifices. Dieu nous aime depuis toujours et son amour précède tous nos actes. De ce fait, nous sommes libérés de tout souci de bien faire. C’est ce que Martin Luther et Jean Calvin appellent le salut par « la grâce seule », « sola gratia » en latin.
  • Enfin, si la grâce de Dieu est, par définition, gratuite, elle a néanmoins un coût… « après coup » ! Lorsque nous recevons cet amour inouï, non mérité, celui-ci nous conduit à aimer à notre tour : nous aimons Dieu et notre prochain, non pas pour plaire à Dieu, mais parce qu’il nous aime.

La dynamique de la grâce

Ainsi la grâce de Dieu nous propulse vers une vie nouvelle. Nous traversons nos peurs et nous faisons l’expérience de la véritable liberté, celle d’être libérés… de nous-mêmes ! Libérés de l’obsession de faire nos preuves, de l’angoisse de ne pas être à la hauteur, de cette surenchère vis-à-vis de nous-mêmes qui nous soumet à l’obligation d’aller toujours de performance en performance. Dans cette nouvelle vie, Dieu nous donne de « lâcher prise » et nous permet un « engagement dégagé » vis-à-vis des combats de notre monde ! Croire en ce Dieu-là, c’est se laisser contaminer par la dynamique de la grâce.

Dieu est amour

La Bible, première lettre de Jean 4, 8

Cette expérience de libération tient à l’identité même de Dieu tel que Jésus Christ le manifeste. Dieu n’est pas seulement un Dieu aimant et miséricordieux, il s’identifie lui-même à l’amour. Il est, à proprement parler, Amour ! Amour est son nom !

Rendre grâce

Il nous arrive de « rendre service ». L’expression veut dire, littéralement, que nous avons reçu un service et que nous le « rendons » d’une manière ou d’une autre. Il en va de même avec la grâce : parce que nous savons que nous sommes aimés, nous « rendons grâce », en particulier par le culte. Nous ne rendons évidemment pas à l’identique ce que nous avons reçu, mais nous sommes infiniment reconnaissants. Nous apprenons la gratitude pour tout ce qui fait notre vie.

Comme il était encore loin, son père le vit et fut bouleversé ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa.

La Bible, Évangile selon Luc 15, 20

Un peu de lecture

André Birmelé, L’horizon de la grâce. La foi chrétienne, Lyon / Paris, Éditions Olivétan / Les Éditions du Cerf, 2013

–> à acheter en ligne sur www.editions-olivetan.com

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