Karsten Lehmkühler, professeur d’éthique à la faculté de Théologie protestante de Strasbourg, explore le sujet de la foi ; « sola fide », l’un des cinq principes de la théologie protestante.

Un article issu de la série de dépliants « Ce que nous croyons« 

Plaire à Dieu

Si Dieu existe, attend-il quelque chose de moi ? Faut-il prendre l’initiative, attirer son attention, le convaincre, lui plaire ? À la veille de la Réforme du XVIe siècle, la question des œuvres et des mérites domine la vie religieuse. Nombre de chrétiens essayent, souvent désespérément, de réparer leurs fautes et de plaire à Dieu en accomplissant tel ou tel acte recommandé par l’Église. Encore aujourd’hui, nous avons tendance à apprécier la dignité de notre vie en la mesurant à nos réussites et au bien que nous avons pu faire. Cette manière de vivre enferme l’homme dans une quête de reconnaissance sans fin, puisqu’il doit constamment mériter de vivre.

La foi et rien que la foi

Martin Luther redécouvre une affirmation biblique : « Le juste vivra par la foi » (La Bible, lettre aux Romains 1, 17) dont il dit qu’elle a été pour lui « la porte du paradis ». Pour Luther, cette affirmation a une force libératrice : Dieu attend de l’homme la foi, rien que la foi. Ainsi, la formule latine « sola fide », « par la foi seule », est devenue un fondement de la prédication protestante : rien que la foi, au sens où l’homme n’a pas besoin de mériter de vivre, de justifier sa vie par des actes pour être reconnu et aimé de Dieu.

C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu.

La Bible, lettre aux Éphésiens 2, 8

Mais qu’est-ce que la foi ?

Dire d’une personne « qu’elle a la foi » ou « qu’elle est croyante », renvoie souvent à ses convictions ou à ses pratiques. Par exemple : elle affirme que Dieu existe, elle prie de temps en temps, ou il lui arrive d’aller à l’église. Pour les Réformateurs, la foi est de l’ordre d’un engagement existentiel qui dépasse les formules de foi et les pratiques.  Ils parlent de la confiance – de la fiducia – et la distinguent d’une foi réduite à l’acceptation d’une doctrine. La foi concerne l’homme intimement, dans son for intérieur : c’est un attachement qui imprègne toute sa vie, un enracinement en Dieu et en son amour, une confiance en son aide et en son pardon donné en Jésus Christ.

Une foi libératrice

La foi est donc une relation vivante à Dieu et non une adhésion à un système de pensée. Comprise ainsi, la foi donne au croyant la possibilité d’être vrai avec lui-même, avec les autres et avec Dieu. Elle lui donne ainsi une liberté de pensée et de parole. Elle lui permet d’accepter les périodes de doute et de les vivre sans culpabilité. Il est possible de douter tout en demeurant en relation avec Dieu.

Voici comment on saisit Dieu : quand le cœur s’empare de lui et est attaché à lui. Or, être attaché à lui par le cœur, ce n’est pas autre chose que se confier entièrement en lui.

Martin Luther, Le Grand Catéchisme

La foi est une connaissance ferme et certaine de la bienveillante volonté de Dieu envers nous, fondée sur sa promesse gratuite en Jésus Christ, révélée à notre entendement et affermie dans notre cœur par le Saint-Esprit.

Jean Calvin, L’Institution Chrétienne

Mais d’où vient la foi ?

La foi n’est pas un état que l’homme pourrait créer lui-même, en décidant simplement de mettre sa confiance en Dieu.

Selon le témoignage des Réformateurs, Dieu lui-même est à l’origine de la foi, il la crée comme un mouvement du cœur de l’homme. Celui-ci la reçoit alors comme un don qui l’invite à s’impliquer personnellement et qui le pousse à s’engager dans une relation de confiance avec Dieu.

Si la foi est un don, si Dieu est un Dieu qui « donne de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (La Bible, Évangile selon Matthieu 7, 11), la foi peut être demandée ! Une telle demande est déjà un premier pas dans la foi. Ainsi, le modèle par excellence pour une telle prière est sans doute ce père d’un enfant malade qui s’adresse à Jésus en s’écriant : « Je crois, mais aide-moi,  car je manque de foi ! » (La Bible, Évangile selon Marc 9, 24)

La foi et les autres

La foi concerne en premier la relation à Dieu. Or, si une personne se sait acceptée par Dieu telle qu’elle est, elle peut retrouver confiance en elle-même et l’accorder aux autres. « J’ai confiance en moi », « je te fais confiance » – ce sont des affirmations vitales parce qu’elles fondent les relations humaines. La confiance en Dieu déploie donc une force de guérison : elle nous libère de notre quête désespérée d’être reconnus, elle nous donne le courage d’être et elle nous fait devenir des témoins de confiance pour les autres.

Une foi vivante

La foi n’est pas fuite de la réalité : au contraire, elle porte et oriente la vie quotidienne de sorte que toutes ses activités peuvent devenir des « œuvres bonnes ». Ainsi la foi porte du fruit. Elle peut aussi engendrer des initiatives concrètes (solidarités humaines, engagements associatifs ou politiques, dans le monde de l’éducation ou de la santé…). Selon les Réformateurs les œuvres ne sont plus pour le croyant une manière de s’attirer les faveurs de Dieu. Elles deviennent un mouvement naturel qui exprime notre reconnaissance d’être accepté et aimé par Dieu. En ce sens, tous les actes que nous accomplissons par la foi sont gratuits.

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