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L'auteur Pierre Magne de la Croix

Pasteur, vice-président de l'UEPAL, président de l'Église protestante réformée d'Alsace et de Lorraine

Thème de la réflexion : Politique, Vie d'Église

2027 : dire l’essentiel pour une année élective !

Une parole d'Église gagnerait-elle à être réfléchie et ajustée ?

Dans le monde, l’ordre établi depuis 1945 s’était maintenu après la chute du Mur en 1989. Cet ordre semble aujourd’hui bouleversé notamment par le comportement de ce qu’on appelle les « grands empires » (USA, Russie, Chine) qui agissent en dehors du droit et des conventions internationales. Du coup, les mécanismes de régulations et de police internationale sont affaiblis, ce qui conforte les comportements voyous de petits États au détriment des populations les plus fragiles.

En France, 2027 sera une année élective avec aussi des risques de politiques extrêmes.

Une parole d’Église gagnerait-elle alors à être réfléchie et ajustée ?

En effet, en tant qu’acteurs sociaux, nos paroisses, institutions et œuvres contribuent à la vie en société. De ce fait, nous participons à l’élaboration des principes de cette vie sociale.

Et en protestantisme, nous sommes particulièrement attentifs aux discours et aux langages que véhiculent les uns et les autres et aussi donc à nos discours : les mots façonnent les gestes, le langage forge les comportements, les discours préparent les actes. Si nous avons à être attentif aux discours disqualifiants ou démobilisateurs[i], nous avons aussi à exprimer une parole qui dise ce qui pour nous est essentiel de vivre.

Aurons-nous à rappeler ce qui pour notre protestantisme français est essentiel pour vivre en société ? Pour mémoire :

  • Notre engagement historique en faveur de la liberté religieuse et plus largement notre attachement à l’état de droit qui garantit non seulement la liberté de culte mais aussi la place des minorités, notamment religieuses et sexuelles.
  • Notre attachement à la nation indissociable de la culture de l’hospitalité ; par suite, notre culte de l’accueil des exilés et des réfugiés
  • L’attention et l’aide auprès des plus vulnérables et des « petits »
  • Le plaidoyer sur les questions climatiques en faveur des personnes qui seront le plus impactées et notre souci d’une politique du long terme pour « bien après nous »
  • Notre attachement à la liberté de presse, donc au pluralisme des médias et leur indépendance par rapport aux puissances financières

Ces principes s’inscrivent dans la parole universelle du prophète Ésaïe : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé ; Faites droit à l’orphelin, défendez la veuve » (Ésaïe 1,7). Défendre la veuve rappelle la nécessité de protéger celle qui n’est plus dans une alliance de famille, de groupe ou de nation, une alliance qui donne protection et reconnaissance. Faire droit à l’orphelin rappelle la nécessite des aînés ont à qui soutenir, à faire grandir pour donner un avenir aux plus jeunes fragilisés par l’absence de ces « parents ». Protéger l’opprimé dit l’attention à la personne victime d’une autorité ou d’une personne ou institution tyrannique. A travers ces trois figures (la veuve, l’orphelin, l’opprimé) se disent ainsi les fondements de notre humanité.

Dans son domaine, publique, l’évêque épiscopalienne de Washington Mariann Budde, a rappelé ce qui constitue selon elle les trois piliers de l’unité de la nation : le respect de la dignité des individus, l’importance de l’honnêteté et de la vérité, le devoir d’humilité.  « Ce 21 janvier 2025, quand elle est montée en chaire pour souhaiter la bienvenue au nouveau président des Etats-Unis dans la cathédrale nationale de Washington, ville dont elle est évêque épiscopalienne, et prononcer une homélie, Mariann Edgar Budde avait le sentiment d’une immense responsabilité … Tout en écrivant le canevas de son prêche qui énumérait ces trois piliers indispensables à l’unité, l’évêque de 65 ans consultait amis et collègues. « Je sens qu’il manque quelque chose d’essentiel », disait-elle. Quelque chose relatif à l’empathie, à la compassion, à la gentillesse. Quelque chose évoquant la clémence, l’humanité, toute notion fort éloignée des discours du moment. Elle tâtonnait, raturait, réécrivait. C’est ainsi qu’est advenu le mot « miséricorde ». « Parce que c’est un concept biblique. Et parce qu’il implique la relation entre les gens, un sens du pardon, de la bienveillance, la reconnaissance de notre humanité commune. » (Le Monde 2025-09-08

Bel été, en préparation de l’année 2027 !

[i]  « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde… » et on coupe la suite « la France doit traiter le mieux possible la part [de la misère du monde] qu’elle a déjà », qu’ « elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ». Dans les discours de stigmatisation d’une partie des Français, rappelons cette récurrence historique contre le trio « Juifs, Francs-maçons, Protestants » (Jules Aper, 1898), vieille lune de la droite française du début du XXe siècle, version Action française qui traitait les juifs, les francs-maçons et les protestants de « Parti de l’étranger ». Cf. https://www.reforme.net/actualites/eric-zemmour-raconte-nimporte-quoi-sur-le-protestantisme-suite/

 

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